17 janvier 2006

Mines aurifères minoritaires

Je suis comme à peu près tout le monde, je ne sais pas quels seront les résultats des élections fédérales du 23 janvier. Je ne fais pas non plus de prédictions : c’est le genre de trace que je préfère ne pas laisser derrière moi. D’ailleurs, pas étonnant que même les spécialistes restent sur leurs gardes : cette vénérable institution politique qu’est le sondage d’opinion démontre une fois de plus à quel point elle est mésadaptée à un système parlementaire britannique. 1993, Kim Campbell, vous vous souvenez? 16% du vote et moins de 1% des sièges. Faudrait faire un sondage dans chaque circonscription, et tant qu’à sonder 150-200,000 personnes, ben, c’est peut-être mieux d’attendre de voir comment ils votent.

Il y a pourtant un truc qui m’inquiète, c’est de voir le Canada marcher dans les pas de la Turquie. Oui, bien sûr, le Canada est développé, en avance, on peut pas régresser au niveau d’une semi-démocratie dont la tête dépasse à peine du tiers-monde, etc. etc. Bon, maintenant la petite crise de supériorité de grands blancs est passée, retournons quelques années en arrière (petite musique de harpe, s’il vous plaît)...

À la fin des années ’90, la Turquie était empêtrée dans une série de gouvernements minoritaires, tout comme ce que bien des boules de crystal voient s’installer à Ottawa, incapable d’en choisir un seul pour les gouverner tous. Loin de pousser tout le monde vers le centre, vers un concensus national qui pourrait ultimement aboutir à des fusions entre les trois partis formant le gouvernement, c’est l’inverse qui s’est produit. Chacun craignant de ne plus avoir accès aux ressources de l’état pour longtemps, tout le monde s’est mis à se concentrer sur deux tâches capitales : 1) s’approprier le maximum d’argent possible, et 2) négocier des ententes avec les autres partis pour s’entre-amnistier à qui mieux mieux. Bien sûr, dans l’histoire canadienne récente la corruption est l’affaire d’un seul parti, mais c’est simplement qu’il est difficile de détourner des fonds quand on est dans l’opposition. Donnez sa chance au petit Harper, il saura bien suivre la trace de son idole et trouver son petit Abramoff personnel.

Oh, et vous voulez savoir comme finit l’histoire de la Turquie? Tout le monde étant fatigué du pourrissement, on a fini par foutre à la porte les trois partis du gouvernement minoritaire et s’est payé un gouvernement majoritaire. Aujourd’hui la corruption est redevenue discrète et même les opposants au parti gouvernemental reconnaissent que l’efficacité a pris la place du compromis. Parce que, vous savez, en démocratie représentative, tout marche mieux quand l'autorité est bien centralisée...

2 commentaires:

Alex a dit...

Il faudrait que je fasse lire ton article à certaines de mes connaissances. Ça les renforcerait dans leur idée que plus vite le Québec sera souverain, mieux ce sera...

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

...jusqu'à ce que le p'tit Dumont réussisse son plan diabolique de foutre la merde ici aussi;-)