19 décembre 2006

2043

L'inconvénient des choses qu'on ne remet jamais en question, c'est précisément qu'on se rend pas compte qu'on ne les remet jamais en question. Un jour, après quelques semaines ou plusieurs siècles, une nouvelle situation se met en place, un nouveau point de vue s'offre à nous et tout à coup on se rend compte à quel point les idées stagnaient.

Cette nouvelle situation, elle peut être le fruit de facteurs extérieurs. Les Australiens et les Néo-zélandais, par exemple, ont eu besoin de recevoir l'armée ottomane sur le coin de la figure pour se rendre compte qu'ils n'étaient pas si britanniques que ça, en fin de compte.

Mais on peut aussi lancer des pavés dans la mare. Les Belges, par exemple, en ont fait l'expérience plus ou moins heureuse avec des petits rigolos qui ont utilisé la télévision publique pour provoquer le débat, la semaine dernière.


"Provoquer le débat"... J'ai toujours un petit ricanement un peu amer quand j'entends dire qu'il y a un débat politique intense au Québec. Oh, bien sûr, il y a deux clans qui s'affrontent. Mais un débat? Ça demanderait des arguments, une évolution des options, un échange d'idées qui ne se limite pas à la rhétorique électorale.

En fait, il n'y a eu aucune évolution dans les idées politiques au Québec depuis trente-cinq ans. AUCUNE. La composition des deux clans a évolué, bien sûr, mais les idées débattues au début des années '70 ont été reformulées, jamais repensées. Pire, à chaque fois que l'occasion se présentait pour explorer des alternatives, les deux clans se sont entendus pour revenir au statu quo le plus vite possible.

Ce ne serait pourtant pas difficile d'en proposer, des idées qui changent les perspectives. Un idée, comme ça, juste un exemple: Un recueil de nouvelles écrites par des auteurs de toutes tendances politiques, dans lequel chaque histoire se déroulerait dans un Québec indépendant. Certaines seraient plus sombres, d'autres plus optimistes, reflétant les opinions de chacun des auteurs. Mais surtout, la création d'un monde alternatif demanderait beaucoup plus de réflection que la simple affirmation, dans un discours politique, que nous nous dirigeons droit vers l'enfer ou vers le paradis. Je ne veux pas savoir si telle écrivaine est souverainiste ou fédéraliste, c'est sans importance. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir ce qui l'attire ou la repousse dans l'idée d'indépendance du Québec. Ça permettrait peut-être de s'élever au-dessus du bi-dimensionnel, de rajouter de la profondeur dans nos discussions, de voir au-delà de cette ligne, si mince et si longue à la fois, qui s'étend entre Trudeau et Falardeau.

J'habite un pays, la Turquie, qui démontre de temps à autre un talent particulier pour le réactionnaire. Et pourtant, il y a ici des gens qui se battent pour offrir de nouvelles idées, pour aller au-delà des programmes politiques et repenser des positions devenues un peu trop confortables. Fichtre, ça vient même de leur valoir un prix Nobel de littérature! Un prof turc m'a déjà affirmé qu'un intellectuel, c'est quelqu'un qui offre un point de vue qui dérange tout le monde, même les gens qui se réclament de la même tendance politique que soi. Si on accepte sa définition, le seul vrai intellectuel québécois est mort il y a trois ans.

Mais, bon, faut toujours voir les choses du bon côté: C'est quand même confortable d'être déjà en mesure de se prononcer sur l'élection de 2043...




Par ici la suite!

13 décembre 2006

Moi, Pinochet, vous savez...

Franchement, je ne comprend pourquoi il y a des Chiliens pour pleurer la mort d'Augusto Pinochet. Je veux dire, contrairement à Juan Peron, il n'a même pas été capable de ramener une coupe Stanley.

(Pour ceux qui n'ont pas de mémoire historique, Juan Peron est une légende du hockey israélien et le mari d'une grande dame de la mystique juive.)


(Bande d'ignares.)
Par ici la suite!

11 décembre 2006

Voltaire, Casanova et moi

Quand on a annoncé que Orhan Pamuk gagnait le prix Nobel, j'en ai profité pour parler de littérature québécoise. Logique bizarre, esprit tordu: Pamuk prononce son discours d'acceptation, alors moi je... reparle de littérature québécoise. De trois histoires, en fait, les trois histoires que racontent les écrivains québécois.

La première, c'est l'histoire d'une femme d'un siècle passé, courageuse, indépendante, une femme qui brave les interdits de son époque au grand dam des suppôts de la misogynie qui y règnent en maîtres. L'auteure de l'histoire éclate d'un grand rire voltairien et annonce tout le mépris qu'elle a pour cette Grande Noirceur, ignorante de ses Lumières. Elle s'assure aussi, mais c'est sans importance, de ne pas comprendre les mentalités dominantes de l'époque dont elle parle.

La deuxième, c'est une histoire d'amour: une rencontre, une infidélité, une rupture. L'auteur est un Casanova qui n'ose pas danser, trop préoccupé qu'il est par les méandres de ses propres émotions. Il s'assure aussi, mais c'est sans importance, de rarement s'élever au-dessus du frivole.

La troisième, c'est une histoire de traumatisme, un viol, une tentative de suicide ou quelque autre sordide commerce où les notaires sortent leur côté sombre. Cette histoire est l'oeuvre du personnage principal, qui sait bien qu'on ne parle jamais que de soi, ce soi qui s'assure aussi, mais c'est sans importance, de ne jamais lésiner sur le mot "moi". Moi. Moimoimoimoimoimoimoi. Moi.


Certains disent qu'il n'existe que deux structures narratives: Le héros qui part en quête et l'étranger qui arrive en ville. La littérature québécoise est beaucoup plus complexe: on y retrouve trois histoires. Elle est aussi beaucoup plus raffinée, puisque ses trois histoires sont toutes tirées d'une chanson de Jacques Brel.

On dit aussi que la littérature québécoise est une littérature jeune. Moi, pour tout vous dire, j'espère que non. Parce que quand on est jeune, on finit toujours par vieillir. Et vous savez, monsieur le commissaire, plus on devient vieux, plus on devient...


Par ici la suite!

04 décembre 2006

Ewoks

J'adore Wikipedia, je vous l'ai déjà dit, on y apprend des choses fascinantes. Si vous allez voir l'article "Ewoks", par exemple, et que vous jetez un coup d'oeil vers le bas de la page, vous trouverez cette phrase stupéfiante (vite avant que ce ne soit "corrigé", après j'efface ce billet): "Moreover, there is an ewok going to a school in dorset under the title of a 'human boy'. His name is Harrison and often speaks Ewokese."

Ouaip, il y a un Ewok qui habite en Angleterre, et qui plus est il va à l'école et son nom est Harrison. Ça doit être vrai, puisque ça vient de la même source qui nous informe que, selon les fanatiques de Star Wars, les ewoks, ça fait pas sérieux (eh eh).

Évidemment, vous êtes des petits futés, vous ne vous préoccupez pas tant de la petite politique de cours d'école qui a transformé un règlement de compte contre un adolescent probablement très pileux en une vérité qui sort d'une encyclopédie. Non, vous, ce qui vous intéresse, c'est de savoir que diable allais-je donc faire sur la page Wikipédia consacré aux Ewoks.

Eh bien je... euh... ah, tiens, désolé, je dois vous quitter, y'a le téléphone qui sonne et y'a jamais personne qui y réponnne...


Mise à jour: Évidemment que ça s'est réglé dans le temps de le dire. Mais l'affirmation a quand même duré quelques jours. Jugez-en par vous-mêmes.
Par ici la suite!

03 décembre 2006

Duel: Le garagiste et l'ours

Je vous ai déjà fait subir quelque chose de similaire: Deux personnages pris au hasard (ou, peut-être plus exactement, dans les craques de divan de mon subconscient) et un thème qu'ils devront illustrer à travers une histoire écrite d'un seul jet. Alors on s'y remet:

Personnage #1
Un garagiste doué de pouvoirs miraculeux

Personnage #2
Un ours de cirque alcoolique

Thème à illustrer:
Les médecins spécialistes dans leur négociation avec le gouvernement du Québec.


Un des principaux problèmes de Régis le garagiste était sa capacité de comprendre le langage des animaux. C’est la raison pour laquelle il habitait la ville, d’ailleurs, parce que le chant des grillons le soir au bord du lac arrivait à ses oreilles comme la rumeur sulfureuse de la foule qui attend le discours du candidat de l’ADQ dans une élection partielle. C'est aussi la raison pour laquelle il exerçait la profession de garagiste, parce que le bruit des moteurs savait bien couvrir la rumeur de la faune. Régis travaillait dans un garage du centre-ville par besoin de tranquillité.

C’était pour retrouver l’époque -oh! bien avant qu'il ne devienne garagiste- où il avait assisté à tous les spectacles du Cirque du Soleil qu’il était venu assister à cette représentation d’une troupe ambulante dont le nom promettait tout à la fois le mystère et l’insalubrité d’une consonance balkanique. Et maintenant il était pris à écouter les jérémiades éthyliques d’un ours coiffé d’un feutre bavarois. Tout cela à cause de Guy Laliberté qui, en laissant sa marque sur le monde du show-business, avait réussi à lui faire oublier que l’on risquait de rencontrer des animaux en visitant un cirque.

Il blâmait Guy Laliberté, mais il devait aussi blâmer Dieu. C’était sans doute Ce Dernier qui avait fait de Régis un saint, profondément bon, incapable de tourner le dos à une créature en détresse. Et en détresse l’ours l’était.

« Non mais je l’ai-tu choisie, moé, c’t’ôôôôôôôstie de job-là? Y me fouettent, taborsfllrrreuh... »

L’ours s’interrompit un moment, fixant un point indéterminé à mi-chemin entre le sol et l’horizon. Un filet de bave coulait le long de ses babines. Régis en profita pour tenter d’insuffler un arrière-goût de cohérence dans l’haleine fétide de l’entertainer ursidé: « Je peux faire quelque chose pour toi? »

L’ours tourna un regard interrogateur vers Régis, comme pour lui demander comment on pouvait changer le sujet d’une conversation aussi radicalement et sans raison apparente. Cela ne dura que quelques secondes, puis il se remit à bafouiller.

« Grrrrr.... grrrrow... grrrrrrève. Y vaut vaire le grrrrrrève. J’essssssuis calumet, comme une haie de seins, médecin spéciaaaaal, spécial lisse, j’essuie désert vice z’étang ciels. Gomment guy donnent au zourses du zardin joologigue de Zan Guiédo? Gueulé le ça a l’air de mes côôôôôns frères? Zègjîîîîîgue le main... le m’haine traitement.» La patte levée vers le ciel, il prenait maintenant la pose d’un prédicateur vacillant. « J’essuie brizonillé d’un zestème hein... hein... heinjuuuuuste! Ma maaaaaa morose... morose sbires du zoo.. du zoozialitsme! » L’ours arrêta brusquement son discours et laissa son regard dériver hors-foyer. D’abord lentement, il commença à pencher vers l’avant et, accélérant son mouvement, ne s’arrêta que lorsqu’il fut face contre terre.

Régis le contempla pendant quelques instants. « Je ne pouvais rien faire pour lui, se répétait-il, rien, absolument rien. » Réalisant qu’il est rarement bon qu'une foule de curieux s'accumule pour regarder un ours grogner dans sa direction avant de perdre conscience, il s’éloigna vers le stationnement.

Son sentiment d’impuissance, au fil des minutes, fut remplacé par une colère sourde, une colère dirigée vers Guy Laliberté. Comment peut-on être aussi insensible aux conséquences de ses actes? En réinventant le genre, il avait fait de la présence d'animaux dans les cirques traditionnels une vérité cachée, un secret honteux que l'audience ne découvrait avec horreur qu'une fois le billet acheté. Il avait été dupé par un ancien hippie.

Régis avait, pour en témoigner, les souvenirs qui lui restaient des plus belles vacances de sa vie. Un mois passé en première classe, un mois entier au cours duquel il avait réussi à assister à pas moins de sept spectacles du Cirque du Soleil, sur trois continents. Un mois sans animaux pour l'embêter avec leurs problèmes.

C'était certes une autre époque, alors qu'il pouvait encore compter sur son salaire de périologue-patéticien. Il avait depuis tout abandonné, et pourtant ne regrettait rien. Car comme des centaines d'autres médecins spécialistes, face à la fermeture d'esprit du gouvernement du Québec il s'était libéré de l'esclavage de sa profession pour devenir garagiste.
Par ici la suite!

21 novembre 2006

Passe-... moi le téléphone

Puisque tout le monde parle des DVDs de Passe-Partout, autant que j'y rajoute ma p'tite histoire en trois images.

Image Un: J'ai un cellulaire, en Turquie, un modèle vraiment pas cher mais qui permet de composer sa propre sonnerie. Grâce au bons soins d'un ami musicien, je me suis programmé la chanson de Passe-Partout. "Pas ce Montagnais me l'éparpillons...", etc. etc.

Image Deux: Vous pourriez croire que je nage dans le futile. C'est juste, mais ça n'a rien à voir avec ma sonnerie de téléphone, laquelle agit plutôt comme détecteur de Québécois (zé de Québékouâzeu). Je suis dans un endroit public, quelqu'un m'appelle pour déchiffrer quelque mystérieux document historique de toute urgence et hop! Au son de me sonnerie, tous les compatriotes à portée d'audition ouvrent les yeux grands comme des roues du tracteur de Fardoche, ce qui les rend facilement identifiables.

Image Trois: Jusqu'à maintenant, en un an et demie de mise pratique de cette technique révolutionnaire, j'ai réussi à identifier dans les rues d'Istanbul un grand total de zéro Québécois, et approximativement le même nombre de Québécoises. Vous pourriez croire que la technique en question n'est pas très efficace.

Oh que non.

C'est juste qu'il n'y a personne qui m'appelle.
Par ici la suite!

19 novembre 2006

Impératif passé

En turc, tout comme en français, il est impossible de conjuguer un verbe à l'impératif passé. Si quelqu'un se mettait en tête d'essayer, ça donnerait quelque chose comme "ayez conjugué" ça n'aurait vraiment aucun sens.

Tout le contraire, dirait sûrement le bon docteur Khadir, de ces merveilleux petits messages qui ornent les paquets de cigarettes. Des messages qui sont d'ailleurs apparus en Turquie il y a quelques années déjà. Un d'entre eux, par exemple, affirme quelque chose qui se traduirait à peu près par "La cigarette crée une très forte dépendance. Ne commencez pas."

Mais ceux qui qui lisent les paquets de cigarettes sont ceux qui achètent les paquets de cigarettes. Et ceux qui achètent des paquets de cigarettes sont ceux qui ont déjà commencé à fumer. En s'exposant précisément et exclusivement au seul auditoire auquel il ne s'adresse pas, ce message détient sans doute le record de la publicité la plus mal ciblée de l'histoire. Tout ça parce que l'impératif passé ("n'ayez pas commencé") n'existe pas.

C'est un peu comme l'attitude d'une certaine réaction pacifiste (celle qui nous rend si fiers d'être québécois) par rapport à l'occupation américaine en Irak. Essentiellement, elle se résume à: "C'était vraiment une mauvaise idée". Sauf que quand pose la question de ce qu'il faut faire compte tenu des conditions actuelles, tout ce qu'on peut en tirer se résume à peu près à un impératif passé: "N'ayez pas envahi l'Irak". D'un point de vue rhétorique, comme disaient certains de mes collègues du secondaire "c'est genre, full impressionnant".

En poussant un peu, en répétant la question sans arrêt, en affirmant qu'on ne se contentera pas du sourire béat des ceuzes qui sont tellement contents d'être fiers d'avoir eu raison (et qui, de façon assez perverse, ont de plus en plus eu raison à mesure que les morts s'accumulent), on finit en général par obtenir le souhait que les Américains foutent le camp d'Irak tout de suite, immédiatement et sans délai.

Comprenez-moi bien: moi aussi j'ai toujours trouvé que cette invasion était une idée stupide, j'ai pu constater que sa mise en application a été bâclée. Et moi aussi, plus il y a de morts et de souffrance, plus j'ai eu raison de penser ainsi.

Sauf que si les Américains partaient tout de suite, immédiatement et sans délai, l'immense machine bureaucratique qu'est l'ONU n'aurait certainement pas la capacité de mettre cent cinquante mille soldats sur le terrain tout aussi tout de suite, tout aussi immédiatement et tout aussi sans délai (ce serait plus du double de tous les casques bleus actuellement déployés dans le monde-- alors que la plupart s'entendent pour dire que ce sont déjà là des effectifs insuffisants de la part des États-Unis). Et sans ce genre de support extérieur, l'espérance de vie du gouvernement al-Maliki serait comparable à celle d'une musaraigne arthritique au beau milieu de l'autoroute métropolitaine à l'heure de pointe. Ce qui prendrait sa place? Au mieux un gouvernement que les Talibans ne renieraient pas, au pire une guerre civile d'une sauvagerie qui pourrait finir par faire dire qu'au Darfour, au moins, y'a seulement un des deux côtés qui meurt.

Et tant que la nouvelle armée irakienne n'aura pas été suffisamment entraînée, ce sera comme l'histoire du coeur ouvert. Vous vous souvenez de cette chirurgie cardiaque pas vraiment nécessaire, menée par un chirurgien incompétent? Bien sûr, ses collègues qui s'étaient prononcés contre pouvaient se gargariser d'avoir eu raison. Mais quand ils se sont avisés d'en conclure qu'il faut laisser le patient à son sort en plein milieu de l'opération, les organes à l'air, eh bien c'est tout juste comme s'ils réclamaient eux aussi le droit à faire preuve de négligence criminelle.

Bien sûr que c'est agréable d'avoir eu raison. Presque aussi bon que d'envoyer la fumée de sa cigarette à la face de ceux qui ont eu tort. Dommage que ça ne permette à personne de changer le passé.

Par ici la suite!

10 novembre 2006

Las Tortugas también vuelan

Comme dans bien d'autres endroits qui ont le bonheur de se voir refuser un membership total dans le "monde civilisé" (celui où votre appel est important pour nous, merci de bien vouloir patienter, le temps d'attente moyen est estimé à vingt-quatre minutes), acheter des DVDs légaux en Turquie est, disons-le, quelque peu hors-norme.



Généralement, je ne m'en plains pas, surtout quand je vois ce qui est arrivé avec votre argent de consommateurs moraux: Vous avez payé pour voir Terminator I, vous avez payé pour voir Terminator II, vous avez payé pour voir Terminator III et maintenant il est gouverneur de la Californie. Pire encore, il vient d'être réélu. Vous attendez que je vous félicite?

J'ai pas trop de problème avec les DVDs pirates, donc, sauf que des fois y'a des p'tites surprises qui peuvent survenir.

Des surprises du genre de celle que j'ai eue quand j'ai voulu écouter Les tortues volent aussi. Pas de sous-titres français ou anglais, je peux m'en accommoder. Mais le sombre imbécile qui a fait la copie a eu la brillante idée de choisir une langue audio alternative et d'effacer l'originale, probablement pour des raisons de nationalisme mal placé. Alors vous me direz si je me plains pour rien, si mon snobisme a finalement dépassé toutes les bornes, mais laissez-moi d'abord poser la question: Dans film iranien qui se passe en Irak avec des sous-titres en turc, est-ce que c'est normal que des villageois kurdes discutent en... espagnol?

Par ici la suite!

03 novembre 2006

Telesekreter

Si il y a un médium artistique qui est vachement sous-utilisé, c'est vraiment le répondeur téléphonique. Les possibilités sont, bon d'accord, peut-être pas infinies, mais certainement des milliers de fois plus étendues que l'utilisation qu'on en fait.

Je me souviens d'avoir remplacé un message d'accueil sinistre du genre "Bonjour vous avez bien rejoint Tatati Tatata..." (je suis de descendance italienne) par un simple "Allo?"


Pendant quelques jours, tous les messages laissés sur mon répondeur disaient à peu près "Allo! Ça va? Allo? Tu m'entends? Allo? Allo t'es là?..." Je suis finalement revenu à une formulation plus classique, de peur que mon directeur de thèse aie la brillante idée de me donner un coup de fil en mon absence. Mais pas avant de m'être bidonné à plein aux dépens de mes perplexes appelants.

Et justement, en parlant de ça, je suis sûr que ça vous rapelle la chanson de Teoman. OK, peut-être pas. Alors rapido, Teoman est une des vedettes pop les plus tolérables de Turquie et, malgré son apparente incapacité à mémoriser le texte entier de Famous Blue Raincoat de Leonard Cohen il y a quelques semaines, il écrit plutôt bien. Prenez sa chanson "Paramparça", par exemple, où il affirme que "Telesekreterle konusamayanlardanim". La belle preuve que le turc est une langue agglutinante, ce qui signifie non pas qu'on peut la manger avec des baguettes mais bien qu'on s'y amuse à rajouter des suffixes. Et des suffixes. Et des suffixes. Et des suffixes. Allez, venez ajouter des suffixes avec moi, et pas un mot à votre mère.

Premier mot, ça reste simple. "Telesekreter", vous ne devinerez jamais pourquoi, ça veut dire répondeur téléphonique. Le suffixe "le", c'est l'accompagnatif "avec". Autrement dit, "telesekreterle", c'est "avec le répondeur". Vous me suivez toujours? Si non, allez vous chercher un peu de quotient au dépanneur et appliquez sur les parties affectées.

Pour les autres, on passe aux choses sérieuses. Alors voici la décomposition:

-"Konus" (avec une cédille sous le 's', qui lui donne le son 'sh'): La racine du verbe parler. Bougez pas, on est sur le point de le conjuguer. Jusqu'à ce que mort s'ensuive.
-"a": devant le suffixe négatif, c'est le suffixe qui exprime la capacité, comme le verbe pouvoir avant un infinitif en français.
-"ma": Le suffixe négatif en question, que vous attendiez tous un p'tit peu.
-"y": un consonne-tampon, parce que faire suivre un suffixe qui finit avec une voyelle d'un suffixe qui commence avec une voyelle sans consonne-tampon, c'est un peu comme manger la bouche ouverte (i.e. c'est pas parce que ça se fait dans votre village que c'est poli pour autant).
-"an": L'indicateur du participe présent.
-"lar": L'indicateur du pluriel.
-"dan": L'ablatif (autrement dit, 'de')
-"im": Le verbe être au présent, première personne du singulier.

Alors je vous donne dix secondes pour deviner ce que veut dire "Telesekreterle konusamayanlardanim".
Dix
Neuf
Huit
Sept
Six
Cinq
Quatre
Trois
Deux
Un
Trop tard.
"Je suis de ceux ne pouvant pas parler avec un répondeur téléphonique". En deux mots.

Or donc si vous n'avez pas mon courage légendaire, si "allo!" vous semble un peu sec comme invitation à laisser un message, vous pouvez toujours suggérer à ceux qui vous appellent de laisser un message s'ils sont de ceux qui peuvent parler avec un répondeur, "Telesekreterler konusabilenlerdense". Ça fait toujours jaser le monde.

Ceux qui peuvent jaser en turc avec un répondeur, en tous cas.


Par ici la suite!

29 octobre 2006

Just watch me (moi et mon Afrique)

Le temps est au vite vite vite, vous ne prenez plus le temps de bien vous alimenter et tout le tralala. On veut ça tout de suite, pas demain, on veut pas que ça prenne vingt minutes, enweille déguedine, Dan, comme Marco Materazzi.

Ben moi j'ai compris l'esprit du temps (Zeitgeist pour les intimes, surtout les intimes qui parlent allemand):

Merde aux critiques de livres, c'est trop long. Moi, je fais des critiques de titres. Just watch me.


Je vous parle de "Mon Afrique", par la journaliste Lucie Pagé. Je pense que livre parle d'apartheid (une affection du colon qui provoque un renflement des bantoustans), de lutte politique courageuse et de bon sentiments, mais c'est sans importance: de un, je n'ai absolument pas l'intention de le lire, et de deux c'est une critique de titre, pas une critique de livre.

"Mon Afrique" c'est deux mots qui prouvent qu'on n'a pas besoin d'écrire des pages pour se couvrir de ridicule. Et pour s'attirer les foudres d'un historien québécois exilé à Istanbul (tremblez! tremblez! craignez la puissance de mes lokums aux pistaches passés date!)

Je ne sais pas qui, de l'auteure ou de ses éditeurs, a choisi ce titre, mais chose certaine la personne en question a fait preuve soit d'un mépris tout ce qu'il y a de plus colonialiste, soit d'un crétinisme effarant. D'abord parce que rares sont les gens qui "possèdent" l'Afrique au point de pouvoir utiliser une telle expression. Cecil Rhodes peut-être, ou alors le Roi des Belges, mais (sauf votre respect) certainement pas une journaliste qui milite pour le droit des pigistes à vivre au-dessus du seuil de la pauvreté.

Difficile surtout d'imaginer que la personne qui a choisi ce titre ait pu ignorer l'arrière-goût colonialiste d'un tel titre. Elle fait peut-être partie du clan des négationistes pour qui les Québécois qui se promènent au Lesotho partagent avec les locaux une expérience commune de colonisés (et inversement, quand un Lesothan vient visiter le Québec... wait a minute, il peut pas visiter le Québec, il vient de se faire refuser le visa...). Elle fait peut-être aussi partie de cette race d'atrophiés du contexte pour qui les connotation n'existent pas, qui rencontrent un backpacker suédois en Indonésie et font référence à son sac à dos en l'appelant le "fardeau de l'homme blanc".

Et encore, il ne s'agit là que du premier des deux mots du titre. Pensez-y un peu: L'auteure a passé dix ans dans un pays africain, et par conséquent se tape un titre qui englobe tout le continent. Comme si une décennie de journalisme en Roumanie pouvait conférer à qui que ce soit le titre de "Spécialiste de l'Europe".

L'auteure en question vient de commettre une suite à son Afrique, cette fois intitulée "Notre Afrique". Ça s'améliore, ça s'améliore. N'empêche que c'est encore loin de se limiter à l'Afrique du Sud. C'est surtout encore très loin de "Leur Afrique".

Vous trouvez que j'y vais un peu fort? J'ai pas le temps de lire le livre (qui est du reste relativement difficile à trouver dans les librairies stambouliotes), c'est précisément pourquoi je me limite à critiquer le titre. Et de toute façon, avec un titre comme "Just watch me", vous deviez bien vous attendre à quelque chose de sommaire et brutal.


Par ici la suite!

20 octobre 2006

Comme un ver sur un hameçon


Je n'ai pas écouté Chère Bruyère, le dernier album de Leonard Cohen. Pas eu le courage, après l'immonde platitude de son avant-dernier, Ten New Songs. Comme si le bien-être que lui ont apporté cinq ans de bouddhisme à temps plein avait assassiné à grands coups de hache sa "famous golden touch".

Ben moi, j'ai la solution à son problème. D'ailleurs j'ai des solutions à tous les problèmes depuis qu'on m'a donné accès aux secrets mystiques de l'Orient. (Sauf pour toi, ma toute-belle, tu ne la retrouveras jamais, ta virginité. Hein, quoi? OH BOY!!!... Ok, j'avais mal compris. Mais je ne pense pas pouvoir régler ça non plus).


Anyways, la solution, le remède de cheval, c'est "Hayko Cepkin, 'Cohen ve Ben konseri', Balans, Beyoglu/Istanbul, 17 Ekim 2006". En un p'tit peu plus québécois, ça veut dire un Arménien stambouliote avec un accent turc à couper au couteau qui, dans le cadre d'un concert hommage à Leonard Cohen, nous gueule une version quasi death-metal de "Bird on the Wire" en se tortillant comme un ver qu'on aurait trempé dans l'acide avant de l'accrocher sur un hameçon. C'était un peu comme voir un accident de voiture au ralenti, un accident de voiture qui vous donne le goût de thrasher comme un malade. N'empêche que pendant trois secondes et quart, j'ai comme qui dirait flatliné.

Alors si par hasard, sur St-Laurent, vous voyez Le Poète qui fait son petit tour au parc, si jamais vous en avez le courage, si vous croyez qu'il est encore capable d'en prendre, alors passez-lui le message. Ça devrait être suffisant pour qu'il nous ponde un autre Songs of Love and Hate.

Et vive les drogues dures.


Par ici la suite!

13 octobre 2006

Un peuple sans littérature

Il y a presque deux ans, quand Orhan Pamuk a affirmé à un journal suisse que "trente mille Kurdes et un million d'Arméniens ont été tués sur ces terres, et personne d'autre que moi n'ose en parler", une amie journaliste m'a affirmé sur un ton sarcastique que ce n'était qu'un move pour gagner le prix Nobel. Touché.



Mais plus encore que l'Académie Suédoise, c'est Jacques Chirac qui a donné le Nobel de littérature à Pamuk. En France c'est l'année "L'Arménie mon amie". Pour fêter ça, le président s'est payé une visite officielle dans le Caucase et une loi qui ressemble étrangement à celle qui a failli transformer les affirmations de Pamuk en sentence d'emprisonnement en Turquie. Vous me permettrez d'éviter le fond du débat (je tiens encore à la vie), et me contenter d'affirmer qu'une vérité dont est illégal de débattre même dans les cercles académiques est une vérité qui crée ses propres ennemis et autres théoriciens de la conspiration. Suffit de dire que les doctes Suédois, en plein débat sur leur futur lauréat, se levaient à chaque matin avec des journaux discutant du génocide arménien.

Non, ce qui m'intéresse, c'est la littérature de Pamuk. Un collègue m'a demandé hier combien de ses livres j'ai réussi à terminer. Trois en quatre essais, ce qui est semble-t-il une bonne moyenne. Un immense débat existe entre ceux qui le qualifient de génie et ceux qui l'accusent d'être l'incarnation de la, comment on dit en français? Boulechite. Ou quelque chose du genre. Certaines de ses oeuvres, comme "Le château blanc", valent la peine d'être lues pour le magnifique tour de passe-passe littéraire qui lui tient lieu de conclusion. Dans d'autres cas, comme "Le livre noir", je n'ai tout simplement pas compris où il voulait en venir mais, comme pour les films de Fassbinder, je lui ai laissé le bénéfice du doute en me disant qu'il était tout simplement trop intelligent pour moi. J'ai quand même moins de doutes avec Fassbinder.

Une autre critique qu'on lui fait est que son style littéraire est de loin supérieur en traduction, manière polie de dire qu'il écrit comme un pied. Tout ça pour dire qu'il est clair dans l'esprit de la plupart des gens qui s'y connaissent que c'est à des raisons politiques que Pamuk doit son statut littéraire. Comme la plupart des Nobels de ces dernières années. Comme la plupart de ceux qu'on qualifie de "géants littéraires". Ce n'est en rien négatif, ça veut simplement dire que ce sont des gens qui pensent. Ce n'est pas le genre de chose qui abonde dans le monde littéraire québécois.

Il y a deux ans, j'ai passé mon été à lire une douzaine de "jeunes auteurs prometteurs de la relève québécoise". Anick Fortin, Stanley Péan, Nadine Bismuth, Nelly Arcan, Marie-Hélène Poitras, etc. J'ai appris des tas de choses sur les relations de couple et les relations homme-femme et comment ça se passe quand on tombe en amour ou quand on divorce. En y repensant un peu plus tard, je me suis rendu compte que pas un seul d'entre eux n'abordait quelque idée politique que ce soit. Mes amis étrangers du type trippeux littéraires croient que je blague, surtout ceux qui savent à quel point point on se tiraille entre impérialisses fédéralisses et racaille séparatisse.

Et ça vaut même pour nos grandes idoles littéraires. Michel Tremblay et Réjean Ducharme écrivent fabuleusement bien et comprennent de façon magistrale les recoins les plus obscurs de la psyché humaine. Mais si on parle d'"écrivains à idées", de gens qui ont une vision du monde qui déborde leurs personnages, de gens de qui ont peut extrapoler qu'ils analyseraient un débat social d'une certaine façon (de Camus à Houellebecq, de Kafka à V. S. Naipaul), eh ben... D'accord, je suis loin d'avoir tout lu, mais à part peut-être Dany Laferrière (ou Hubert Aquin pour ceux que l'immaturité n'irrite pas) et quelques autres que je ne connais pas, le Québec ne va pas ch... loin. Au Québec, les artistes qui ont quelque chose à dire, ce sont les Cowboys Fringants, Loco Locass, Richard Desjardins, Denis Chouinard, Philippe Falardeau, Denys Arcand. Des chanteurs et des cinéastes, rarement des gens qui écrivent des livres.

Il y a plus d'un siècle et demie, un certain Lord a affirmé que nous sommes un peuple sans littérature. Eh ben je pense que, encore aujourd'hui, il n'est pas totalement dans les patates. Envoyez-moi paître si vous y tenez. N'empêche que ceux qui attendent un prix Nobel de littérature québécois ne devraient pas retenir leur souffle. À moins, évidemment, que quelqu'un se mette en tête de promulguer une loi qui nous empêche de -ou nous oblige à- parler de génocide amérindien.


Par ici la suite!

08 octobre 2006

Remoulure

Il y a les remakes, qui réinterprètent une oeuvre passée pour profiter de sa popularité. Il y a les remixes, qui réarrangent une interprétation passée pour lui donner une nouvelle sonorité. Eh ben moi, je vous offre une remoulure, qui consiste à réécrire un post tiré d'un autre blogue, à le passer à la moulinette pour en exposer le potentiel gâché, dans la forme et dans le fond, un potentiel gâché par... eh bien, je sais pas trop quoi. Probablement des coins tournés trop ronds. Anyways, je m'exécute, bien sûr, mesquinement caché sur les hauteurs de la vieille Constantinople, dissimulant une très haute opinion de moi-même sous un pseudonyme. Avouez qu'il fallait y penser.

Ainsi donc, comme je disais, l'original est tiré de Verstehen, un blogue québécois relativement connu (allez, quoi, il reçoit quand même quatre fois plus de visiteurs que le mien...) et dont objectif est de promouvoir l'image de l'intellectuel au Québec. Pas nécessairement une image positive, d'ailleurs. Non, il semble que l'auteure (Valérie Gagnon) s'emploie d'abord et avant tout à rendre les gens conscients que, même sur nos arpents verts et blancs, certaines personnes essaient de ressembler à l'archétype qui nous vient en tête quand on pense "intellectuel". En Loden. Genre Nouvel Obs'. Vous connaissez la chanson.

Alors voici ma version, ma remoulure. J'ai ajouté l'original un peu plus bas:



Jeudi après-midi, ligne bleue, versant snob de Jean-Talon. À courir d'un bout à l'autre de la ville depuis ce matin, je me prends à rêver d'une carte Sous-Terre Miles. Rien à faire. Rien d'autre que d'épier de ceux avec qui je partage le wagon, le crâne rasé de l'un, le bec de lièvre de l'autre, la lecture d'une troisième... Lecture? C'est vite dit. Un livre sur le tarot, plutôt, sujet duquel même Italo Calvino n'a pas réussi à tirer de littérature digne de ce nom.

De Castelneau. Me tournant le dos, elle en est à l'interprétation de la quatrième carte, celle par laquelle la divination se produit. On n'a pas idée de croire à de telles conneries.

Parc. Et si je l'abordais? Et si je lui faisais offrande de ma sagesse et de mes connaissances sur Descartes et le libre arbitre? Mon propre libre arbitre, incarné dans une réflexion profonde sur ses lectures, pourrait-il avoir un impact sur son destin? Qu'en dirait la quatrième carte de son tarot?

Acadie. Ma taroteuse est toujours là, n'ayant pas bougé d'une page, lisant à un rythme d'escargot (si tant est que lisent les escargots). Elle arrive probablement de Montréal-Nord ou de Saint-Michel. Elle se rend visiblement à Côte-des-Neiges. Le profil parfait pour chercher l'espoir d'une vie meilleure dans un paquet de cartes. Un paquet de cartes à jouer, pas de cartes d'affaires.

Outremont. Le libre arbitre est par définition l'enemi de la prédestination, elle-même la base sur laquelle repose le pouvoir divinatoire du tarot. Son choix de lecture est donc une profession de foi anti-cartésienne. Et si je décidais de l'aborder? Affirmerait-elle que mon action était dès le départ écrite quelque part entre les arcanes majeures et mineures? Comment pourrait-elle nier que c'est mon propre libre abitre qui a initié mon action? Et si mon libre arbitre n'était qu'une impression, qu'un masque finement ajusté sur un squelette de déterminismes?

Édouard-Montpetit. Incroyablement, elle n'a pas encore tourné la page. Je ne veux pas nuire à sa concentration, elle qui lit sûrement si peu. Je ne veux pas l'insulter, elle a probablement honte de son peu d'éducation. Je ne veux surtout pas enfreindre la règle qui dit qu'on n'aborde pas les étrangers dans le métro. C'est une règle non-écrite, un déterminisme social. Je me demande si Descartes aurait foutu Durkheim à la poubelle au même titre que les diseuses de bonne aventure.

Université-de-Montréal. C'est somme toute vrai, il est écrit je la quitte ici. En pattes de mouche dans mon agenda.


Voici maintenant l'original. Santé Canada recommende d'abandonner immédiatement la lecture si vous ressentez de la douleur au niveau des articulations ou du thorax:


Réflexions cartésiennes

Hier, j'ai dû beaucoup de déplacer dans la métropole. Donc beaucoup de réflexion sur le boulot et la vie.
Une femme lisait debout posée sur une porte de métro un livre sur le tarrot. J'ai eu la soudaine envie de lui dire quelque chose d'intéressant portant sur son livre. Je me suis ensuite demandé quel serait la conséquence sur cette femme qui, sans aucun doute, portait une attention parliculière à ce livre censé l'outiller à prédire l'avenir.
Penserait-elle que notre conversation arriverait à point et que ce serait pas un hasar, car sa destiné le dicterait? Est-ce que cela changerait tout le cours de sa vie? Se rappelera-t-elle un jour de la personne qui l'a accosté dans le métro pour lui dire quelque chose de profond alors qu'elle lisait un ouvrage sur le tarrot? Ne serait-ce pas en fait elle qui changerait sa vie en formulant cette croyace? Est-ce vraiment une croyace?
J'en suis venue à cette question existentielle qui hante les cartésiens : comment alors départir la question qui se divise entre la possibilité que nous soyons maître de notre propre destin et l'autre qu'il existe un destin dans lequel notre avenir est déjà dicté?
Je n'ai finalement pas accostée cette dame, plongée dans cette réflexion qui était peut-être le fruit du destin... peut-être tombera-t-elle sur ce blog. Question de la resituer dans le contexte, cette rencontre se produisit sur le ligne bleue.

Par ici la suite!

02 octobre 2006

Flash

Lors de mon premier voyage en Turquie, il y a dix ans, j'ai eu un flash. J'ai compris la culture turque dans son essence la plus profonde et, à mon retour, j'étais capable de l'expliquer à ceux qui n'avaient pas atteint mon niveau d'expertise.

Un flash?


Ouaip, tout comme ce bidule photographique qui fait apparaître des détails normalement cachés, qui permet de transformer le jour en nuit, qui réussit à changer les propriétés physiques d'un petit bout de l'univers. Lorsqu'on est placés devant l'objectif, cette transformation est si rapide qu'on ne perçoit pour ainsi dire pas sa durée. Seule la personne qui, caméra à la main, décide de le déclencher pourra ultimement en voir le résultat sous la forme d'une photo. Décider de changer les règles de l'univers, imposer ce changement à tous ceux qui sont présent et être la seule personne à en profiter: Déclencher un flash, c'est littéralement prendre possession d'un endroit.

Exemple de flash, tirée de cette Grande Bible qui définit ses valeurs comme un "melting pot d'humanisme, d'écologie, de respect des peuples, d'autodérision, d'humour bon enfant, de quête d'authenticité, de nostalgie des paradis perdus et de clins d'oeil à Tintin" (c'est pas moi qui le dit), le Guide du Routard, qui nous dit de la ville turque de Konya qu'il est "Inutile d'y passer plus d'une journée", en ajoutant:

"Konya étant une ville d'intégristes musulmans, nos lectrices risquent d'être suivies en permanence ou accostées avec une insistance qui ne laisse aucun doute sur les arrières-pensées de ces coquins."

(Guide du Routard - Turquie, édition 2003-2004, p. 476)

Et voilà le flash: On débarque pour 24 heures, on détermine les règles de la réalité et on repart, en ne laissant à ces barbares d'autochtones que le temps d'apercevoir une moue dédaigneuse sous une épaisse couche de rouge à lèvres.

Il y a dix ans, je vous aurais planté un jugement sommaire sur le sujet en moins de temps qu'il ne faut pour dire "supériorité culturelle". Mais avec le temps, l'effet du flash s'est estompé, l'éclairage s'est amélioré, des dizaines de petits détails se sont ajoutés à travers les niveaux de gris qui se détachent en arrière-plan de cet inconfort qui accompagne la visite de certaines touristes à Konya.

Et s'il y a une chose dont la clarté est indéniable, c'est que j'ignore quelles sont "les arrières-pensées de ces coquins".
Par ici la suite!

26 septembre 2006

Exhaustif

Je viens de faire une découverte extraordinaire, à l'endroit où faire des découvertes extraordinaires est un plaisir quotidien, Wikipedia. Ouaip, Wikipedia qui nous offre une catégorie somme toute fort utile, "Living people".


Et comme de raison, la page de ladite catégorie nous offre un lien vers une catégorie complémentaire, "Dead people" (où l'on prend le soin de préciser "please do not add people to this category", comme un cri du coeur contre le sacrifice humain, l'euthanasie et les épinards en sacs). Et puisqu'on ne voudrait surtout pas en manquer une, on ajoute aussi une catégorie "Possibly living people", qui s'applique probablement surtout à des historiens.

Je pense que c'est ce à quoi on fait référence par l'expression "faire le tour de la question", une autre preuve que toute forme de connaissance hors de Wikipédia est bel et bien superflue.
Par ici la suite!

21 septembre 2006

Ferme ta gueule, espèce de minorité visible

Cher Peuple Québécois,

Je tiens, par la présente, à vous témoigner toute mon admiration pour le conscensus qui se dessine contre les propos inacceptables de la journaliste du Globe and Mail, Jan Wong. Comme tout le monde, de Monsieur Ringuette de Scherfferville au Très Honorable Stephen Harper, l'a clairement dit, la liberté d'expression est un concept qui ne s'applique qu'à ceux avec qui partagent nos idées, idéalement dans un pays barbare (lire: musulman). Il ne s'applique strictement pas à ceux qui sortent des limites de ce que nous définissons comme le bon sens (tels que Jan Wong), lesquels doivent être sommés de s'excuser et, idéalement, interdits de publication. Parce que le meilleur moyen de démontrer que la culture québécoise est ouverte, c'est évidemment de faire taire ceux qui disent que ce n'est pas vrai.

Comme disait le grand philosphe québécois François Pérusse, ben beau. Ben ben ben beau.
Par ici la suite!

20 septembre 2006

Le goût du thé

À peine quelques heures après être revenu à Istanbul, j'ai pris une gorgée de thé et quelque chose a cliqué, un peu comme la ceinture de sécurité d'une voiture dont on n'est descendu que pour quelques instants.

La voiture, ou plutôt la Turquie, je l'ai pourtant quittée pendant presque quatre mois. Quatre mois au cours desquels je n'y ai pas pensé beaucoup. Quatre mois sans donner beaucoup de nouvelles à mes amis qui habitent ici.


Et quand je suis en Turquie, c'est l'inverse. J'ai l'impression que mon entourage resté au Québec (ou éparpillé entre les arcades impérialistes britanniques et chinoises, m'enfin, c'est une autre histoire) s'efface un peu dans le background. Non pas qu'ils comptent moins pour moi. Non, c'est la fréquence plutôt que l'intensité de mes pensées qui diminue.

J'imagine que ce dont il est question ici, c'est l'influence de notre environnement direct -autant physique que social- sur notre mémoire. Poussée à l'extrême, on pourrait peut-être affirmer que quelque chose qui ne nous est pas constamment rappelé perd un peu de son existence. J'oserais même suggérer que, de ceux qui ont cessé d'aller à l'Église parce qu'ils disent ne pas croire en Dieu, certains retrouveraient la foi peu après avoir repris l'habitude de l'encens du dimanche matin. Évidemment, moi qui n'y suis jamais allé, je sens le diable, m'enfin passons.

Car ce n'est pas d'odeur qu'il est question ici, c'est de goût. Je sais depuis longtemps que le thé turc (qui est relativement peu exporté) ne goûte comme aucun autre. Jamais compris pourquoi, d'ailleurs, et je suis complètement incapable d'exprimer la différence avec des mots.

C'est peut-être précisément par cela que j'ai compris qu'habiter dans deux mondes, c'est les habiter alternativement bien plus qu'en parallèle: Pendant des mois, je me suis souvenu que quelque chose de spécial se cache au fond des verres à thé d'Istanbul, sans vraiment m'en préoccuper. Et puis d'un coup, à mon retour, le circuit s'est refermé comme s'il n'avait jamais été coupé.

Ouaip, bienvenue à l'Ambassade du Trépanistan à Istanbul, récolte 2006-2007. Avec ou sans sucre?





(Note à la bande de proustiens qui lisent ceci en attendant que leurs mères viennent les border: Je sais que ce que vous pensez mais non, elle viendra pas, la madeleine. Maintenant cessez de chialer, ça me tombe sur les nerfs).
Par ici la suite!

17 août 2006

Duel: L'orignal et l'écureuil

Bienvenue dans le monde merveilleux des duels. Le principe est simple, on choisit deux personnages et un thème abstrait sans lien naturel évident et on en fait une p'tite histoire. Ça donne quelque chose comme ceci:

Personnages:
-Un orignal séropositif
-Un écureuil épileptique

Thème:
La position des Québécois face au Hezbollah.


Voici:

Les lèvres de l'écureuil étaient couvertes de salive montée en mousse. Derrière, des pas immenses se firent entendre.
L'écureuil lança un long regard de détresse vers l'orignal, qui lui adressa la parole: "Ça va?" Il ne répondit pas, encore tremblant.
L'orignal sourit. "Repose-toi, je vais te raconter une histoire." Il s'agenouilla, plaçant son énorme museau à quelque distance du rongeur étendu sur la pelouse d'un parc que l'on connaît tous.

"Je les ai vus, les tisseux de poils de vigogne équitable, ils manifestaient l'autre jour pour les droits des p'tits câlisses. Les p'tits tabarnacs. Ça fait longtemps que je les vois, des fois y font pitié mais la plupart du temps ils se tiennent dans le parc comme une gang de mouches à marde autour d'une crotte de chien. J'en ai frappé un l'autre jour, une crisse de tête brûlée, un "leader naturel", comme y disent. Y'é arrivé, j'te jure, comme dans les films de propagande sur le pot, comme possédé, pis là y'est allé dire à ses chums que ça serait vraiment "full hot" d'aller piquer l'orignal du mini-zoo avec une seringue qu'y'avait trouvé dans la ruelle. Y'ont ri comme des arriérés mentaux pis y se sont approchés de moi. Ciboire, y'a rien à faire avec ces p'tits crisses-là. Pis là je vois les ponchos végétaliens me dire qu'y faudrait laisser le parc ouvert toute la nuitte pour les p'tits tabarnacs-là, ciboire..."

Sans que l'orignal ne s'en apreçoive, l'écureuil avait réussi à dégager la cacahuète à demi-enfouie dans le sol meuble des abords du sentier. S'emparant discrètement de son trésor, il regarda une fois de plus en direction de l'orignal, maintenant perdu dans un nuage de sombres pensées, prit une grande respiration, ferma les yeux et, d'un bon, se retrouva à plusieurs mètres du cervidé. Il s'arréta pour se retourner.

"T'es rien qu'un ostie d'écueurant. Faciste! Faciste!" Puis il s'enfuit avec toute la rapidité que lui permirent ses petites jambes.
Par ici la suite!

31 juillet 2006

Les casques bleus à San Andreas

Il y a une rumeur qui court (à tout le moins dans ma tête) selon laquelle je négligerais ce blogue en faveur de jeux vidéos. Tout à fait fausse, d'ailleurs, et ce pour deux raisons. De un, elle contient un pluriel de trop. Le PlayStation II si perfidement gentiment mis à ma disposition par un ami en migration transitoire n'est ces jours-ci dédié qu'à la redécouverte perpetuelle du génie de Grand Theft Auto: San Andreas. Un simple jeu, dites-vous? Que nenni! Un jour, l'humanité comprendra le rôle de ce chef d'oeuvre dans le profond changement de perception de la réalité annoncé par Walter Benjamin il y a 70 ans (il ne faisait que regarder des photos de la Joconde, alors que vous pouvez vous immerger dans un monde parallèle où tout piéton est une victime potentielle, bande de chanceux). Et de deux, je ne fait pas que jouer, j'écoute aussi la télévision de temps à autre. Pour me reposer.


J'ai déjà chanté ailleurs mon amour de la radio de Radio-Canada. À la télévision, c'est encore mieux: Leur taux de cravates/minute nous assure qu'il y règne un professionalisme à tout casser.

Juste un petit exemple, le Téléjournal qui l'autre jour nous offre un tableau de données démographiques ultra-précises sur les diverses communautés religieuses au Liban. Le fait qu'aucun recensement n'y ait été tenu depuis soixante-dix ans et qu'il ne s'agisse là que d'estimations plus ou moins solides? Par le fenêtre, les détails! Après tout, on nous indique une source digne de confiance pour ces chiffres, Wikipedia. C'est peut-être la même source qui les a poussés à illustrer, un peu plus tard dans le même bulletin, une nouvelle à propos de redéploiement de troupes en Irak à l'aide d'un drapeau libanais qui avait l'air de se demander ce qu'il faisait là.

Je ne connais rien à l'Afrique, rien à l'Asie et pas grand chose à l'Europe, mais je me doute que la fiabilité de l'information radio-canadienne n'arrose pas les bacs à fleurs de ces côtés-là non plus. Mais je vous vois qui prenez un air irrité, poussez un long soupir de déplaisir et me dites de laisser border, puisqu'après tout personne n'en meurt.

Justement, si.

Si vous lisez ces lignes, il y a de fortes chances que vous soyez membres d'une des organisations les plus puissantes au monde, à savoir l'opinion publique d'un pays qui s'est investi du devoir d'envoyer son armée mettre de l'ordre un peu partout dans cet immense merdier qu'est le tiers-monde. Il est aussi probable que vos opinions soient en large partie basées sur l'information offerte par Wikipedia Radio-Canada.

Moi aussi, j'ai une cravate (que je porte parfois même avec une chemise). Je lis Wikipedia et j'ai plusieurs diplômes universitaires, alors prenez-moi au sérieux quand je vous suggère d'aller manifester devant le consulat des États-Unis. Il existe en Californie une région où la police est corrompue à l'extrême, où n'importe qui vole n'importe quelle voiture à n'importe quelle heure de la journée, où l'argent gagné dans des courses de rues sert à acheter des fusils d'assaut qui finissent par faire exploser des hélicoptères de la police.

Qu'on envoie des casques bleus à San Andreas, ça presse.
Par ici la suite!

11 juillet 2006

Trois scènes et un concours

Scène I (y'a pas d'acte, c'est strictement contemplatif): Quand, en descendant St-Denis, on tourne à droite sur De Maisonneuve, on arrive aux immenses grilles qui gardent l'entrée d'une fête foraine grotesque. Lesdites grilles seront fort pratiques pour repousser la "racaille" des HLM environnants lorsqu'ils se mettront en tête de cuisiner, à la mode française, des bagnoles flambées.


Scène deux (toujours pas d'acte, mais ça prend du rythme): Un peu plus loin dans la même direction, concert de Goran Bregovic (auquel tout le monde allait JUSTEMENT assister pour les chants mystiques de religieuses albanaises contemplatives, merci Goran de nous avoir sauvé d'une soirée trop souignante), une troupe de nymphettes venues pour danser, gracieux spectacle entre les toilettes et le camion de pompier.

Scène trois (y'avait sûrement de l'acte mais j'y ai pas eu droit): Fin de Coupe du Monde (que Radio-Canada s'obstine mystérieusement à appeler Moune-diale), St-Laurent juste en bas de St-Zotique, un autre portail (comme à l'autre bout de la ville, mais qui troque les grilles utilitaires pour le marbre décoratif) s'offre en tonelle à un défilé d'Italiens d'adoption qui voudraient bien célébrer comme des sauvages, mais qui ont oublié exactement comment on fait. Quoi que, j'ai pas trop compris pourquoi tout le monde portait les couleurs du drapeau de la Bulgarie.


[Ah pis quin, p'tit concours photo instantané: Si jamais vous avez des photos qui correspondent à ce dont je viens de discuter, plaquez votre adresse (ouèbe ou courriel) dessus et courriellez-les moi à trepanistan@gmail.com. Si jamais j'en reçois plus que trois, je mettrai ici les trois meilleures. Sinon, ben, tant pis.]


Par ici la suite!

06 juillet 2006

Singeant II: La seule musique vraiment ethnique

Bon, mettons les choses au clair: Je sais que les mots n'ont pas la même signification pour tout le monde, que vous avez eu une jeunesse saucée dans les drogues dures et que pour vous le mot "flashback" désigne d'abord et avant tout à cette facheuse habitude qu'ont, de temps à autre, vos Mini Wheats d'éclater d'un rire démoniaque lorsque vous les noyez de lait. Je le sais, mais en toute honnêteté je m'en fous: si je vous parle de flashback, je veux simplement dire que je reviens sur les dernières semaines. Mangez vos céréales (avant qu'elles ne se mettent à danser) et continuez à lire ce que j'écris juste pour vous.

[Écoutez: j'ai même engagé une harpiste pour faire la transition temporelle...]


Or donc revenons dans les temps anciens, il y a quelques semaines, aux Francofolies. Aux Francofolies, où j'ai découvert la seule scène ethniquement pure de tout le site. Je m'étais promené d'un bout à l'autre du festival, j'avais subi du mauvais hip hop (et apprécié du meilleur, Manu Militari), entendu de la chanson française qui (devrait) se cherche(r un peu plus fort), assisté à toutes sortes de musiques plus ou moins francophones en compagnie d'une foule aux origines tout ce qu'il y a de plus hétéroclite. Tout le monde s'amusait ferme et, j'en suis convaincu, aurait dansé si ça n'avait pas été interdit.

J'ai donc déambulé en long et en large avant de découvrir ce petit groupe ethnique isolé devant cette scène cachée dans un racoin de la rue Clark, un petit groupe abandonné comme un calendrier de Loto-Pompiers 1986 dans le garage d'un vieux Grec de St-Léonard (il l'avait acheté pour les photos, mais y faut pas en parler).

Flash-forward (non non, ce ne sont pas vos Mini Wheats qui vous montrent leur petit côté givré) jusqu'à la St-Jean. Le groupe qui fait si bien danser la petite trisomique de contes de fées a terminé sa prestation et un vieux bonhomme quelconque s'avance sur la scène pour nous annoncer que c'est le party. Sans attendre la confirmation de la part de l'assistance, il s'asseoit et se met à nous rapper un air traditionnel québécois en bois franc.

Je suis un être contemplatif, que n'ai-je besoin de vous le rappeler (ou quelque chose du genre). Je pense beaucoup, même quand je suis en public, et j'étais justement à ce moment-là emporté dans un flot méditatif. Or donc j'ai pensé.

J'ai pensé que cette musique traditionnelle était précisément celle qui unit, la dernière qui réussit à faire (plus ou moins volontairement) danser tout le monde. Peut-être parce qu'elle vient de loin, peut-être parce qu'on en vient aussi, peut-être même parce que les enfants sont là et qu'on veut montrer qu'on est encore jeunes. J'ai souri en moi-même, me demandant combien de temps le "trad" survivrait dans un monde qui change si vite. J'étais dans un flot méditatif, vous disais-je, je ne me suis même pas rendu compte de l'épouvantable cliché qu'est "un monde qui change si vite". Pour éviter de trébucher sur un quelconque concitoyen (je suis esclave de la drogue peut-être, mais encore capable d'urbanité), j'ai ouvert les yeux.

J'ai regardé autour de moi et me suis rappelé que l'audience de cette même musique traditionelle québécoise, aux Francofolies, était d'une pureté ethnique à faire peur. Pure la laine, je vous dis. Cette fois c'était pire, l'audience n'existait même plus: tout le monde considérait le rigodon qui allait bon train comme une sorte d'interlude, un bon moment pour aller se chercher une bière (ou deux, ou douze, comme disait Renaud).

Alors puisque je me permets si souvent de chialer contre les Québécois (zé les Québécouaaaazeeeuuu) de type "souche" (i.e. le chang de leurs anchêtres a chessé sous che ciel), permettez-moi de sauter la clôture et de mettre pour une minute mes pantalons de coton ouaté d'un vieux réactionnaire: Dites-donc, chers amis, j'ai rien contre le raï et la chansonnette malienne, mais y'a pas un genre de vague style de début de commencement de situation bizarrement débalancée quand on fait des festivals pour célébrer les cultures multicolores des grands-parents de ceux qui sont sortis de chez eux et sont devenus nous et qui, en fin de compte, ne sont pas furieusement intéressés par la culture de mes grands-parents à moi?

Fâchez-vous pas, je posais seulement une question. De toute façon j'entends vos Mini Wheats qui vous appellent.

Par ici la suite!

28 juin 2006

Singeant I: La revanche des trisomiques

Bon, d'accord, autant vous l'avouer, l'ordre exact ne me revient pas exactement. Mais j'ai quand même de nombreux souvenirs des festivités du week-end dernier. Tenez, par exemple, une scène mémorable:
Assis dans un restaurant vietnamien, je porte mon t-shirt à l'effigie d'une équipe de football turque. Dehors, sur Prince-Arthur, des péruviens de mes deux se font aller la flûte de pan alors que passent devant eux des supporters de l'Argentine et du Brésil. La plupart des gens discutent du grand événement de la journée, les qualifications pour le Grand Prix de Formule Un.

Bienvenue à la Saint-Jean 2006.

* * *

Quand je me suis retrouvé en Bulgarie le 3 mars dernier (une longue histoire, je vous épargne les détails qui sont, comme ça arrive souvent avec la Bulgarie, à peine racontables), je n'ai pas eu à chercher leur Fête nationale de la Libération très longtemps: la ville débordait en rouge et en blanc (je sais, je sais, ils ont aussi du vert sur leur drapeau; mais j'ai vu seulement du rouge et du blanc sur la rue, j'imagine que le vert a dû rester chez lui ce jour-là, ça lui arrive souvent d'être malade). Mais Montréal, peut-être un peu mal à l'aise avec ses chiffons, a résolument pris le parti de laisser les drapeaux au Dollarama.

Je l'ai cherchée, donc, et ça m'a pris du temps mais je l'ai trouvée. En seulement que celle que je cherchais et celle que j'ai trouvée sont deux créatures fort différentes. Celle que je cherchais, bien sûr, était la fête nationale du Québec. Celle que j'ai trouvée, eh bien, c'en est une autre, une autre qui m'a fait regretter certaines de mes affirmations passées.

Celle que j'ai trouvée était une toute jeune fille, autant vous l'avouer tout de suite. Une toute jeune fille se tenant juste devant la scène d'une fête de quartier où un groupe pas mauvais du tout jouait de la musique ethnique de Blancs (roque enrôle). Et elle souignait, comme disent les commentateurs de ce genre de choses, elle souignait en grand.

Ça m'a frappé tout simplement parce que, Francofolies à l'appui, il appert qu'il est illégal de s'énarver au Québec. Ouaip, le fameux peuple qui se fait un point d'honneur de mépriser le reste de l'Amérique du Nord pour cause de manque de "sens du party" a une fâcheuse tendance à assister à un show de reggae ou de musique-traditionnelle-avec-des-tamtams en restant drette comme un piquette, un peu comme si chacun avait un standing aristocratique à préserver et un panier de bananes en équilibre sur la tête.

Or donc ladite jeune fille se laissait aller complètement sur une musique que, bon, vous ne l'avez pas entendue, mais elle contenait assez de sueur rythmée et d'énergie fluide et de a-han a-han yeah yeah baby pour coller parfaitement avec les mouvements de hanches endiablés de la petite à bout de souffle.

Endiablés, c'est bien le mot. Parce que quand on associe des thèmes sexuels à une jeune trisomique (au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, c'est un punch), le Diable ne doit pas être très loin, comme le sait tout bon catholique (le bon athée, pour sa part, s'attend plutôt à voir débarquer un ministre conservateur albertain, mais c'est pas moi qui a bâti votre schéma cognitif, eh).

Ben s'il faut parler du Diable, je pourrais vous dire que ce mélange à l'arrière-goût sordide (merci Omnikon, tu as changé ma vie) m'a fait penser à Ratamahatta de Sepultura, ou Heart of Darkness: La rencontre de deux mondes qui tirent leurs légitimités respectives d'horizons radicalement opposés.
Exemple: La pureté de l'innocence dans la déficience intellectuelle, oui. La bass raccoleuse qui vous convainc, vous et peu importe ce qui forme la deuxième moitié de votre couple, de retourner chez vous à la course avant la fin du show pour vérifier s'il ne resterait pas encore des draps à salir, oui aussi. Les deux ensemble, y'a ben juste moi pour oser ne serait-ce que les placer dans le même paragraphe.

Bon, avant que vous n'envoyiez mon portrait robot à tous les programmes d'intégration à l'emploi (6'2", corps d'athlète, cheveux blonds en brosse, étudiant au doctorat curieusement obsédé par l'idée de se trouver une job dans un centre de recyclage), laissez-moi vous assurer que ceci n'a rien d'une exposition de mes fantasmes. Je suis toujours aussi disponible à recevoir les courriels enfiévrés de jeunes filles dotées d'un nombre standard de chromosomes (avec photos, mineures s'abstenir). C'est ça, pressez-vous pas.

Non, ce que j'essaie de dire, c'est deux choses. De un, j'ai traité les membres d'un groupe de rap de seconde zone de "trisomiques" dans mon dernier texte, et je réalise que ça n'était pas une insulte comme ça aurait dû l'être (ou en tous cas pas une insulte pour les rappeurs en question). Et de deux, ben, vous savez quand vous voyez des éducateur-trices spécialisés (et souvent même "ées") qui arrivent à la télé juste au moment où vous avez vraiment envie d'écouter quelque chose d'intéressant ou au moins d'instructif mais là eux prennent la place avec leur sourire béat et commencent à vous dire pendant quinze minutes que c'est donc difficile la vie et que le gouvernement discrimine à l'os et sous-paye et que même des gardiens de zoo gagnent plus qu'eux (sauf ceux de Québec, évidemment) mais que c'est tellement un beau métier et que ces enfants-là, pleins de bonne volonté et d'amour, ils ont tellement à nous apprendre, là?

Ben maudite marde, y'avaient raison.




Par ici la suite!

19 juin 2006

Mise au gin (le coup de ma bouteille)

Je suis intrépide, moi. Ouais, je prends des risques pour miner la vérité (ou quelque chose du genre). La preuve, la semaine dernière je me suis retrouvé au show d'Omnikron (Omnikrom pour les intimes), aux Francofolies.

Je n'ai pas mis en péril ma virginité morale, oh non mamzelle. Ma virginité morale, je l'ai perdue quelque part sur le plancher de ciment crasseux entre la toilette et votre cellule d'isolation, ma toute belle. Vous voyez, la vulgarité me fait glousser. Comme de la diarrhée sur le dos d'un canard. Respect.

Non mais quand même, au milieu des pouliches suantes et des des p'tits coups de reins plus ou moins subtils, j'ai compris qu'il y avait un problème. Un fichu de gros problème.

En seulement que c'est pas le problème que vous imaginez. Et quand je dis "vous", je m'adresse autant à la population du Québec en général (De Gaulle, bien sûr: Je vais vous confier un secret que vous ne répèterez pas, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de l'Incarcération) qu'aux grands commentateurs moraux tels le type de Des Kiwis et des Hommes (celui qui mange pendant que l'autre anime).



Oh non non non, le grand problème d'Omnikromnnmn n'est pas la fiente sur leurs membres. Il réside plutôt dans cette phrase, répétée ad nauseam par le duo de poètes: "Casquettes de géants / Sur nos têtes d'enfants / Le chiffre huit magique / Nous rend vraiment très méchants". C'est pas plus compliqué que ça.

Bon bon bon, je sais que vous n'avez pas la fibre poétique, que vous avez horreur des plaisirs littéraires et que vous mangez des céréales sucrées en cachette, alors je vais vous préciser la problématique un peu comme nous le faisions, naguère, dans notre babil d'adolescents:

Y SONT FULL POCHE!!!

"Casquettes de géants..." pourrait fort bien représenter le Québec aux Rap Olympics si ces olympiques présentaient un volet spécial pour athlètes handicapés. Mais voilà, y'en a pas, alors on est obligés de laisser le commentaire au type qui mange Des Kiwis et des Hommes, et ce pendant que le Festival de Jazz s'entête à présenter des publicités qui passent sous silence la présence prochaine à Montréal du meilleur groupe rap au monde (...all the way live from 2-1-5...) et que ça a ben l'air que y'a juste moi qui va aller les voir.

À force de voler en rase-mottes au-dessus d'une mer de merde, on finit par arriver quelque part. Quelque part devant la scène où sévit Omnikorn et où, bien sûr, la foule se compose exclusivement de jeunes hommes pourvus d'un immense testicule à la place du cerveau.

...euh... ou non. En fait, ça frétille de tites filles qu'une approche que l'on pourrait qualifier d'"industrielle" à la sexualité humaine n'a pas l'air de déprimer un brin (et qui n'ont rien à voir non plus avec les pouliches en laisse de la Calèche du Sexe). En fait, lesdites tites filles semblent impatientes de passer à l'acte avec les marcassins qui grognent sur scène, au moins autant qu'avec le type qui mange Des Kiwis et Des Hommes (qui, pourtant, ne se rase pas).

Et voici venu le point où je frémis, bien calé dans le cuir de l'immense fauteuil qui trône à l'étage de ma demeure victorienne de Westmount (mais complètement à jeun depuis que Jay-Z m'a enjoint de boycotter le champagne Cristal: solidarité avec les classes laborieuses!), car je vais poser une question qui va me transformer en monstre (quelque chose comme La Belle et la Bête, mais l'histoire à l'envers: vous me croyiez doux mais je suis un rustre patenté, pis un maudit écoeurant à part ça). Alors on respire profondément et on répète ensemble: Dans quelle mesure il faut blâmer le trisomique sur scène pour l'existence des hordes dégoulinantes qui le suivent? Quel est le point exact où on a droit de cesser de s'apitoyer sur des victimes qui en redemandent?

Ouais, ouais, j'ai pensé à quelque chose de huileux pour conclure, une idée vraiment immonde. Mais je m'abstiens, chérie, c'est pour ton bien: Mon p'tit fantasme est tellement répugnant, j'aurais peur que tu t'attaches...
Par ici la suite!

15 juin 2006

Maîtres de l'univers

J'ai dîné à la table des maîtres de l'univers l'autre jour. Soupé plutôt, même si les mets servis étaient mille fois plus légers que les sujets abordés. Un repas on ne peut plus instructif puisque j'y ai appris que l'Homme des salons d'Habermas, celui qui aurait supposément apporté la démocratie (et par conséquent le statut de civilisation supérieure) à l'Occident, existe encore et ne crache pas sur l'occasionelle poutine chez Frite Alors.

Oui, mesdames et messsieurs, la sphère publique se porte bien et son portefeuille d'actions humanitaires s'épaissit à une rythme sain et régulier.

On met les micros en place, test de son, la blonde serveuse (qui a déjà été sa meilleure amie, vous vous souvenez de l'époque) apporte des bouts de saucisses et la conférence est officiellement ouverte.


D'emblée, le Ministre des Relations Internationales se désole: nous avons perdu la Somalie. Il serait souhaitable d'envoyer des troupes sur le terrain afin de réaffirmer notre le pouvoir de la démocratie. Que l'on mette fin à toutes les excisions sur place, ça devrait faire remonter la valeur de nos actions dans l'esprit des gens.

Le Ministre de l'Intérieur (ou Presque) est plus jovial: les choses semblent rentrer dans l'ordre à Haïti. D'ici peu ils pourront se policer sans notre aide. Nous avons grand espoir qu'ils marchent dorénavant dans la direction que nous leur avons indiquée. Mais les initiatives trop directes de nos administrateurs d'Ottawa doivent cesser, c'est mauvais pour l'image.

Enfin, le Ministre des Armées (anciennement Ministre de la Défense de la Veuve et de l'Orphelin) nous indique qu'il faut eeeeeeencoooooooore négocier avec les administrateurs, mais on devrait finir par faire envoyer des troupes au Darfour. Dans une boucherie comme celle qui se passe là-bas, c'est à nous de prendre nos responsabilités.

Oh! bien sûr, vous y auriez peut-être à peine vu deux Intellectuels de Vos Deux qui refont le monde sur fond de graisse de patates (mais dans un environnement sans fumée, plus moyen de choisir son cancer). Intellectuels, peut-être, mais sans avoir l'honneur de connaître Vos Deux permettez moi de douter du second segment de votre titulature. La conversation était informée comme l'aurait été celle d'un ministre (de certains ministres, en tous cas) et surtout -c'est là que se situe ce que les Aïnus appellent "the rub", le coeur du problème, le joyau pour lequel ce texte sublime n'est qu'un écrin- ils ont le pouvoir. Ils sont comme les barons demandant une charte au roi lorsque le roi a vraiment besoin de faire élire des députés à Montréal. Ils sont à la fois l'opinion publique et les citoyens d'un pays qui parle plus fort que bien d'autres.

Cibole qu'on est ben à la cour de l'Empereur.

Par ici la suite!

08 juin 2006

Urbain, Lucien, Benoît et Thérèse

J'ai fait un rêve extraordinaire l'autre jour, un rêve qui m'a fait comprendre toutes sortes de choses importantes, un rêve qui m'a ouvert sur de nouvelles dimensions. Mais comme ça ne me tente pas de vous en parler, je vais plutôt vous raconter une histoire qui commence avec Lucien Francoeur et qui finit avec Mère Thérésa.

Lucien, c'est l'ancêtre, le patriarche, l'origine de tout en cela comme en autre chose. À ma connaissance, c'est lui qui s'est le premier affiché comme "urbain" au Québec, le premier auteur de poésie urbaine. Un dieu.

Étant un béotien, je n'ai pas très bien compris ce qu'il entendait ainsi par "urbain". Pire, j'ai bu ses paroles religieusement et je me suis dit que s'il est Urbain, je peux bien être Benoît (ce qui, selon Robert, fait de moi un être "bon et doux", tout comme un certain pape qui fut autrefois membre des jeunesses hitlériennes). Remarquez, ça aurait pu être pire, j'aurais pu choisir les mauvaises toilettes et m'appeler Benoîte, vocable qui désigne à la fois une vieille féministe et une fleur qui fait vomir (ça encore, c'est Robert qui me l'a dit).


J'ai été envahi de la vague impression d'avoir mal compris l'ancêtre, le patriarche, l'origine de tout en cela comme en autre chose quand les urbains ont commencé à tapisser la toile québécoise. En fait, une étude a démontré que 34,5% des blogues québécois se disent urbains d'une façon ou d'une autre. Je ne veux pas nommer de nom, de toute façon vous les connaissez déjà. L'important est que j'ai dû en arriver à une conclusion déchirante: Eh bien non, Lucien ne parlait pas du pape.

[Petit aparté littéraire: Il y a de fortes chances que ce soit la première fois que vous lisez la phrase "Eh bien non, Lucien ne parlait pas du pape.", un phrase qui se prête pourtant à des milliers d'usages. Je ne vais pas me fâcher si vous l'utilisez pour débuter votre prochain roman, je vais même être flatté (et peut-être aussi vaguement dégoûté, pour des raisons qui ne vous regardent pas).]

Alors, qu'est-ce que ça veut dire, urbain, dans ce cas-là? Je suis retourné voir mon vieil ami Robert, qui m'a offert ce que les documents officiels du Ministère du Jargon et de la Sémantique Sanitaire appelleraient des "pistes de réflexion". Urbain, ça peut vouloir dire qui fait preuve d'urbanité, bref, qui sait se tenir en société (pour ceux que leur maman a élevés en pourceaux, ça veut dire éviter de mettre ses sous-vêtements dans le congélateur pour les empêcher de puer et autres délicatesses du genre, surtout si vous êtes du genre à demander à l'élue de votre coeur de vous servir de la crème glacée).

Le problème, évidemment, c'est que l'expression qu'accompagne urbain garde rarement son sens quand on lui substitue "bien élevé": il y a un type, un blogueur en vue qui prétend faire de la prose urbaine et il ne se gêne pas, lorsque c'est pertinent, pour parler de vomi. Eh ben le simple fait d'en arriver à un point où il est pertinent de parler de vomi aurait probablement l'heur de choquer les chantres de l'urbanité. Et inversement, si jamais vous êtes du genre à regarder des émissions de télé où on tresse le poil de vigogne et on masse le chakra de légumes amérindiens, vous comprendrez que "Cultivé et Urbain" tombe un peu à plat. Non, Robert, une fois de plus tu fais fausse route.

"Gnèzeu!", me dites-vous lorsque enfin interrogés, "urbain, ça veut jusse dire en ville!" Bon, d'accord, mais en ce cas, que veut-on vraiment véhiculer par ce vocable? L'inverse de la campagne, bien sûr. Et comment comprendre l'inverse de la campagne si ce n'est en tentant de décrire la campagne?

La campagne, tout le monde le sait, est une demoiselle en détresse qui est de plus en soumise à l'agriculture industrielle. Maïs transgénique mi-végétal mi-animal, méga-porcheries, veaux aux hormones hydroponique, ouais! La campagne, ça change tout le temps, ça se mondialise à un rythme effréné. Urbain, ça doit donc vouloir dire quelque chose de stable, de solide, quelque chose que le temps n'ébranle pas.

J'ai grandi à la campagne, moi, je sais de quoi je parle. Vous n'avez pas connu ça, vous, d'aller tirer des siffleux au .12. Si ça se trouve, vous ne savez même pas de quoi je parle. Eh bien laissez-moi vous dire que c'est une activité familiale vachement instructive, qui permet aux enfants de collaborer avec leur père (vous m'avez bien lu, ma gang de féminisses, leur père) dans la préparation de confiture de vermine. C'est aussi une activité vraiment violente. Tout au contraire urbain doit donc avoir quelque chose qui tient à la fois du pacifisme et du refus d'être parent. On avance, on avance.

Dernier élément, la campagne est réputée pour la beauté de ses paysages. Vous n'avez pas vu le film? Vous savez, le film, là, où c'est que ça finit que le gars pis la fille regardent le soleil se coucher sur le champ de luzerne pendant que le chien s'énerve dans la boîte du pickup? Ça ne vous dit vraiment rien? Dommage, c'était vachement esthétique (mais TVA va sûrement le repasser un de ces après-midis). Anyways, la campagne, c'est beau, donc urbain doit être laid.

Alors, récapitulons: Qu'est-ce qui est conservateur, pacifiste, chaste et pas très agréable à regarder? Je vous le donne en mille, Mère Thérésa, dont la mort ne fait rien pour améliorer les choses.

Et maintenant, je me rends compte que Mère Thérésa a inspiré non seulement Lucien Francoeur (l'ancêtre, le patriarche, etc.), mais aussi 34,5% des blogues québécois.

Si j'étais un lépreux, je serais vraiment fier.

Par ici la suite!

04 juin 2006

Les P'tits Commandements

Il y a des dizaines de personnes qui arrivent sur ce blogue en cherchant Mahée Paiement, le magazine La Semaine ou quelque chose sur la géopolitique québécoise. Ils arrivent désorientés, à bout de souffle, l'oeil hagard, un peu comme quelqu'un qui terminerait un séjour imprévu d'une semaine dans le désert par une entrée fracassante dans une réception ambassadoriale qui célèbre le concept du petit doigt levé. Pas lavés depuis huit jour, on se doute un peu qu'ils se sentent perdus dans ce paradis de l'étiquette.

Je vais vous en faire, moi, de l'étiquette.

Oui, voici un cours-collision (crash course, pour les suppôts de la culture unique) en étiquette trépanistanaise. Vous, vous n'avez rien à faire, rien qu'à rester assis peu importe où vous êtes et continuer à lire. Vous n'avez même pas à changer votre comportement, ces règles spartiates ne s'appliquent qu'à ma petite personne. Vous voyez, je suis un homme dur, mais seulement envers moi-même. Que les tites-filles se le tiennent pour dit.


1) Je taierai les détails triviaux de mon existence (genre, j'ai mangé du jambon jeudi)
2) Je me noie dans l'anonymat
3) Je refuse de répéter et de redonder
4) J'écris long long long long long
5) J'écris juste et sans insultes (ou si peu)
6) Je ne m'emmerde pas, et vous?

Et voilà, vous avez mes règles (voyez comme je partage tout). Avec ça on devrait s'amuser de façon éducative et hygiénique pendant un bout de temps, non?
Par ici la suite!

29 mai 2006

Altermondialiste

Mon cher petit Pedro,

Tu es d'un autre pays que le mien, d'un autre continent, d'une autre planète. D'un autre monde, tiens. Ça tombe bien, je suis altermondialiste.


Oui, tu habites un autre monde et un autre monde t'habite. C'est ton essence, c'est ce qui te rend pareil à tes frères du Swaziland. Tut tut tut, ne me dis pas que tu ne connais rien du Swaziland, ils sont pauvres eux aussi, ils n'ont pas de démocratie, l'essentiel vous l'avez en commun.

Ne crois pas que ce jugement soit méprisant, rien n'est de ta faute. Mes ancêtres ont fait la révolution, se sont battus pour la démocratie. Les tiens étaient soumis au Forces du Mal, aux pulsions prédatrices du gouvernement américain, aux multinationales rapaces, au Fonds Monétaire International. Tes ancêtres n'ont joué aucun rôle dans l'histoire du monde, il est normal que tu te retrouves perdant. Il est aussi normal que déplorable que ta situation empire année après année.

Pour t'en sortir, il faut que tu écoutes mes enseignements, je sais ce qui est bon pour toi. Mais toi aussi tu peux m'enseigner des choses, ta musique traditionnelle par exemple. Quand je te vois jouer de la flute de pan dans ton petit poncho élimé, t'es tellement cute, oh! ça se dit pas. Tu es, tu resteras toujours comme un fils pour moi, même si tu as cinquante ans et moi dix-sept.

Ne crois pas que ce jugement soit méprisant, comme je le disais. Je sais que tu as des opinions politiques, c'est ta liberté et je l'encourage. Bien sûr que tu as aussi le droit d'être pétri d'idées conservatrices, d'être enfermé dans ta vision du monde patriarcale. Avec un peu de travail, on réussira à te faire prendre conscience de ce qui est bon pour toi.

Tu vois, ce dont nous avons tous besoin, c'est de la bonne volonté. C'est ainsi qu'on change le monde, l'histoire le prouve abondamment: [ajouter des exemples!]. Ta situation s'améliore année après année grâce à des gens comme moi. Un jour, toi et tes frères du Sud aurez votre revanche sur nous, une revanche bien méritée. Un jour, nous du Nord paierons le prix de tous ce que nous t'avons fait subir. J'en suis tellement excité que mes doigts tremblent sur le clavier.


Par ici la suite!

22 mai 2006

Quitter Kadikoy

Demain je quitte Kadikoy, le quartier le plus agréable de toute la Turquie, le centre névralgique de la vente de livres usagés, de cafés cools, de bars qui réussissent à n'être ni crados ni ridiculement chers. Je prends l'avion et je vais m'installer, pour l'été, dans la seule ville qui peut rivaliser: Montréal. Je m'en vais rejoindre la famille, des amis, un p'tit joint et une grosse poutine avec du bacon. Vachement intellectuel, comme vous voyez.


Il n'y a pas beaucoup d'étrangers qui visitent le quartier ou qui y habitent. Kadikoy est sur la rive asiatique et, pour la majorité, ça en fait l'équivalent d'une région éloignée. Ignares! Faut avouer, être un étranger à Istanbul veut le plus souvent dire être soit touriste, soit snob. La plupart des Nord-Américains et Européens habitent des quartiers qui leurs sont désignés, qui leur offrent tous les ingrédients pour se faire la bonne bouffe de par cheu zeux et les dispense du besoin d'articuler ne serait-ce qu'un seul mot de la langue locale, des quartiers où il n'est pas rare que tous les voisins admettent volontiers qu'ils n'aiment pas les Turcs. Ceux qui sont à Kadikoy sont assez nombreux pour ne pas être des curiosités, ce qui fait du quartier un des rares endroits du pays -peut-être le seul- où les marchands sont habitués à entendre leur langue enrobée d'un accent anglais. Ou français. Parfois même polonais, mais c'est seulement quand ma collègue Carolina vient donner ses cours.

Tenez, au moment d'écrire ces lignes, y'a un groupe de jeunes drogués habillés à la hippie qui se tient de l'autre côté de la rue et qui fait jouer du Manu Chao; un peu plus et ils allaient jouer du tam-tam dans un parc sur le bord de la montagne (on en a quelques-unes, mais aucune qui accote le Mont-Royal). Vous voyez bien pourquoi je me sens un peu chez moi, ici.

Oh, mais une minute, c'est le monde musulman ici, non? Les barbus à grandes dents qui se cachent derrière les mosquées, l'appel à la prière qui vous a fait si peur au début de L'Exorciste, votre tante qui a annulé son voyage en Turquie, parce que, eh, franchement, c'est quand même un peu dangereux ce monde là...

Il y a quelques mois, au moment du brouhaha autour des caricatures danoises, j'ai entendu un extrait d'entrevue avec un pauvre hère pakistanais ou afghan ou je sais pas trop quoi (c'est fou, aujourd'hui, il y a des pauvres hères un peu partout). Le type en question, enragé, affirmait que Danemark était la pire ville américaine, celle qui devrait être la prochaine sur la liste "À Bombarder" d'Al-Qa'ida.

Mêlé mêlé, en effet, but aren't we all. La semaine dernière, je marchais sur la rue principale de Beyoglu (le quartier Ste-Catherineouestesque où j'aurai le malheur d'habiter l'an prochain), quand je me suis retrouvé au milieu d'une foule qui s'est mise à scander, juste au moment où je passais (j'ose espérer que c'est un adon), "Katil ABD, Ortadogudan Defol": "USA, Assassin, Fous le Camp du Moyen-Orient". Eh bien vous prendriez les manifestants un par un et vous leur demandriez si leur slogan est synonyme de "USA, Assassin, Fous le Camp d'Ici", et je vous garantis qu'au moins la moitié vous corrigerait en remplaçant "ici" par "là-bas".

Oh ouais, vous voulez que ce soit tout pareil, qu'on mette tous les Musulmans dans la même boite, parce que c'est plus pratique pour les éduquer comme ça. À Kadikoy, vous en trouveriez pour vous dire "Qu'est-ce que j'en ai à foutre, moi, des Musulmans", un peu comme, ben, qu'est-ce que vous en avez à foutre, vous, des Catholiques?




Tout ça pour dire que l'Ambassade, faisant suite à sa perfide habitude de transgresser toutes les règles du bon sens diplomatique, déménage. On ne ferme pas, on repeint seulement les murs en vert. Je reste au poste.
Par ici la suite!

15 mai 2006

Les joies de la traduction

Depuis quelques jours, je redécouvre les joies d'être historien. Puisque je suis un être torturé, pessimiste et masochiste, je les redécouvre en faisant autre chose qui est, en fin de compte, bien pire que mon propre métier.

Cet autre chose, c'est la traduction d'un quelconque truc pour un conglomérat turc. Je sais, je sais, les théories de la traduction et tout le bataclan, de connaître la langue turque ne fait pas de moi un traducteur compétent. Eh bien justement, si mon incompétence peut foutre la merde dans les plans de ces chevaliers d'industrie de mes deux (mais quand même millionaires) sans trop qu'ils ne s'en rendent compte, considérez ça comme ma petit contribution contre le capitalisme. Et je ne crache pas sur le salaire non plus.

Anyways, toujours est-il que ça fait des jours que je nage dans le dynamisme et la qualité totale, et ça commence à me monter à la tête. Tellement que je viens de tomber sur ce document impérial Ottoman datant de 1456, soit trois ans après la conquête de Constantinople, et envoyé à des seigneurs locaux sur le point d'être conquis. Je vous en traduis des extraits aussi directement que possible:



L'Empire Ottoman est un leader en matière de recherche et développement. Il est à l'origine de l'infanterie professionnelle, en voie de devenir la norme européenne, et son expertise reconnue en matière d'artillerie lui assure un taux de succès élevé en matière de sièges.

Sa longue expérience dans l'administration d'une population à la fois Chrétienne et Musulmane donne à l'Empire Ottoman une expertise sans égal en matière de décentratisation. Une série de kanunnâmes (codes de lois) adaptés aux traditions régionales permet de répondre aux besoins spécifiques de chaque marché.

L'Empire Ottoman a également mis en place de projets communs avec des partenaires dynamiques. Une série d'accords commerciaux avec des figures de proue en matière d'échanges internationaux, tels Venise et Gênes, assure une rentabilité maximum à l'organisation.

Les succès de l'Empire sont reconnus sur la scène nationale et internationale; notons entre autres le titre de "Souverain des deux mers et des deux continents" décerné pour une troisième année consécutive au sultan de l'Empire, Mehmet II, par l'Association des Courtisans de Mehmet II. Cette reconnaissance s'ajoute à une longue liste de titres et d'honneurs qui ne manquera pas de s'allonger dans les années à venir.

Soucieux d'offrir à ses sujets une administration hors pair, l'Empire Ottoman a développé un système innovateur pour le recrutement de personnel, le devshirme. Des levées ultra-sélectives effectuées à intervalles réguliers dans les provinces des Balkans assurent à l'empire un avantage marqué en matière de ressources humaines.

L'expansion géographique phénoménale de l'Empire Ottoman au cours des 150 dernières années s'est traduite par une intégration verticale qui en fait aujourd'hui un empire-monde. Ce statut exceptionnel lui permet de subvenir sans intermédiaire à tous les besoins de ses sujets. Il permet également une flexibilité sans égal dans l'attribution de gouvernements provinciaux; les seigneurs locaux qui se soumettent volontairement au sultan peuvent ainsi maintenir un statut social élevé tout en s'intégrant harmonieusement aux traditions administratives de l'Empire.

Se soumettre à l'Empire Ottoman, c'est faire partie d'une équipe gagnante!

Par ici la suite!

09 mai 2006

Histoire: Secondaire (2/2)

Résumé le l'épisode précédent: Pris par la queue de la tempête de mots qui souffle sur la page Idées du Devoir après qu'un certain rapport ait suggéré d'accoler à l'histoire le mot "pluriel" accordé au féminin singuler, votre dévoué ambassadeur se met à divaguer et imagine que le concept de courage (et l'idée d'avoir un coeur d'airain, Dieu sait où il est allé pêcher ça) s'applique à un type qui vous parle de sa job d'historien en singeant un animateur de ligne ouverte à TQS. Au dernières nouvelles, il avait laissé monsieur Ringuette, de Schefferville, patienter au téléphone pendant quelques jours.

[petite musique de harpe]

Monsieur Ringuette, le Québec vous écoute.

"L'histoire est remplie d'exemples pour l'édification des jeunes âmes, n'est-ce pas. Qui ne sait pas d'où il vient ignore où il va, n'est-ce pas. Moi-même, en ma jeunesse, j'ai été terriblement inspiré par l'exemple de l'esprit d'aventure d'Étienne Brûlé..."

Monsieur Ringuette, je suis certain que la municipalité de Schefferville crève de fierté d'héberger un homme du moyen âge. N'y voyez aucune insulte, je veux simplement dire qu'il n'aurait eu aucun historien il y a mille ans si personne n'avait pensé comme vous à l'époque. Cela étant dit, vos homologues sont aussi nombreux aujourd'hui, et pas des moindres: Gérard Bouchard nous tint à peu près ce langage à propos des Patriotes.

Le problème (au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je vois des problèmes partout), le problème est que -n'en déplaise à l'excellent historien qu'est le Professeur Bouchard- ce n'est pas de l'histoire. Ou alors c'est de l'histoire mal faite, dans la mesure où cette approche impose une vision résolument contemporaine (est-ce que j'ai vraiment utilisé l'expression "résolument contemporaine"? Oh misère...) sur des événements et des manières de penser qui n'ont rien de contemporain. On doit, au mieux, reléguer au notes de bas de pages le fait que les Patriotes n'avaient aucune intention de voir leur beau projet démocratique s'appliquer à la moitié féminine de la population, et on doit présenter les autorités militaires britanniques comme motivées d'abord et avant tout par le doux plaisir d'être le méchant qui flatte un chat persan au sourire méprisant en rêvant d'être maîtres du monde (mwah ha ah!). Le mieux qu'on puisse espérer, en fait, est de mettre le tout sur le compte d'un "oui mais c'était une autre époque" qui est une garantie-ou-argent-remis de ne pas comprendre les gens dont on parle. Oh, et Étienne Brûlé ne comptait pas sur un plan d'appels interurbains à bas prix quand il partait dans le bois. Désolé, Ringuette, tu ne passes pas le test toi non plus. On a le temps pour un dernier appel, monsieur Voyer de Gatineau.

"Il faut former des citoyens! Des citoyens! L'Histouare, c'est pour former des citoyens!"

Ouaip, vous brûlez. Comme le dit la charte du Parti Libéral, la vérité sort de la bouche des Gatinois. Une certaine connaissance de l'histoire peut effectivement aider à (ou plus exactement, est absolument nécessaire pour) comprendre l'actualité. Mais à moins d'être un maniaque unidimensionnel qui pense que Louis-Joseph Papineau est un des sbires de Raymond Villeneuve (ça existe, c'est même assez commun), on doit avouer que la pertinence de ces racines a une forte tendance à se faire rare quand on retourne vers un passé plus lointain. Bien sûr, l'Acte de Québec nous a donné le Code civil en 1774, mais c'est la conséquence plutôt que l'épisode lui-même (et les circonstances qui l'entourent) qui demeure pertinente aujourd'hui. De mettre l'emphase sur les liens (tout ce qu'il y de plus réels) de cette origine avec la Révolution américaine serait à peu près l'équivalent de décrire, dans une biographie politique de Pierre Elliott Trudeau, une scène de sexe modérément torride de l'hiver 1919 au cours de laquelle Le Québécois a été conçu. Ça vous excite peut-être (je ne suis pas du genre à juger), mais j'oserais affirmer ce n'est pas hyper pertinent.

Tout ça pour dire qu'un cours de citoyenneté est une option valable, voire même souhaitable, mais ce n'est pas un cours d'histoire.

Et voilà, le chat (persan, avec un sourire méprisant, en train de se faire flatter par un impérialiste britannique qui trempe son scone dans une tasse de thé Darjeeling) est sorti du sac. Je suis un historien qui dit que les cours d'histoire au secondaire ne devraient pas être une priorité.

Ben coudonc, je me sens un petit peu comme un rabbin antisémite, moi, tout d'un coup.

Par ici la suite!

06 mai 2006

Bon peuple

Joyeuse nouvelle, ce matin, les deux tiers de la population québécoise veut que Jean Charest prenne des vacances. Permanentes.

Deux des trois principaux reproches qu'on lui fait sont le manque de leadership et le fait qu'il ne tienne pas compte de l'opinion publique. Un sondage réalisé auprès de monsieur Charest indique que 100% du premier ministre considère que le terme "cohérente" s'applique "peu" ou "pas du tout" à l'opinion publique québécoise.

Le chef du Parti Québécois André Boisclair a pour sa part dénoncé le caractère décousu de l'incompétence du premier ministre, affirmant que le Québec a besoin d'un leader à l'écoute de la population avec des idées fortes, qui pourrait amener un vent de jeunesse dans l'esprit de René Lévesque.
Par ici la suite!