31 mars 2006

L'ambassadeur fait attention à sa langue (Lpc #5)

L'ambassadeur est vachement prudent. Il prend ses précautions, même -surtout- en ce qui a trait à sa langue. Oh, je sais bien ce que vous pensez, et ça aussi d'ailleurs, mais ce n'est pas ce dont je parle (soyons quand même clairs: rien n'est aussi attirant qu'un surface métallique en hiver; ne sortez jamais sans un seau d'eau bouillante).

Non, je veux plutôt parler de deux choses. De un, d'un dédain indécrottable du charabia vaguement inspiré du français dans lequel les jeunes (ah! les jeunes!) se permettent d'écrire sur Internet. Et de deux, d'une certaine retenue qui m'empêche de traiter autrui de cochon ou d'autre chose.



dune pars------c pas pcq t sul net pi ché pa koi kta ldroit dasssssasssssiné la lang fransaiz :))) bin oui tu peu lol! jooookee mouahahaha :))))))))))))) *repran son souffe* sti ksé kon ékrir com sa, c kom si chu andipaké mantal lollolololollol! bon c bo la *redésan sur ter*

D'autre part, je pourrais facilement me cacher derrière mon anonymité anonymat de pacotille pour insulter à bride abattue sans crainte de représailles personnelles. Oh, bien sûr, il y a des gens que je méprise profondément; vous avez sûrement remarqué mon petit ton dédaigneux, ça s'entretient, ça, madame, ça ne carbure pas à l'amour du prochain, au respect mutuel et aux tartinades d'autre joue tendue.

N'empêche que la Vérité m'a été inspirée par la perfomance télévisuelle d'un de nos chantres de la libartoé (gros kon! gros kon! rgarde, jmé contredi!). Railleries, critiques, insultes et autres constatations malheureusement exactes: toutes s'atténuent, se civilisent et gagnent en intelligence lorsqu'elles sont addressées directement à leur objet.

En clair, le test que je m'impose consiste à me demander si j'oserais répéter devant monocle ce que j'écris à propos de mononcle. Exemple: Je déplore, ô diantre que je déplore que le Québec donne le statut d'intellectuel engagé à Richard Martineau, qui semble dans ses chroniques limité à offrir soit des idées empruntées à la liste "nonfiction" des best-sellers du New York Times (en prime, voici les sujets de ses prochaines chroniques) , soit une version enragée de ce gros bon sens dont le raffinement intellectuel n'a visiblement pas terminé son secondaire (toutte lé religion, cé kon lol!). Qu'il vienne lire mon blogue, M. le Mautadine, je trouve qu'il écrit des conneries plus souvent qu'à son tour mais je ne vais pas sous-entendre que son existence se limite à ce qu'il écrit ou qu'il n'est pas beau en-dedans. Je pourrais même lui trouver des qualités dans ses défauts, comme sa capacité de brasser les idées reçues. Je ne pense pas qu'il le fasse comme il faut, mais c'est comme d'autres choses, au moins lui il le fait.

llooollolooollololololololol:))))))))))))))))))))))))))))))))))))



Prochain (et dernier) épisode: Le médium lutte contre message (tout nus dans le jello)





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28 mars 2006

L'ambassadeur se perd en longueurs (Lpc #4)

Démontrant un flagrant manque de respect pour les normes et conventions de la blogosphère, les textes de l'ambassadeur se permettent d'être très, très longs.


C'est tout.

Prochain épisode: L'ambassadeur, sous l'angle de la langue.




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25 mars 2006

L'ambassadeur ne se fera pas le porte-parole de banalités (Lpc #3)

Ce blogue est en guerre ouverte contre le Front International pour la Redondance, qui sévit sous l'insouciante férule de la tante Armande et du petit cousin Eric. Mon combat quotidient consiste à soumettre chacune de mes livraisons au fameux test de la question à neuf cent soixante-trois dollars et quatre-vingt quinze: "Répète-je? Redonde-je? Me fais-je porte-parole de tataouinages répétitifs?" Si oui, la petite corbeille dans le coin de mon écran sait que ce sera bientôt l'heure de manger.

Plus concrètement, mon but est d'éviter toute ressemblance avec la tante Armande et le petit cousin Eric. Mais que diable tante Armande et petit cousin Eric sont-ils allés faire qui embête tellement l'ambassadeur?


La tante Armande (toute bouffie de pâte d'amandes) est fière de nous apprendre, via son blogue, que les manifestants contre les caricatures du Prophètes sont méchants-méchants, parce que les caricatures du Prophète, c'est de la liberté d'expression, bon! Le problème avec la tante Armande réside dans le fait que sa contribution originale à cet important débat se limite au "bon" à la fin de son texte. Et peut-être aussi au point d'exclamation, mais c'est moins sûr.

Bien entendu, le blogue de ta tante Armande fait partie d'un immense mouvement par lequel s'exprime une toute nouvelle forme de parole citoyenne (je vous l'avais dit que j'étais capable de banalités moi aussi). Mais lire ses écrits, c'est comme obtenir une leçon de sciences politiques dans un salon de coiffure. Sans la coiffure.

Si je m'intéressais déjà à Armande pour d'autres raisons (tous les goûts sont dans la nature, et du reste ce n'est pas ce que vous pensez, c'est une femme très TRÈS bien), nul doute que je serais fort heureux d'apprendre ce qu'elle pense de l'image internationale du Danemark. Mais votre dévoué ambassadeur n'en demande pas tant à ses lecteurs; dans un rare sursaut d'humilité, il réalise que sa personalité n'a rien d'intéressant, que son vieux corps n'a rien d'attirant (c'est pas vrai d'ailleurs), que son compte en banque ne lui assure pas une position sociale enviable, bref, qu'il n'a pas d'amis et que s'il veut qu'on l'écoute il devra bien mériter votre attention en essayant tant bien que mal de vous offrir des idées nouvelles. Voyez-vous à quel point je ne vous tiens pas pour acquis? C'est ça, la prochaine fois je vous achèterai des fleurs.

Et le cousin Éric, le p'tit génie de l'informatique? Le petit cousin Éric s'est levé un matin en se demandant, dis-donc, que pourrais-je donc faire pour contribuer au bien-être de l'humanité, à l'avancement des sciences, à la société civile et à l'hygiène de vie? D'accord, la formulation était peut-être un peu différente, mais l'idée y était. Anyways, le petit cousin Éric réfléchit quelques secondes puis un sourire apparut sur ses lèvres rendues bleutées par une exposition excessive au néon cru de son sous-sol; "ma compétence, se dit-il, réside dans mon accès privilégié aux sources ultimes de la connaissance". Il travailla donc des jours et des semaines, le p'tit cousin Éric, et accomplit son grand oeuvre.

Plusieurs mois ont passé et des milliers de gens visitent son blogue à chaque jour. On y parle d'un tas de choses intéressantes, comme par exemple un opéra basé sur Super Mario, un chien-robot disponible en bleu ou en rose (mais seulement en version "Happy"), une version de l'intro des Simpsons "en vrai monde" et le blogue de MC Hammer.

Soyons honnêtes: Tout ce qu'il nous transmet serait accessible en visitant la même demi-douzaine de sites du même genre qu'il pille sur une base quotidienne. L'existence du cousin Éric, en bref, se résume à un hyper-rien.

Vous trouvez que je suis dur avec le p'tit cousin Éric? Que je commence à faire cruel et sanguinaire, tout d'un coup? Mais rappelez-vous la fameuse question, "Qu'est-ce que je peux apporter au monde?" Ce n'est pas moi qui l'a forcé, le p'tit cousin Éric, c'est lui qui a choisi sa propre réponse.

Exactement: néant.



Prochain épisode: L'ambassadeur, en long plus qu'en large.




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20 mars 2006

L'ambassadeur ne vous dira pas son nom (Lpc #2)

Parce que ça m'excite un p'tit peu de rester anonyme. Non, plus sérieusement, que je m'appelle Augustule Tremblay ou Jean-Eudes Riboflavine, ça va vraiment changer votre vie? La mienne, oui. Il a été démontré que bloguer peut faire bobo à une carrière universitaire, et j'en veux une, moi, de carrière universitaire. Du reste, je suis aussi dépendant de certains gouvernements pour des permis de recherche et d'un tas d'autres personnes dont vous avez la chance de ne jamais avoir entendu parler pour un tas d'autres raisons dont vous ne soupçonnez pas le ridicule; tout ce beau monde serait vraiment, mais alors là vraiment déçu de voir mon nom associé à une utilisation pernicieuse de la liberté d'expression. Le problème est évidemment que j'aime ça, moi, être pernicieux.

Quand on cherche mon nom sur Google, on obtient entre autres la liste des étudiants de mon département, quelques organisations académiques dont je fais partie, des données généalogiques à propos d'un homonyme qui a vécu il y a deux siècles (vous aussi?), un texte que j'ai fait paraître dans un journal montréalais et qui ma valu d'être traité de tous les nom par plus con que moi et un commentaire d'un enthousiasme tout ce qu'il y a de plus juvénile à propos d'un film de Disney (sous la plume d'un autre homonyme, celui-ci beaucoup plus contemporain mais visiblement semi-analphabète). Combinez-donc un amour irréprésible des dessins animés et une insulte faite en bloc à tous mes collègues, et vous comprendrez que préfère qu'on n'arrive pas ici trop rapidement quand on me soumet au traitement Google. Du reste, ceux qui me connaissent déjà n'auront aucune difficulté à m'identifier et comprendront rapidement (je n'ai que des amis intelligents, on m'a dit que ça parait sur mon visage) ma politique d'effacer immédiatement et sans merci n'importe quel commentaire qui contenant mon nom écrit en toutes lettres.

Cela étant dit, ça arrive parfois par ici qu'on essaie de trouver un nom turc pour les étrangers qui sont dans le coin. J'ai eu droit à Mustafa à quelques reprises, Ahmet beaucoup plus souvent, mais le mieux qu'on ait trouvé est Niyazi. Je suis cent fois plus chanceux qu'une amie dont le nom est Rachel (à ne pas confondre avec une autre Rachel, celle qu'est cruelle) et qu'on a rebaptisé "Reçel" (Rètchelle), ce qui veut dire confiture (elle a commencé à la trouver moins drôle au bout de cinq minutes, et ça dure maintenant depuis plusieurs années). Je suis aussi mille fois plus chanceux qu'un autre ami qui se prénomme Richard, et qu'on appelle parfois "Recep" (Rèdjèp). Recep est en turc un nom tout ce qu'il y a de plus légitime, mais c'est à peu près comme Onésime ou Télésphore, ça fait pas exactement jeune, urbain et branché. C'est aussi le prénom du premier ministre turc (je vous avais dit que je ne veux pas me mettre dans le trouble), un peu comme si le premier ministre du Canada s'appelait, bah, je sais pas, moi, quelque chose comme Stéphane.

Ah, ben tiens...



Prochain épisode: L'ambassadeur crache dans la soupe aux banalités.



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17 mars 2006

L'ambassadeur ne vous dérangera pas pour vous dire ce qu'il a mangé ce midi (Lpc #1)

...ou qu'il est allé au gym, ou au lac, ou que la voisine est venue emprunter du sucre et mautadine que sa robe fait cheap.

Il y a de fortes chances que vous ne vous intéressez en aucune façon à ces trivialités. En fait, si ce n'est pas le cas, la pathologie est toute vôtre (pour faire changement), et je ne suis pas certain de vouloir l'encourager.


Cela étant dit, vous devez savoir que j'ai acheté du "tost jambonu" l'autre jour, littéralement du "jambon à toast". Ça n'a rien à voir avec du pain grillé, et ça n'a rien à voir avec du vrai jambon. Quand on parle de "tost" par ici, il est plutôt question d'un genre de grilled-cheese (parfois avec de la charcuterie) cuit dans un four à panini. C'est probablement la forme de fast-food la plus courante dans la Turquie urbaine. Quant au jambon, ce serait un peu difficile dans un pays musulman. En fait, le mot "jambon" en turc est habituellement suivi de l'origine de la viande, la plupart du temps du boeuf, mais parfois de la dinde ou autre. Ça ressemble à du jambon, mais c'est pas mal moins péché.

C'est fascinant de voir à quel point la diffusion des traditions culinaires diverge parfois de la diffusion du vocabulaire culinaire. On boit ici du café turc, mais vous obtiendrez la même chose dans un restaurant grec de Montréal en demandant une "café grec", voire "byzantin" (quand même un comble, compte tenu que l'empire byzantin n'a jamais bu une seule goutte de café). De la même manière, le plus ancien dictionnaire turc (écrit au 11e siècle) fait mention d'une soupe nommée "tutmaç". Le même nom sert à désigner diverses recettes traditionnelles dans diverses régions de la Turquie, dont le contenu est immensément variable, incluant certains desserts.

Pourquoi? Donnez-moi un peu de temps pour faire des recherches (on s'entend pour vingt ans?) et je vous reviens avec la réponse. L'impression que j'en ai est que, tout simplement, la transmission de la langue est soumise à des contraintes (migrations, contexte politique et autres facteurs culturels) qui sont fort différentes de celles qui affectent la transmission des pratiques culinaires (environnement agricole, situations économiques, contraintes religieuses, etc.) Il est tout ce qu'il y a de plus naturel de s'accomoder de ces contraintes en tournant un peu les coins ronds.

Mais avouez quand même que de parler de "dérive sémantique au rayon des charcuteries", ça en jette.



Prochain épisode: Le nom de l'Ambassadeur.


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16 mars 2006

Les p'tits commandements (Lpc #0)

Hé les copains, je crois qu'il est l'heure que je mette les choses au clair (je suis un être loyal, honnête et droit). Il y a certaines règles que je m'impose quand j'écris ce blogue et que crois que plus de gens devraient suivre (je suis un être prétentieux). Environ une demi-douzaine (je suis un être organisé, mais pas très fort en mathématiques). Alors dans mes prochaines livraisons, je vais vous les exposer une par une, puis tenter de les enfreindre sur-le-champ (je suis un être torturé, l'acteur qui m'incarnera pourrait bien gagner un Oscar, au pire un Olivier). Ça commence demain (je suis un maître du suspense), mais ça risque de s'étirer un peu (je suis un être qui a d'autres choses à faire, hé).



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13 mars 2006

L'histoire expliquée aux êtres humains

Je me suis retrouvé hier devant un groupe d’une douzaine de personnes qui n’on rien à foutre de l’histoire et, comme j’ai un petit côté facétieux (lire : je trouve du plaisir dans la souffrance des gens), je les ai longuement interrogés sur l’histoire. Puisque vous êtes assise (ou alors assis, ce n’est pas moi qui va aller vérifier) devant votre ordinateur et vous avez visiblement du temps à perdre, laissez-moi vous soumettre au même traitement, à cette différence près que vous, vous ne pouvez pas arrêter le flot de mon érudition.


Alors je continue sans trop prêter attention à vos protestations (vous avez déjà cliqué Next Blog » anyways). Voici : Un des grands secrets de ma profession, grand secret ignoré du grand public, c’est que toutes les histoires ne sont pas également étudiées.


(Évidemment, ça reste secret tout simplement parce que tout le monde s’en fout, donc le petit côté ‘mystique-scintillant-Graal-vaudou-dans l’Atlantide’ en prend pour son rhume, mais on a la mystique qu’on peut. Ayez pitié d’un pauvre doctorant, après tout, je ne vous demande même pas d’argent.)



Il y deux cents ans, il n’existait à peu près personne qu’on pouvait qualifier d’historien professionel. Ceux qui travaillaient le sujet le faisaient en parallèle à leurs activités professionnelles. Il y a aujourd’hui, à travers le monde, des dizaines de milliers de personnes qui gagnent (ou perdent, c’est selon) leur vie à étudier et enseigner l’histoire à temps plein. La grande majorité d’entre eux se consacre à divers aspects de l’histoire américaine et européenne, alors que ne sommes probablement que quelques centaines à travailler sur le Moyen-Orient (qui a pourtant une histoire aussi longue, complexe et documentée que celle de l’Europe). Résultat?


Vous levez le doigt, vous êtes sur le bout de votre siège, frétillante, « Professeur, professeur, j’ai la réponse! ». Pas étonnant, puisque mes lecteurs à moi, ce ne sont pas des deux de pique . Je vous donne le droit de parole, vous me dites que l’histoire du Moyen Orient est moins connue que l’histoire européenne. B+, retournez vous asseoir et laissez-moi finir.


D’un certain point de vue, l’histoire du Moyen-Orient est très bien connue; on ne découvrira pas un nouvel empire, une nouvelle bataille qui a changé l’histoire politique au moyen-âge ou un nouveau personnage politique qui a introduit les idées de Voltaire en Transcaucasie. Non, de ce point de vue là, il est à peu près impossible qu’il reste des gros morceaux cachés.


Ce que les européanistes possèdent et que nous n’avons pas, par contre, c’est l’esprit d’émulation (ou la compétition, ça revient souvent au même) qui fait que l’histoire est une discipline qui évolue. La même chose qui a poussé Marc Bloch et Lucien Febvre, dans les années ’20, à fonder une école de pensée historiographique qui suggère d’utiliser des sources (oeuvres d’art, pièces de monnaie, architecture) et des approches (ethnologie, archéologie, économie, etc.) aussi eclectiques que possible. La même chose qui a poussé Emmanuel Le Roy Ladurie, dans les années ’70, à étudier des mentalités et interactions sociales d’un village médiéval à travers des registres de procès d’inquisition.



La conséquence directe, je suis tombé dessus par le biais de la critique, dans le New York Sun, de Osman’s Dream, un livre sur l’histoire de l’Empire Ottoman par Caroline Finkel.



Le critique, Adam Kirsch (semble-t-il fort bien coté), affirme que l’auteure (qui, soit dit en passant, n’est d’ailleurs pas particulièrement mauvaise comme historienne) se limite à énumérer des noms de sultans et de batailles sans analyser ou expliquer les énénements qu’elle raconte ni discuter de la vie quotidienne et des idées des gens dont elle parle, bref, qu’elle est emmerdante à mourir.



Alors je vous dévoile un autre grand secret, ignoré de ceux qui ont la chance de ne pas être des historiens du moyen-orient : Kirsch a tout à fait raison de considérer Caroline Finkel barbante au possible, sauf que ce n’est pas de sa faute à elle : on est tous comme ça, ça fait partie de la description de tâche.




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08 mars 2006

Chapitre 282

« Le Da Vinci Code est une... source historique? » répéta Fifille, les yeux grands comme des assiettes. « Vous voulez dire que tout ce que le roman contient est vrai? »

Le professeur Auchat laissa échapper un gloussement.

« Oh même dans ma jeunesse, je n’ai pas pris assez de drogues pour affirmer une telle chose! Mais un texte n’a pas besoin de décrire des événements réels pour être une source historique. Vois-tu Fifille, nous les historiens des mentalités nous intéressons non seulement à ce que les gens des autres époques pensaient, mais aussi aux concepts qui n’existaient tout simplement pas dans leurs esprits. Il est facile de voir ce qui préoccupait les auteurs médiévaux, on n’a qu’à ouvrir les livres qu’ils nous ont laissés; c’est beaucoup plus rare que quelqu’un prenne la peine d’écrire sur ce qu’il ignore ou considère comme dénué d’importance.

-Je comprends. Mais quel est le rapport avec le Da Vinci Code? demanda Fifille.

-J’y arrivais, reprit Auchat. Malgré le mépris dans lequel à peu près tous intellectuels tiennent ce roman, il demeure une oeuvre de génie, en ce sens qu’il est parfaitement adapté à son audience-cible. Pour cette raison, chaque concept sortant de la culture de l’Américain moyen est expliqué à l’aide de divers instruments narratifs. En faisant poser une question par un personnage, par exemple.

-Comme moi? »

Auchat acquiesca d’un hochement de tête.

« Mais alors, ça me donne l’air d’une parfaite idiote! s’offusqua Fifille.

-Bien sûr, ces explications perturbent un peu le réalisme psychologique des personnages. Après tout, c’est un roman qui met en scène une diplômée universitaire française qui n’a jamais entendu l’expression ‘clef de voûte’. Mais l’important est qu’en examinant un tel roman, on peut établir précisément ce qui, selon les estimations de l’auteur, faisait ou non partie du bagage de connaissances de son lectorat. Et puisque le Da Vinci Code s’est vendu à des dizaines de millions d’exemplaires...

-Cela veut dire qu’il a tapé dans le mille! »

Auchat était sur le point de répondre lorsqu’une voix se fit entendre derrière lui. Une voix qu’il n’avait pas entendue depuis bien des années...



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01 mars 2006

Une vulgarité toute médiévale

Y’en a que c’est leur patron qui pue ou leurs clients qui les engueulent. Moi, ce qui me rend la vie difficile au travail, c’est que les médiévaux nous ressemblent trop.

D’accord, ça n’a pas l’air si mal, mais mettez la chose en perspective : J’ai choisi comme thèse de doctorat d’expliquer la vision du monde qu’avaient les messieurs dames que j’étudie. Si les messieurs dames y pensent comme nous, ben, y’en a plus de thèse, y'a seulement trois ou quatre ans de recherches qui partent en fumée. J’ai pitié de l’université qui me donnerait un doctorat en récompense d’une thèse qui dit que, il y sept cents ans, les gens aimaient boire de la bière sur une terrasse au mois de mai en parlant de séries de la coupe Stanley.

OK, j’exagère, ils ne parlaient pas de hockey. Ils jouaient plutôt au backgammon. Et pas de façon trop calme, semble-t-il. Donc voici ma grande découverte du jour, tirée d’un traité de moralité écrit en turc (en caractères arabes) au quatorzième siècle qui recommande d’éviter un certain vocabulaire lorsqu'on s'adonne au backgammon, « ya’nî sîn kâf mîm gibi nesne olmaya, yakhud elif mîm gibi olmaya. » Rigoureusement authentique.

C’est le genre d'affirmation qui frappe pas mal plus quand l’extrait est offert dans une langue intelligible. Comme l’auteur est assez prude, il se refuse à donner directement le vocabulaire qu’il réprouve, et épelle plutôt les mots en question en utilisant le nom des lettres (chaque lettre arabe a un nom, à peu près équivalent à « igrèque » et « doublevé »). Comme je suis moi-même assez prude (jusqu’au troisième verre, après ça ça décline assez rapidement), je vous fais une traduction aussi littérale que possible, en utilisant la même technique que l'auteur original: « [faites] qu’il n’y ait pas de chose du genre de èfe hue cé kâ, et qu’il n’y ait rien du genre de cé haut ènne. » Littéralement.

Le plus déprimant, c’est que je suis parfaitement capable de les imaginer en train de faire des concours de pets. Essayez-donc d’inclure ça dans votre thèse, vous m’en direz des nouvelles.



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