09 juin 2004

Parlez-vous Kirmandji?

Cette semaine ne débute pas la diffusion d’une chaîne de télé en langue kurde en Turquie. Non, c’est simplement la troisième chaîne de TRT (la télé publique) qui commence à diffuser en « Langues Maternelles » : Bosniaque, Laz, Kirmandji, Zazadja (deux des trois langues kurdes), Arabe, Circassien… toutes des langues parlées par des minorités ici. Pas de quoi s’exciter le poil des jambes, non?
Minute papillon. Faut mettre les choses en contexte : Il y a environ quinze ans, un politicien turc prononçant le mot « Kurde » comettait par le fait-même un suicide politique. Les Kurdes n’existaient pas, les gens qui prétendaient l’être (ne serait-ce qu’en fonction de leur langue maternelle) n’étaient que des « Turcs des montagnes », un peu comme si on disait que les Montagnais étaient des descendants de Bretons ou Basques quelconques, donc descendants de Français, donc eux-mêmes des Québécois pur laine (tiens, quand j’y pense, ça rappelle un peu ces bons Canayen-Français –parfois anglophones et descendants de Britanniques- qu’on appelle Métis, non?).
Aujourd’hui la situation est complètement différente. Le débat s’est graduellement ouvert dans les années ’90, d’abord entre intellectuels et autres gauchistes, plus tard dans la population en général. Au cours des deux dernières années plusieurs changements légaux ont été effectuées par le gouvernement pour mousser la candidature de la Turquie au membership dans l’Union Européenne. La télé en « Langues Maternelles » en est le résultat direct. Oubliez les Arabes et les Bosniaques; il y a probablement des millions de Turcs ayant de tels ancêtres, mais l’intégration sociale a été tellement efficace qu’il est rare de rencontrer ici qui que ce soit de moins de 50 ans qui parle une de ces langues. Non, l’objectif réel de ces changements sur la troisième chaîne de TRT est de diffuser –après des décennies d’illégalité- des émissions de télé en langues kurdes, sans trop perdre la face.
La Turquie change, change radicalement, et fait de plus en plus mentir ceux qui la dépeignent comme un château fort de la répression culturelle. Une demi-heure de nouvelles en Kirmandji par semaine, ça peut sembler dérisoire vu de l’extérieur. De l’intérieur, c’est l’aboutissment d’une véritable révolution

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