03 janvier 2006

Ralph Goodale, Bill Clinton et l'Iran médiéval

J’ai pensé à l’Iran médiéval en écoutant les nouvelles de Radio-Canada, l’autre jour. Plus exactement, j’ai pensé à un livre de Roy Mottahedeh (historien et, en tant que récipiendaire d’une bourse de la fondation McArthur, titulaire du titre semi-officiel de génie), un livre intitulé Loyalty and Leadership in an Early Islamic Society. Le bouquin en question discute de l’époque des Bouyides, une dynastie iranienne du 10-11e siècle (un bon sujet pour discuter de l’idée d’importance historique, j’y reviendrai s’il y a de la demande;-). Anyways, le propos de Mottahedeh se concentre sur les serments, promesses et autres formes de contrats entre les individus, en partant de l’idée que ces points de contacts entre les individus sont la pierre angulaire de toute structure sociale. En d’autres termes, ce sont de tels engagements individuels qui permettent aux êtres humains d’intéragir avec confiance, de s’organiser en associations et institutions et, ultimement, qui permettent à une société de fonctionner.

Sur ces entrefaites arrive un nouveau scandale libéral fédéral, du moins un scandale potentiel, une fuite précédent une mise à jour économique du ministre des finances qui aurait rapporté gros à certaines personnes bien placées dans le monde de la finance. Il est tout à fait possible qu’une telle fuite ait effectivement eu lieu de façon verbale sans laisser de traces physiques –courriels, enregistrements, peu importe. Dans un tel cas, notre connaissance de ce qui s’est vraiment passé repose directement sur la parole de gens potentiellement impliqués.

Sauf que, comme chez Gomery nous l’a bien fait comprendre, certaines personnes n’hésitent pas non seulement à mentir, mais aussi à mentir sous serment. Vous voyez où je veux en venir? On est prêt à mentir avec une main sur la Bible, à faire sauter la soudure précisément là où, selon Mottahedeh, repose la structure de la société.

Et ce n’est pas seulement les sbires de Chrétien/Martin, loin s’en faut, c’est un mouvement beaucoup plus général en Occident. D’un côté, on ne réprime plus ceux qui pensent différemment, on ne brûle plus personne pour homosexualité ou athéisme, on laisse tout le monde aller selon sa conscience. C’est très bien, d’ailleurs, aucun doute là-dessus, et qu’on ne vienne pas me dire que je m’ennuie de l’inquisition.

Mais ça veut aussi dire qu’on tolère que pour certains il n’y a plus rien de sacré. Rappelez-vous l’affaire Lewinsky : on a voulu destituer Clinton non pas pour son infidélité mais bien parce qu’en niant qu’elle se soit produite il a menti sous serment. Un tel geste mine directement la base même du système judiciaire. De la part d’un chef d’état et avocat, c’est mille fois plus dégoûtant qu’une tache blanche sur une robe bleue.

Ce que je comprends de Mottahedeh, en somme, c’est que ce qui est atteint par le parjure est beaucoup plus large que le système judiciaire. Ce qui s’effrite comme les os d’un septuagénaire lactophobe quand tout le monde se croit permis de mentir, c’est la possibilité même d’une société organisée.

Oh, et bonne année.

2 commentaires:

chagui a dit...

Et bien bon retour dans ton ambassade et vive l'ADSL du voisin !
Nous on est à Ankara et on commençait à se sentir un peu seuls sur Expat-Blog... un 2ème blog turc c'est chouette !N'hésites pas à faire un tour sur le forum : http://www.expat-blog.com/fr/index.html
A+

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Hoş bulduk! Merci pour votre hospitalité tout ce qu'il y a de plus turque!