Je pèse sur le piton 'Pause'. Dernier semestre avant de soumettre votre thèse de doctorat, vous en feriez autant.
Ou ferez.
Ou avez fait.
Félicitations, docteur, et à plus tard.
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11 janvier 2008
Pause
Par Votre Dévoué Ambassadeur
21 décembre 2007
La fin du monde est au Bas St-Laurent
Platon a vécu il y a vingt-quatre siècles dans ce qui est aujourd'hui la république grecque. Ibn Rushd (mieux connu par ici sous le nom d'Averroès) a vécu au 12e siècle dans ce qui est aujourd'hui l'Espagne. En vertu de l'endroit où ils sont nés, tous deux seraient aujourd'hui citoyens européens mais l'un est présenté comme un des fondateurs de la civilisation occidentale alors que l'autre est considéré comme un étranger. Pourtant, il est impossible d'établir une définition de l'Europe qui exclurait Averroès et inclurait Platon.
L'argument, présenté dans un article dont j'oublie le titre et l'auteure (mais vous devriez le lire, c'était très très bon), visait à montrer à quel point la définition de l'Europe utilisée pour refuser l'entrée de la Turquie dans l'UE est artificielle. Mais à mon avis il démontre aussi quelque chose qu'on ne nous enseigne pas à l'école: La discontinuité historique entre l'antiquité et la Renaissance, le fait que ces deux moments historiques se soient produits dans deux civilisations différentes. Aristote n'est pas plus européen que moyen-oriental. Socrate côtoyait des marins venus d'Égypte et d'Asie Mineure, mais n'aurait jamais accepté de définir sa propre civilisation comme incluant les territoires qui sont aujourd'hui l'Angleterre et la Scandinavie (terres de barbares!). La Renaissance n'a pas été la renaissance d'une civilisation antique, mais bien la naissance d'une nouvelle civilisation.
* * *
J'ai enfin vu L'âge des ténèbres l'autre jour. Je pourrais en faire une critique détaillée, mais je ne réussirais qu'à reproduire l'essentiel du film, à savoir une longue litanie de chialage qui gagnerait à faire plus court. C'est d'autant plus décevant que l'attention et l'intelligence que Denys Arcand consacre à l'Histoire m'a toujours impressionné.
Mais la trilogie d'Arcand tombe totalement dans le panneau ethnocentrique qui réclame la propriété occidentale de l'antiquité gréco-romaine comme un PDG réclame des indemnités de départ. Et, bâti sur de telles bases erronées, le film ne peut que se conclure sur une solution tout aussi erronée.
Dans L'âge des ténèbres, le personnage de Marc Labrèche est accablé par la déshumanisation d'une société bureaucratique et les obsessions mégalomano-matérialistes qui nourrissent la superformance de sa femme (meilleure agente immobilière, "catégorie deuxième couronne" au Canada). Il finit par trouver une forme d'équilibre dans la simplicité volontaire et le rejet des fantasmes que lui imposent les médias. En clair, il débarque au Bas St-Laurent et se met à peler des pommes pour une dame qui pourrait être une propriétaire d'auberge ou la gourou d'une secte. Le message est clair: C'est la règle de saint Benoît qui va nous sauver, c'est dans les monastères que la civilisation sera préservée à travers l'âge des ténèbres qui s'amorce.
Le problème, c'est que si nous -l'Occident contemporain- disparaissons, nous ne renaîtrons jamais. Si un âge des ténèbres s'installe sur notre civilisation, ceux qui en seront les premiers artisans seront ceux qui se seront retirés du monde (à l'image du personnage de Marc Labrèche) plutôt que de tenter d'aller chercher une renaissance en s'abreuvant à des sources culturelles différentes.
Sur ce, joyeux noël en direct du Bas St-Laurent, où je pèle des pommes en attendant la fin du monde.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
14 décembre 2007
Bye bye les Maos
Un matin d'hiver du milieu des années '90, je suis monté avec quelques dizaines de mes collègues cégépiens dans un autobus, direction Québec. Nous allions manifester contre une quelconque hausse de frais de scolarité, et pour l'occasion j'avais pris soin d'apporter une copie du Petit Livre Rouge de Mao Tse Toung (leader chinois comparé, selon la légende, dans un travail de session de l'université locale à un autre grand leader chinois au destin surprenamment parallèle, Mao Zédong, m'enfin, c'est une autre histoire).
J'étais un peu embêté: J'allais devoir brandir ledit Petit Livre Rouge en cachant une partie de la couverture, le bout où était apposée l'étiquette de la bibliothèque. Vous voyez à quel point le capitalisme pervertit: J'avais honte de ne pas posséder ma propre copie.
Quoi qu'il en soit, je n'ai pas eu à dissimuler la cote Dewey du Grand Timonnier aux yeux de quelque matraque à la solde du Capitalisme puisque nous ne sommes jamais arrivés à Québec. Quelque part sur la 20, une tempête s'est levée et, bon, vous savez, les assurances, l'inconfort de rester pris dans un banc de neige, le prix d'une remorqueuse assez solide pour dépêtrer un autocar de luxe, valait mieux ne pas prendre de risque. Merde à la révolution, nous somme revenus chez nous tranquilos.
* * *
C'est un concours de circonstances qui a permis à l'esprit des années '60 de m'assaillir par tous les côtés depuis une semaine ou deux. Vu I'm Not There, un film vraiment extraordinaire (et accessible même si votre éducation Dylanesque se résume, comme la mienne, à être réveillé tous les dimanche matins de votre adolescence par le paternel qui se tape Blonde on Blonde dans le tapis sur le stéréo familial). Tombé par hasard sur l'album Rejoicing in the Hands de Devandra Banhart (qui réussit le premier enregistrement d'odeur en format mp3, en l'occurrence l'odeur du patchouli). Vu Commune, un documentaire sur une, euh, expérience sociale (tout nu tout nu tout nu, pas de bas) dans le nord de la Californie duquel je retiens de profondes leçons de vie (par exemple: vivre entouré de chèvres est fichtrement plus cool que vivre entouré d'étudiants au doctorat en histoire). Et je mentirais si j'affirmais ne pas être jaloux.
Jaloux de la chance que la génération de mes parents a eu de se sentir sur le bord d'un changement historique assez fondamental pour régler tout les problèmes sociaux, une révolution dont il bénéficieraient particulièrement puisqu'ils y auraient participé. La chance de devenir sinon des héros, du moins des gens enfin libérés de, bah, à peu près tout ce qu'il était possible de dénigrer dans la société où ils avaient grandi, de l'autorité, du fardeau d'avoir à travailler, des vieilles règles de comportement sexuel et de la musique de Tino Rossi (ces deux derniers éléments étant d'ailleurs plus directement liés qu'on le croit --l'horreur, l'indicible horreur). Jaloux de ceux qui ont pu aller faire la bamboula sur psychotropes pendant un an ou deux et revenir comme si de rien n'était, gracieuseté d'un programme ministériel quelconque, à temps pour prendre l'ascenseur vers le haut de l'échelle salariale.
Mais, bon, si vous insistez vraiment pour une petite dose de mauvaise foi, je peux toujours ajouter que jaloux, je ne devrais peut-être pas l'être. L'époque qui nous entoure demande un peu plus de jugeotte que celle du RIN. Finie la belle ligne droite qui séparait les bons des méchants, un côté menant vers des lendemains qui chantent, l'autre côté vers les réactionnaires dont l'existence expliquait à elle seule pourquoi lesdits lendemains n'étaient pas encore arrivés.
Aujourd'hui, nous avons bien sûr droit à un sale tas de problèmes mais surtout (et c'est là le charme pervers de notre époque) à aucune solution toute faite. L'armée américaine essaie de dissuader le président d'aller en guerre. L'ADQ a réinventé le nationalisme de droite au Québec. La machine capitaliste qui avale tout le monde sur son passage est un pays qui se réclame des enseignements communistes de Mao Tsé Toung et de Mao Zédong (mais permet encore la diffusion du Petit livre rouge en pdf pour gratos). C'est une époque, autrement dit, qui impose de penser et qui nous permet d'exprimer des opinions originales sans se faire accuser d'être un maudit-réactionnaire-qui-écoute-du-Tino Rossi.
Et, soyons honnêtes, c'est aussi une époque qui permet de passer son après-midi sur le Nintendo quand la tempête empêche l'autobus de se rendre à la manifestation.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
07 décembre 2007
Bing bang, Yale dans vos oreilles en deux coups de cuiller à pot
Les historiens, c'est comme des chiens de Pavlov, quand ça voit un phénomène historique bing bang ça te crache une explication en deux coups de cuiller à pot. Et si jamais un rival dans la profession a déjà donné la même explication, pas de problème, bing bang ils te prouvent le contraire en moins de temps que ça prend pour rédiger une thèse de doctorat (bon, d'accord, ça prend un peu de temps mais le résultat reste le même).
Exemple de phénomène historique analysable: Le monde, y connaissent rien. Ou, en termes plus académiques, le taux de pénétration de connaissances de niveau universitaire dans la population en général a toujours été relativement limité.
Phénomène historique bonus: Bev Oda est une exception, dans la mesure où elle peut mesurer le taux satisfaction des Afghans par rapport aux services de l'armée canadienne mieux qu'on sondage d'opinion effectué auprès des Afghans en question.
Je suis historien, je suis comme un chien de Pavlov, quand je vois un phénomène historique bing bang je vous crache une explication en deux coups de cuiller à pot. Je reviendrai à la question bonus, mais pour ce qui est du monde qui ne connaissent rien, la réponse est facile: ceux qui n'ont pas beaucoup de connaissances universitaires, ce sont ceux qui n'ont pas de formation universitaire. Et plusieurs raisons peuvent empêcher l'accès à une formation universitaire, la plus importante étant probablement la pression financière de trois années ou plus à payer des frais de scolarité plutôt que de recevoir salaire. Pour le fils d'un patron, c'est les vacances, pour la fille du restaurant c'est les sueurs pis les clients. A vla di da di, vla di di dlom...
(OK, petite parenthèse ici pour vous avouer la vérité (pour faire changement): Je suis un converti. J'étais naguère un fan fini des produits Macintosh, je faisais partie du club Apple de ma région avant qu'Internet n'y arrive et, plus généralement, j'étais convaincu d'être supérieur au reste de l'humanité. Un jour, un truc terrible m'est arrivé (genre, je me suis tanné d'être pris pour un imbécile), je me suis converti au Côté Obscur et j'ai renié mon passé (sauf la conviction d'être supérieur au reste de l'humanité, subitement renforcée). Et comme tout bon converti, je suis devenu un opposant radical de mon ancienne foi. Fin de la parenthèse, qui n'apparaît ici que pour expliquer pourquoi je méprise iTunes.)
Or donc je méprise iTunes, mais il existe "iTunes U". iTunes U, c'est une série de cours universitaires (et pas n'importe quoi: Stanford, MIT, Yale, bref le gratin) offerts sous forme de balladodiffusions audio ou vidéo. Ouaip, l'accès direct au contenu des cours, comme si vous y assistiez en personne. Et le nombre de cours offerts en ballado augmente de façon exponentielle à chaque semestre. La seule attrape, c'est qu'il faut installer le logiciel iTunes sur son ordinateur. Mais autrement, tout est gratuit. Tout est gratuit quand on a le diable de son côté.
Et nous voilà de retour dans les Temps Anciens --dans ce que les Temps Anciens avaient de plus noble, quand l'éducation se faisait en public et que se joignaient au groupe des étudiant qui voulait. Ouaip, il est maintenant possible de prendre des cours à Berkeley pour gratos, ce qui demeure relativement pas cher.
Et si jamais ça ne fait pas augmenter de façon tout aussi exponentielle le taux de pénétration des connaissances de niveau universitaire dans la population en général, foi de chien de Pavlov, on trouvera bien une explication alternative.
* * *
Oh, et pour la question bonus, c'est tout aussi facile à expliquer. Il y a deux possibilités: Ou bien Bev Oda est une Jos Binne qui a présenté un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor, ou bien les gnomes sont dotés de perception extra-sensorielle.
Vous voyez bien que je le mérite, mon doctorat.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
30 novembre 2007
La passion de l'administration
"J'ai la passion de l'administration"
OK, je vous vois sourire. Et si vous ne souriez pas, vous devriez. "J'ai la passion de l'administration", c'est le genre de chose qu'on affirme pour se convaincre soi-même plutôt que son interlocuteur, le genre de tentative désespérée de se faire accroire que l'argent n'était pas le seul facteur qui vous a amené jusqu'au M.B.A. Vous vous souvenez de cette campagne publicitaire qui essayait de nous convaincre que c'est vachement cool d'être comptable agréé? Ouais, "la passion". Et c'est précisément le même genre de passion qui va bientôt être la seule qu'il me reste pour la politique québécoise.
Tout a commencé avec une observation de génie. Le génie, c'est Chantal Hébert, analyste politique qui prouve qu'il peut parfois être légitime, voire même naturel d'admirer une analyste politique. Son observation peut sembler banale, mais elle a cette qualité qu'on trouve chez les esprits les plus brillants, l'aptitude à formuler précisément une impression que bien des gens avaient déjà sans pouvoir mettre le doigt dessus: La politique québécoise est de moins en moins alignée sur l'axe souverainiste-fédéraliste, et de plus en plus sur l'axe gauche-droite. Observation toute simple, simple constat de réorganisation du débat, mais une réorganisation qui m'arrache le cœur.
OK, vous avez été sages, vous méritez un cube ou deux d'autobiographie; n'allez pas dire que je ne vous gâte pas: J'ai grandi dans un antre de séparatisses. Mes parents sont d'anciens membres du RIN, des gens qui crachaient allègrement sur les beautés de la bourgeoisie Westmountoise et les fleurons de l'Empire Britannique, des activistes avides d'enlever Nos Rocheuses à leurs enfants. Y'en a même qui disent que certains de leurs amis ont été arrêtés pour sympathies terroristes au cours de cette vague de justice qu'a été la loi martiale d'octobre 1970. Et moi, bon, c'est psychologique, j'ai comme qui dirait poussé du même bord, affirmant mes immorales couleurs en devenant membre du Parti Québécois à 17 ans. Séparatissssssssssss. L'horreur.
Or donc en grandissant dans un contexte comme celui-là, la politique a toujours été pour moi le théâtre dans lequel allait vivre ou mourir un projet, un objectif, celui d'enfin pouvoir dire que mon pays est le Québec et rien d'autre. La politique était un chemin vers la souveraineté, d'abord et avant tout.
Ça, c'est quand on va quelque part. Mais la réorganisation dont je parlait plus tôt, elle tasse le projet vers la marge, pour laisser la place à deux tendances, la gauche (pauvre multi-récidiviste, tu n'es qu'une victime qui demande de l'aide) et la droite (laissez crever les BS, ça leur apprendra). Le projet (qui peut être réalisé ou non) disparaît au profit de la tendance (qui peut être réalisé plus ou moins), l'utopie au profit de l'administration. C'est un point à l'horizon qui s'évanouit, un point où s'animaient toutes sortes de fantasmes de monde meilleur (qu'ils aient été réalistes ou non), un objectif pour lequel il était particulièrement agréable de s'enflammer.
Mais, bon, il est temps de sombrer dans le réalisme. Avis à tous les amateurs de politique québécoise: c'est l'heure de développer votre passion de l'administration.
* * *
En passant, amateurs d'égalité des sexes, devenez des super héros vous aussi. Allez faire un tour sur le site de recrutement des Comptables Agréées du Québec et, quand vous entendez la musique groovy vous chatouiller les oreilles, visitez la section "Avez vous ce qu'il faut?" (4e bouton). On vous y posera des questions sur votre relation avec la tonte de pelouse et les jeux vidéos si vous êtes un petit garçon, ou le gardiennage d'enfants si vous êtes une petite fille.
Et si vous êtes asexuels, "mesurez-vous à leur [troisième] quiz". En donnant les réponses qui vous définissent comme quelqu'un de paresseux, affligé de crétinisme et foncièrement malhonnête, on vous invitera quand même à joindre le monde des affaires.
Bah, tant qu'on a la passion...
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
23 novembre 2007
J'ai le droit à mon opinion, c'est ben correct
S'il y a un peu de salive qui coule le long de mon menton, c'est que je me suis payé Loft Story trois fois dans la dernière semaine. Mes trois premières fois. Dites ce que vous voulez, moi je pense que j'ai vu l'avenir de la télévision d'information: Pas besoin d'improviser des nouvelles à propos d'événements qui peuvent se produire à n'importe quel moment, à deux milles de la station ou dans un village au bout d'un rang, ou alors ne pas se produire. Avec Loft Story, tout se passe dans le studio, tout arrive quand on veut qu'il arrive, et on utilise les mêmes technologies, les mêmes techniques, voire même le même personnel pour produire cette émission que n'importe quelle autre émission d'information. Si vous croyez en l'évolution, la bête que je vois est une forme de vie mieux adaptée à son milieu que Le Téléjournal. C'est mon opinion.
Si vous croyez en l'évolution, vous devez voir dans le réseau TQS un organisme qui évolue pour être mieux adapté à son environnement. Tout comme les premiers êtres multicellulaires étaient à la fois une combinaison d'êtres unicellulaires et une étape ultérieure dans l'évolution par rapport à ceux-ci, les compagnies médiatiques sont à la fois un regroupement d'individus mais aussi une forme d'organisation de la vie d'une complexité supérieure à celle des individus. Toi tu penses ce que tu penses, moi je pense ce que je pense, pas obligé d'être d'accord avec moi.
L'avantage évolutif, on peut l'obtenir en étant mieux adaptés à son milieu, ou alors en étant plus efficace à adapter son milieu à soi-même. Le castor qui a le plus de chances de survie est celui qui est le plus efficace à construire un barrage. De la même manière, la compagnie médiatique qui survivra et réussira le mieux est celle qui fera de la plus grande partie de la population son audience. Je suis comme ça, moi, je dis les choses comme elles sont.
En fait, si Québécor TQS réussissait à faire passer une loi qui imposerait à chaque Québécois le choix entre écouter Loft Story ou servir en Afghanistan, ce serait une preuve de sa capacité adaptative, une preuve que la théorie de l'évolution est une théorie qui se tient. Non non, moi je dis la vérité comme je la vois, je suis de même, essaye pas de me changer.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
16 novembre 2007
Dis merci, le jeune
Or donc il y a une bande de petits gauchistes barbus qui manifestent à l'UQAM pour empêcher les frais de scolarité d'augmenter. OK, "bande de petits gauchistes barbus", vous vous dites que le vieux con que je suis devenu va se mettre à cracher sur notre belle jeunesse.
Eh ben non. Moi je suis pour ça, la jeunesse --c'est pas parce que j'ai perdu la mienne dans un recoin poussiéreux de bibliothèque que ça me donne une raison d'être contre. Pire encore, je suis plutôt sympathique à leurs revendications. En fait, leurs problèmes viennent de la même source que les miens: C'est le même sous-financement du système universitaire qui pousse à une augmentation des frais de scolarité et qui me pousse à rester aux États-Unis parce qu'il n'y a pas de job pour moi au Québec (je suis une fuite de cerveau, et ça coule plutôt vers la droite). Tant qu'il n'y a pas de ressources à partager, on demeure victimes du même bourreau. Après, j'espère bien que les autorités universitaires mettront leurs priorités à la bonne place pour que je ramasse le motton.
Sauf que moi, vous me connaissez, j'aime pas vraiment ça être d'accord avec les gens --même temporairement. Et heureusement j'ai réussi à trouver quelque chose qui me chicote dans le discours des étudiants de l'UQAM.
Flashback de deux générations. Deux de mes grands-parents grandissent dans un milieu rural, familles immenses, obligés de quitter l'école avant le secondaire pour des raisons économiques. Rien de très original pour l'époque, seulement la tragédie personnelle et résignée de deux personnes brillantes, travaillantes, qui seraient allées jusqu'à l'université avec enthousiasme et grand succès si seulement le système dans lequel elles sont nées avait rendu la chose possible. Mais non, va travailler à l'atelier, aide ta mère à tenir maison, sinon c'est la famille en entier qui va s'écraser sous son propre poids. Petites tragédies comme il y en a eu des millions d'autres au Québec, donc, et comme il y en a des milliards d'autres ailleurs dans le monde.
Fast-forward de soixante-dix ans. Le Québec est devenu l'endroit en Amérique du Nord où l'éducation universitaire est la plus abordable. Une université comme McGill, aux États-Unis, imposerait des frais de scolarité de 20,000$ par an. Ici, c'est dix fois moins.
Je ne crois pas qu'on doive nécessairement prendre le système universitaire américain en exemple, même s'il est le meilleur au monde en termes de niveau académique. N'empêche. Il faut quand même constater la chance extraordinaire que nous avons, le cadeau exceptionnel que la société québécoise s'est donné à elle-même. Et c'est justement là que j'ai ma petite irritation. Oui la hausse proposée des frais de scolarité va rendre encore plus difficile la vie de gens que leurs études universitaires mettent déjà dans une situation financière précaire. Mais ces mêmes personnes, ailleurs dans le monde ou dans la génération de mes grands-parents, n'auraient jamais même osé imaginer avoir accès à une formation universitaire.
Ce dont je parle ici, c'est un sens de la responsabilité. Le simple respect pour ceux qui n'ont pas notre chance. Le Québec devrait être, de très loin, la société la plus scolarisée en Amérique du Nord. Les étudiants des universités québécoises devraient avoir la gratitude tatouée sur le front et travailler comme des malades pour profiter du cadeau que leur fait le système.
Mais un cadeau, c'est un cadeau. Ça vaut toujours moins cher quand on nous l'a donné. Ce qui m'enrage, en fait, c'est que la qualité du travail des étudiants québécois augmenterait probablement si on augmentait les frais de scolarité. À 20,000$ par année, ça deviendrait beaucoup plus difficile de se dire que bah, tsé, là là si je passe pas ce cours-là, ben j'vas en prendre un autre, faut pas capoter, là là, chus juste pas super motivé, c'est pas de ma faute...
OK, lumière verte, vous pouvez maintenant commencer à me traiter de fasciste. Mais j'ai rien contre les revendications des petits gauchistes barbus. J'aimerais seulement qu'une espèce d'impression de gratitude les motive aussi radicalement que la grève pendant le reste de l'année scolaire.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
09 novembre 2007
Une saison dans la vie des Québécois
Un spectre hante le Québec: Le spectre d'Hérouxville. Toutes les petites âmes, de l'ADQ à Françoise David, se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer les accommodements déraisonnables et sauvegarder les valeurs fondamentales du Québec. On en a des opinions divergentes, mais tous s'accordent pour désigner l'énoncé des "Normes de vie" d'Hérouxville -avec son interdiction formelle de lapider et brûler des femmes avec de l'acide sur le territoire de la municipalité- comme la genèse de cette discussion.
Comme bien des genèses, le texte original du document est loin de ce qu'est devenu le débat. Non seulement parce que le texte lui-même a changé (les références à la lapidation et à l'acide sont disparues --y'en a qui ont peur de rien), mais aussi parce qu'on a un peu oublié que son objectif premier était d'expliquer ce qu'est la vie au Québec. Tentative d'explication épouvantablement maladroite, certes (à moins que, pour vous, être Québécois se résume à des garçons et des filles qui se baignent ensemble dans des piscines publiques et un étalage de boucher qui inclut "boeuf, poulet, agneau, porc, etc."), mais tentative quand même.
Dans un pays ordinaire, ce genre de tentative de définition collective (immédiatement suivie d'une critique virulente) serait en bonne partie la responsabilité d'une certaine élite littéraire, un groupe d'écrivains politiques à la V.S. Naipaul, Toni Morrison ou Orhan Pamuk. Mais le Québec n'est pas un pays ordinaire. C'est un pays avec relativement peu d'histoire et encore moins de littérature. Quand j'explique à des amis étrangers que les écrivains québécois se tiennent loin des thèmes politiques, la plupart croient que je me fous de leur gueule. Si seulement... D'accord, il est excusable pour le Québec de ne pas avoir d'écrivain nobélisable du calibre de Naipaul, Morrison ou Pamuk (quoi que, faut vraiment pas avoir lu Pamuk pour lui donner un Prix Nobel). Mais qu'aucun de nos écrivains ne tente de le devenir, c'est franchement pathétique.
Anyways, si ce n'est pas votre première visite sur ce blogue, vous savez que j'ai réponse à tout. Pas d'exception dans ce cas-ci. J'ai trouvé le texte qui tue, celui qu'on devrait faire lire aux immigrants pour leur expliquer comment ça se passe par chez-nous plutôt que de leur imposer les divagations d'une bande de conseillers municipaux effrayés par la religion arabe. Et c'est pourquoi la prochaine lecture imposée par Immigration-Québec sera... [Roulement de tambour]: Une saison dans la vie d'Emmanuel, de Marie-Claire Blais.
Oui, enseignons ce que nous sommes à cette bande d'exciseurs, de lapidoptères, d'opposants à la saine cohabitation des hommes et des femmes sur les pistes de ski de fond, expliquons-leur de quoi est fait notre peuple. Disons-leur ce qui est bon, les familles de 16 enfants, la haine sourde qui traverse les générations, la résignation à une vie morne comme le ciel d'une toile de Lemieux, l'Église catholique qui embaume les cadavres, l'intimité qui se transforme toujours en viol et la mort qui se glisse sous la porte la cuisine avec le vent d'hiver.
Et dormez tranquille, je peux confirmer que les Hérouxvillains avaient raison: Une saison dans la vie d'Emmanuel ne contient absolument aucune invitation à brûler des femmes avec de l'acide.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
02 novembre 2007
La Vérité sort de la bouche de Jos Binne
Si j'étais exilé sur une île déserte et qu'on ne me permettait d'apporter qu'une chose, je choisirais la Commission Bouchard-Taylor. Une commission, deux commissaires, au-dessus d'une centaine de mémoires. C'est assez d'entertainment pour me durer le reste de ma vie. C'est aussi une source de savoir inépuisable, une source à laquelle j'avais vraiment besoin de m'abreuver.
Et à force de m'abreuver, j'ai enfin atteint le stade ultime de la sagesse, j'ai découvert où habite la Vérité. La Vérité habite le Québec. En fait, elle loge dans le cerveau de ces Jos Binne que j'ai vus intervenir à la Commission, dans un isolement humide qui favorise sa germination.
Les Jos Binne, ils s'inquiètent de ce symbole de l'oppression des femmes qu'est l'imposition du foulard islamique. ÉVIDEMMENT que c'est une forme d'oppression qu'on impose aux femmes musulmanes. Presque toutes les phrases qui le mentionnent commencent par "nous savons tous que", "bien sûr" et autres "il va sans dire".
"Il va sans dire"? À mon avis, il devrait peut-être aller en disant. En disant par exemple d'où il tient cette information exclusive. En disant aussi comment il explique que les victimes dont il est question ici ont surtout peur d'être sauvées.
J'ai habité la Turquie pendant trois ans, un pays à 98% musulman. Si vous lisez les journaux turcs, vous verrez presque chaque jour s'y étaler un débat qui fait rage autour du foulard islamique. Cherchez, dans ce débat, quelles sont les différentes opinions à propos de l'imposition du foulard.
Cherchez, vous ne trouverez pas. Le débat porte sur l'interdiction de porter le voile dans les universités et les édifices du gouvernement, absolument pas sur son imposition à qui que ce soit par qui que ce soit. Remarquez, la moitié de l'opinion publique en Turquie est formée de femmes musulmanes. C'est peut-être ce qui explique pourquoi ladite opinion publique (à part quelques laïcistes extrémistes qui, s'ils étaient québécois, seraient Pierre Falardeau) considère que lesdites femmes sont capables de s'habiller elles-mêmes. Qu'elles sont dotées du libre arbitre. Qu'une approche dans le genre SPCA ("pauv'-p'tit-minou-t'es-tout-crotté-tu-fais-
pitié-tu-peux-rien-faire-tout-seul-y'a-juste-
moi-pour-te-sauver") est au mieux de mauvais goût et au pire profondément méprisante.
Vous me direz que la violence conjugale est loin d'être rare en Turquie. Tout à fait exact. Je dirais même plus, dans un contexte où le mari est beaucoup plus souvent qu'au Québec le seul salarié de la maison, de nombreuses victimes sont retenues prisonnières par dépendance économique, forcées de tolérer l'intolérable. Mais la dépendance économique n'est pas un caractère fondamental de l'Islam.
Petit exercice: Essayez de trouver une pratique sociale ou un trait culturel qui:
-Dépasse le domaine du strictement spirituel;
-Est omniprésent en Indonésie, en Azerbaïdjan et dans le nord du Nigéria; et
-Est inconnu Thaïlande, en Géorgie et dans le sud du Nigéria.
Si vous trouvez quoi que ce soit, félicitations, vous venez de découvrir un caractère essentiel de l'Islam. Allez partagez votre découverte avec le Jos Binne susmentionné, "il va sans dire" qu'il le savait déjà. Et venez aussi me le dire, parce que moi ça fait seulement onze ans que j'étudie le monde musulman et je serais totalement incapable d'identifier un tel caractère essentiel.
Remarquez, à force d'écouter les compte-rendus quotidiens de la Commission, la Vérité va peut-être finir par me rentrer dans le coco.
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Par Votre Dévoué Ambassadeur
26 octobre 2007
Autochtones, faibles d'esprit et gens de même nature
Une grande partie des nouvelles du Québec me passent par les deux oreilles. Via balladodiffusion, s'entend, La Première à la carte de Radio-Canada pour être précis. Et des fois, un peu au-dessus de mes deux oreilles, y'a des cheveux qui se dressent sur ma tête.
Or donc dans l'édition du 19 octobre de ladite balladodiffusion, on entend le criminaliste Jean-Claude Hébert qui explique ainsi à René-Homier Roy les inconvénients d'un changement dans les procès de délinquants sexuels (audio disponible ici, deuxième à partir du haut, à environ 2:00):
"C'est que si vous avez des gens qui sont par exemple faibles d'esprit, démunis, des autochtones, des gens de cette nature-là qui sont accusés d'avoir commis des gestes répréhensibles, comment peut-on se fier sur le fait qu'ils pourront avoir les ressources nécessaires, l'habilité pour démontrer le contraire de ce dont on prétend qu'ils sont..."
Wow.
OK, petit cours d'histoire:
D'abord, un groupe de colons débarque, prend possession des terres, tant pis pour ceux qui y étaient déjà.
Ensuite, le groupe de colons se multiplie, impose sa religion et sa culture aux autochtones, et en massacre une partie pour faire bonne mesure.
Au bout de quatre cent ans, les envahisseurs mettent sur pied une commission itinérante pour décider qu'ils n'ont rien à apprendre des cultures des nouveaux immigrants: Si le multiculturalisme canadien promeut les différences culturelles, si le melting pot américain les intègre à la culture dominante, le modèle québécois s'enorgueillit de les rejeter du revers de la main.
Et quand quelqu'un suggère sur les ondes de la radio nationale que "faibles d'esprit", "démunis" et "autochtones" sont des gens de même "nature", personne ne réagit.
Merde.
D'accord, je crois comprendre ce que voulait dire Hébert, et je ne suggère pas qu'il ait été inspiré par une quelconque conviction que les Amérindiens sont biologiquement stupides --en fait, son commentaire suggère plutôt une attitude empathique qui reconnaît l'impact de certains problèmes sociaux..
Mais sa formulation, elle, n'est pas simplement malheureuse, elle est totalement inacceptable. Sans tomber dans les excès, il demeure que c'est une affirmation qui demande des excuse, à tout le moins des explications.
Et pendant que les 'immigrants de dixième génération' se gargarisent de leur supériorité morale sur le reste de l'humanité, pendant qu'on ne trouve rien à redire d'une expression comme "faibles d'esprit, démunis, des autochtones, des gens de cette nature-là", eh ben, personne ne se pose la question:
Les accommodements qu'on a imposés aux amérindiens, ont-ils quoi que ce soit de raisonnable?
Par ici la suite!
Par Votre Dévoué Ambassadeur
