17 mars 2006

L'ambassadeur ne vous dérangera pas pour vous dire ce qu'il a mangé ce midi (Lpc #1)

...ou qu'il est allé au gym, ou au lac, ou que la voisine est venue emprunter du sucre et mautadine que sa robe fait cheap.

Il y a de fortes chances que vous ne vous intéressez en aucune façon à ces trivialités. En fait, si ce n'est pas le cas, la pathologie est toute vôtre (pour faire changement), et je ne suis pas certain de vouloir l'encourager.


Cela étant dit, vous devez savoir que j'ai acheté du "tost jambonu" l'autre jour, littéralement du "jambon à toast". Ça n'a rien à voir avec du pain grillé, et ça n'a rien à voir avec du vrai jambon. Quand on parle de "tost" par ici, il est plutôt question d'un genre de grilled-cheese (parfois avec de la charcuterie) cuit dans un four à panini. C'est probablement la forme de fast-food la plus courante dans la Turquie urbaine. Quant au jambon, ce serait un peu difficile dans un pays musulman. En fait, le mot "jambon" en turc est habituellement suivi de l'origine de la viande, la plupart du temps du boeuf, mais parfois de la dinde ou autre. Ça ressemble à du jambon, mais c'est pas mal moins péché.

C'est fascinant de voir à quel point la diffusion des traditions culinaires diverge parfois de la diffusion du vocabulaire culinaire. On boit ici du café turc, mais vous obtiendrez la même chose dans un restaurant grec de Montréal en demandant une "café grec", voire "byzantin" (quand même un comble, compte tenu que l'empire byzantin n'a jamais bu une seule goutte de café). De la même manière, le plus ancien dictionnaire turc (écrit au 11e siècle) fait mention d'une soupe nommée "tutmaç". Le même nom sert à désigner diverses recettes traditionnelles dans diverses régions de la Turquie, dont le contenu est immensément variable, incluant certains desserts.

Pourquoi? Donnez-moi un peu de temps pour faire des recherches (on s'entend pour vingt ans?) et je vous reviens avec la réponse. L'impression que j'en ai est que, tout simplement, la transmission de la langue est soumise à des contraintes (migrations, contexte politique et autres facteurs culturels) qui sont fort différentes de celles qui affectent la transmission des pratiques culinaires (environnement agricole, situations économiques, contraintes religieuses, etc.) Il est tout ce qu'il y a de plus naturel de s'accomoder de ces contraintes en tournant un peu les coins ronds.

Mais avouez quand même que de parler de "dérive sémantique au rayon des charcuteries", ça en jette.



Prochain épisode: Le nom de l'Ambassadeur.


2 commentaires:

Alex a dit...

J'aime bien cette idée de petits commandements. La dérive qui suit l'exposition de la règle me ravit.

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Effectivement, tout le plaisir de la loi consiste à essayer de la contourner. Évidemment, moi, y'a personne qui va me payer un salaire d'avocat, mais je me console toujours en disant que je suis le législatif, l'exécutif et le judiciaire combinés dans un nouvel emballage portatif, pratique et sans odeur. La plupart du temps.