06 juin 2004

Vos papiers

…ça rappelle un peu le bon vieux temps du communisme. Bon, d’accord, j’avoue que je n’ai jamais fait l’expérience des files d’attente du peuple, mais au moins ça donne une idée.
Un étranger recherchant le privilège d’habiter –légalement, s’entend- la Turquie doit faire application aux plus hautes instances de la police. Bien sûr, ne traite pas avec les espions potentiel qui veut parmi la force constabulaire, donc on nous envoie au Bureau des Étrangers (situé dans un des quartiers les moins touristiques d’Istanbul) pour rencontrer les policiers élus (qui ne sont d’ailleurs pas tenus de connaître quelque langue étrangère que ce soit). La semaine dernière, donc, j’ai passé mon jeudi après-midi à faire la file auprès de diverses instances dont j’ignore mais alors là totalement les rôles respectifs. Si j’ai bien compris, j’ai attendu une fois pour vérifier si j’ai tous les papiers, une fois pour vérifier s’ils me connaissent, et une fois pour me rendre compte que cinq heures étaient arrivées et donc que je devais revenir le lendemain.
J’ai donc laissé là la foule des étrangers turcophiles. La Turquie est surtout un pays dont on émigre pour chercher fortune en Allemagne ou aux Etats-Unis, mais il est surprenant de voir qu’elle est aussi pour certains une destination en soi. Des gens d’un peu partout, des vieilles Anglaises pour qui la vie en Orient n’a pas son pareil et des gens d’affaires qui s’installent dans un marché en expansion fulgurante, bien sûr, mais aussi des gens d’un peu partout au Moyen-Orient (Iran, Irak, Syrie…), d’Europe de l’Est (et, contrairement à la rumeur, pas seulement des prostituées), et des « Turcs » d’Asie Centrale trop heureux de prendre avantage de vieux liens ethniques (et de la propagande politique qui s’ensuit) pour vivre dans un pays un peu plus confortable que le leur. Diviser le monde strictement entre pays développés et Tiers-Monde n’a pas de sens, et la Turquie en est la preuve : Je me souviens, il y a deux ans environ, d’avoir entendu parler d’un sondage qui disait que plus des trois quarts des Turcs voudraient, s’ils le pouvaient, immigrer en Europe, et pourtant des gens partent de chez eux pour venir y chercher un avenir meilleur. Si j’étais Irakien aujourd’hui, prendre des cours de turc ne me semblerait pas une idée si stupide…
Vendredi, de retour dans la file où j’avais passé une heure et demie la veille. Encore une heure de plaisir à regarder les hautes instances prendre leur temps alors que seuls les imbéciles (lire : moi) s’imaginent qu’attendre en ligne ne demande pas de jouer du coude avec les vieilles dames. Encore une heure de plaisir avant de me faire dire que, surprise! j’aurais dû faire la file au comptoir voisin. Le type a dû croire que je faisais pitié, et m’a fait passer en priorité chez son voisin de comptoir qui a enfin pu me dire qu’il me manquait un formulaire qui doit être rempli par les archives où je travaillerai. À plus tard, les amis, je m’occuperai ce ça dans un mois.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. J’ai même fait affaire avec un de ces dilekcis que de trop hauts taux d’alphabétisme rendent inutiles (du moins théoriquement) Québec : des types qui installent leur petit comptoir et leur machine à écrire sur un coin de rue et qui préparent pour quiconque ne possède pas machine à écrire et multiples formulaires tous les papiers nécessaires pour faire face à la bureaucratie. Je les avais souvent vus un peu partout en ville en leur trouvant un petit côté délicieusement rétro; je sais maintenant que je fais partie du glorieux club des analphabètes…

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Bonjour,

J'aimerais pouvoir faire application pour obtenir ma citoyenneté Trépaniaise, mais je ne peux m'engager à m'établir au Trepanestan de façon définitive ni à en partager les valeurs.

Y'a-t-il une solution?

Emmanuel Trépanier

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Hmmm... de toutes façons, le Trepanistan, c'est toutte dans' tete;-)