01 mars 2006

Une vulgarité toute médiévale

Y’en a que c’est leur patron qui pue ou leurs clients qui les engueulent. Moi, ce qui me rend la vie difficile au travail, c’est que les médiévaux nous ressemblent trop.

D’accord, ça n’a pas l’air si mal, mais mettez la chose en perspective : J’ai choisi comme thèse de doctorat d’expliquer la vision du monde qu’avaient les messieurs dames que j’étudie. Si les messieurs dames y pensent comme nous, ben, y’en a plus de thèse, y'a seulement trois ou quatre ans de recherches qui partent en fumée. J’ai pitié de l’université qui me donnerait un doctorat en récompense d’une thèse qui dit que, il y sept cents ans, les gens aimaient boire de la bière sur une terrasse au mois de mai en parlant de séries de la coupe Stanley.

OK, j’exagère, ils ne parlaient pas de hockey. Ils jouaient plutôt au backgammon. Et pas de façon trop calme, semble-t-il. Donc voici ma grande découverte du jour, tirée d’un traité de moralité écrit en turc (en caractères arabes) au quatorzième siècle qui recommande d’éviter un certain vocabulaire lorsqu'on s'adonne au backgammon, « ya’nî sîn kâf mîm gibi nesne olmaya, yakhud elif mîm gibi olmaya. » Rigoureusement authentique.

C’est le genre d'affirmation qui frappe pas mal plus quand l’extrait est offert dans une langue intelligible. Comme l’auteur est assez prude, il se refuse à donner directement le vocabulaire qu’il réprouve, et épelle plutôt les mots en question en utilisant le nom des lettres (chaque lettre arabe a un nom, à peu près équivalent à « igrèque » et « doublevé »). Comme je suis moi-même assez prude (jusqu’au troisième verre, après ça ça décline assez rapidement), je vous fais une traduction aussi littérale que possible, en utilisant la même technique que l'auteur original: « [faites] qu’il n’y ait pas de chose du genre de èfe hue cé kâ, et qu’il n’y ait rien du genre de cé haut ènne. » Littéralement.

Le plus déprimant, c’est que je suis parfaitement capable de les imaginer en train de faire des concours de pets. Essayez-donc d’inclure ça dans votre thèse, vous m’en direz des nouvelles.



Aucun commentaire: