04 juin 2004

Chapitre

Les chapitres d'une biographie ne sont pas nécessairement des divisions artificielles. On a souvent, en rétrospective, l'impression que les époques auxquelles ils correspondent sont réellement différentes, qu'elles ont été vécues par différentes incarnations de soi-même. Mais si leur contenu est directement lié à notre personalité, leur découpage précis est souvent l'affaire de circonstances extérieures.
D'autre part, ces époques ne sont divisibles qu'en rétrospective, il est rare qu'on puisse sur le coup identifier un nouveau début. On a besoin d'un événement fondateur. Un déménagement, un déménagement outremer par exemple, est un assez bon cadidat à ce titre pour que j'aie l'impression -juste ou non, ça reste à voir- qu'un nouveau chapitre commence ici.
C'est la première fois que j'emmène un manteau d'hiver en Turquie. Sixième voyage. Je devrai me trouver un appartement, un endroit où travailler, des habitudes dans tel ou tel café où ceux qui me cherchent pourront me trouver tous les jours de telle heure à telle heure. Tout cela va s'agglutiner à la surface de ma personalité jusqu'à ce que, dans plusieurs mois, je retourne au Québec complètement transformé, glissant quelques mots turcs dans les conversations avec mes amis, déçu de ne pas être capable de trouver thé et cigarettes turcs à Montréal, surpris de ne pas avoir à allumer le chauffe-eau à chaque fois que je souhaite prendre une douche.
Un début implique une fin, bien sûr, et je n'aime pas les fins. Ceci est mon cinquième déménagement en six ans et je les ai tous détestés, non seulement pour l'emmerdement de tout empaqueter et de transporter des meubles à bout de bras mais aussi à cause du message qui, à chaque fois, a résonné dans mon esprit tout au long des préparatifs: Peu importe ce qui c'est passé ici, c'est fini. Je n'ai à aucun de ces endroits été assez malheureux pour en conclure "bon débarras".
Cette fois, c'est Cambridge, c'est Boston, ce sont les États-Unis et Harvard que j'ai laissés derrière moi, et je ne crois pas y retourner. J'y ai laissé beaucoup de snobisme et un coût de la vie ridiculement enflé, mais aussi un des environnements intellectuels les plus stimulants qui existent sur cette planète; dorénavant ma petite tête devra se débrouiller toute seule. Et puis, peut-être que je m'en fous; peut-être que je préfère siroter mon thé, fumer une cigarette et lire les chiens écrasés avec vue sur le Bosphore sans trop penser;-)
J'ai dormi quinze heures la nuit dernière. Réveillé passé une heure de l'après-midi, déjeuné à près de quatre heures. Me promenant dans Sultanahmet, un type m'a demandé si j'étais britannique. Trop de sommeil, ce n'est pas bon pour le teint..

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