25 janvier 2006

La neige froide

J’ai vu Istanbul sous la neige pour la première fois l’hiver dernier, après neuf ans de visites en Turquie, estivales par la force pour causes de calendrier scolaire. La neige revient deux ou trois fois par saison, connue sans être une habituée, laissant tout le monde avec l’impression qu’elle est « quelque chose de spécial ».

À vrai dire, le petit cadeau que nous offre la Sibérie ces jours-ci n’est pas apprécié de la même façon par tout le monde. Mon enthousiasme pour le romantisme des mosquées enneigés fait de moi un minoritaire, voire un marginal. La plupart des Stambouliotes appréhendent la neige comme nous le verglas, un genre de paquet de trouble dont on se passerait bien. On a vite fait de fermer les écoles et de mettre aux voitures (invariablement chaussées de pneus d’été) les chaînes qui se chargeront de ruiner les quelques rues encore en bon état tout en restant parfaitement inutiles lorsque des chauffeurs sans expérience sur surface glissante (c’est à dire tout le monde) écrasent leurs freins en descendants une pente abrupte.

Alors tout le monde chiale, sauf moi, trop heureux de retourner en songe dans mon pays, le temps qu’un flocon se pose devant moi. Bien sûr, tout n’est pas pareil : une journée enneigée, en janvier à Montréal, est une journée bien plus douce que la moyenne. Parler de l’hiver québécois me rappelle deux scènes : un après midi au ciel bleu comme la glace, l’azur sec à la température de l’azote liquide, et une soirée où les lampes au sodium accompagnent la chute de gros flocons paresseux qui pourront bien venir fondre sur nos têtes nues.

À Istanbul, au contraire, une chute de neige n’est possible que lorsque la température, de façon toute subjective, atteint son plus bas niveau. Ça gâche un peu mon plaisir, dans la mesure où mes calorifères ont peine à suffire à la tâche...

M’enfin, tout ça pour dire que c’est un phénomène plutôt rare et que si Istanbul se paye autant de pluie à chaque hiver, c’est bien parce que la température ne descend pas souvent sous le point de congélation. Ça peut semble enviable, mais j’avoue une petite culpabilité : Quand je suis de retour à Montréal, j’ai l’impression tenace de ne pas avoir mérité mon printemps...

Petit coup d’oeil sur ma terrasse hier matin :



Sultanahmet Camii (la Mosquée Bleue), lors de mon premier «blizzard» stambouliote l’an dernier :




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