16 juin 2004

Vallees

Les cartes geographiques sont en deux dimensions. Rien de bien revolutionnaire la-dedans, mais on oublie bien souvent en les regardant que ce n'est pas la geographie du terrain qui est devant nos yeux mais bien une representation -necessairement partielle- de celle-ci.
Quand j'etais petit je pouvais passer des heures le nez enfoui dans un atlas. Arrivant quelque part entre le Pakistan et la Chine, je voyais les frontieres errer sans aucun autre principe directif que le vague concept de relief montagneux, plutot que de suivre les rivieres qui semblaient tellement plus evidentes sur la carte.
Je suis aujourd'hui a Ayder, dans l'arriere-pays de Rize, sur la cote de la mer Noire. C'est une region ou mer et montagnes se cotoient de pres; essentiellement, quiconque n'habite pas sur la cote y vit dans une vallee.
Ayder est dans une de ces vallees, un petit village entoure d'une vegetation a laquelle une temperature moderee et beaucoup de pluie donnent l'air du croisement entre la foret quebecoise et celle de l'Amazonie.
Apres avoir marche quelques heures, remontant la vallee jusqu'a ce que disparaissent les arbres, l'envie m'a pris d'escalader un de ses flancs, histoire de voir si je pourrais jeter un coup d'oeil a la vallee voisine. J'ai laisse tomber a mi-chemin, par crainte de debouler sur des centaines de metres alors que je n'avais vu personne depuis au moins une heure. J'ai laisse tomber avec regret, mais avec un respect renouvele pour Chinois et Pakistanais: Les flancs d'une vallee assez abrupte, meme escaladables par un homme seul, sont en fait etanches aux troupeaux et aux armees, bref, aux contacts humains qui comptent vraiment pour quiconque pris de l'envie d'etablire des frontieres politiques. Oubliez les rivieres si finement dessinees sur vos cartes; les cretes des montagnes y sont peut-etre absentes, mais ce sont elles qui dominent le monde reel.

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