28 avril 2006

La Semaine (Mahée Paiement, panoptique et identité québécoise)

Environ tous les deux mois, mes parents me font parvenir un colis. Le paquet en question contient habituellement une carte postale représentant mon village ("reviens, reviens mon petit! on va te faire le pâté au poulet que tu aimes tant!"), la revue Nuit Blanche (regardez mes ongles parfaitement manucurés, mes cravates de soie, tous les signes de mon immense raffinement; je ne fume pas encore la pipe mais j'apprécie qu'on s'y adonne en ma présence) et deux ou trois numéros du magazine La Semaine.

"Ouin, tu traites le monde d'épais pis t'es un pas pire épais toé mingue", que vous me dites. Oh que nenni! N'oubliez pas mes ongles parfaitement manucurés! Du reste, il ne s'agit certainement pas de garder un oeil amusé sur le petit peuple, oh que non, c'est plutôt une question d'identité ("ouin, une identité d'ép..." Ta gueule!).



Vous voyez, quand on veut définir ce qu'est une Québécoise, quand on veut épingler un Québécois, on parle de la langue, on parle de la culture ou du sentiment d'appartenance, on parle de territorialité, on parle même parfois (mais pas trop fort) de douze générations de fermiers qui jasaient en joual avec leurs patates (quand on veut épingler un Québécois, on peut aussi humer les effluves de cannabis qui sortent de sa fenêtre, mais c'est hors-sujet). Pourtant il reste toujours des cas-frontière, des gens avec le bon background qui semblent étrangers, des gens qui sont devenus autre chose et des gens qui ont tellement d'identités qu'on n'est pas sûr de vouloir leur accorder la nôtre en plus.

Non, le vrai test de l'identité québécoise, il se passe quelque part coin Crescent et Ste-Catherine. Vous êtes sur le coin de la rue et grâce à la magie du panoptique (l'espace d'un instant, vous voyez Michel Foucault au volant de sa Ferrari qui vous invite d'un clin d'oeil à venir faire un tour de machine, mais écoutez-moi quand je vous parle, je n'ai pas fini mon histoire), grâce à la magie du panoptique, donc, vous voyez Mahée Paiement arriver d'un côté et Patrick Huart de l'autre, sur le point de se croiser. Dites-moi, que pensez-vous qu'il va arriver?

Si vous ignorez qui sont Patrick Huart et Mahée Paiement, félicitations, vous n'avez rien de québécois (ou alors vous êtes un snob pleine peau, ce qui revient à peu près au même). Si le nom de Mahée Paiement vous rapelle un film de moufettes, c'est déjà vachement mieux. Si vous avez réalisé que c'est à elle que s'adressent certaines phrases désormais consacrées ("Mahée, t'es donc ben belle", "Mahée, ça doit être difficile d'être aussi belle", "Mahée, quels produits t'utilises pour être belle de même?" et "Mahée, t'es tellement belle qu'on va te donner une job à la radio"), je mettrai mon poing sur le nez de quiconque nie votre identité québécoise. Si connaissez par coeur la liste des vedettes avec qui Mahée et Patrick ont couché, je suggère fortement que vous organisiez ces informations sur un site web parce que j'ai des détails à rattrapper.

Tout ça pour dire que j'habite à 7,000 kilomètres de chez moi, que j'ai peur de devenir un étranger et que ça explique -ça excuse- mes lectures. Mais il y quelque chose qui me chicotte.

Le magazine La Semaine n'a pas encore de site web, seulement une adresse. Pendant des mois, j'ai bavé devant une page ne contenant que le logo du magazine et de vagues promesses de bientôt-bientôt. Or, nouveauté, l'espace en question est maintenant habité par les règlements d'un quelconque concours ("Règlements du Concours Trouvez un chèque de 10 000$"). Extraits de ces règlements:
"Aucun achat, dépense ou investissement n'est nécessaire pour participer à ce concours."
"POUR PARTICIPER: Procurez-vous le magazine La Semaine; si, en feuilletant les pages, vous découvrez un chèque de 10 000$, vous le gagnez instantanément."
"Aucune reproduction ou fac-similé ne seront acceptés."

D'une part, rien à acheter pour participer. D'autre part, il faut avoir le magazine pour participer. De deux choses, l'une: ou bien l'expression "aucun achat, dépense ou investissement n'est nécessaire..." est une formulation légale qui signifie "si vous le faites acheter par votre maman, vous pouvez garder l'argent quand même", ou bien les règlements du concours vous autorisent tacitement à voler le magazine en question dans votre dépanneur préféré.

Moi, j'ai le sens de la famille, donc je préfère la deuxième option. Y'a pas quelqu'un qui voudrait aller m'en voler une copie?


4 commentaires:

Vietbug a dit...

J'ai passé le test de l'identité québécoise ! Je peux même te faire une liste des fréquentations de Mahée Paiement et Patrick Huard...Au fait, tu pourrais pas envoyer tes vieux 7 jours par ici ??
Dans un tout autre ordre d'idée..As-tu lu cet article http://www.ledevoir.com/2006/04/27/107695.html ?

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

C'est vrai qu'il ne faut jamais parler de constitution, qu'un citoyen éclairé doit être celui qui croit que Meech est un personnage de film (Meech & Chong).
Oh c'est vraiment, vraiment génial, j'exulte. Je vais m'enfoncer un tournevis dans l'oreille et je reviens tout de suite.

(...et j'attends ton rapport sur les aventures de Mahée et Patrick;-)

un pas comme toi a dit...

cnon mais tu est dombien GUAY pour lire la semaine au pire tu lis pas sa c jsute des potinsd de merde

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Assez ironiquement, j'ai eu besoin d'environ une minute et demie pour vérifier que l'auteur du commentaire ci-dessus est arrivé à ce texte en cherchant "magazine la semaine" sur google.ca... et de cinq minutes de plus pour réaliser qu'il n'a probablement rien vu de "GUAY" dans la référence à Foucault que contient le texte en question.

Oui, j'avoue, c'est un "pas comme moi";-)