25 avril 2006

Moi, je vote pour Jeannot

Chaque matin depuis des années, alors que votre machine à espresso transforme le priviliège en habitude, vous sortez ramasser la copie du Devoir qui traîne sur votre perron. Chaque matin depuis des années, vous remarquez l'oeil désapprobateur que jette le voisin d'en face sur votre démarche médiatique. Vous avez lu les livres de Guy Corneau, vous savez que la violence passive est la mère (ou plus probablement le père, je crois que Québec Solidaire a déposé une requête à l'Office de la Langue Française pour que le mot "violence" devienne masculin) de la violence active, alors un jour vous avez sonné.

Oui oui, vous êtes allé chez lui, vous avez sonné la sonette pour lui demander ce qui se passe.

Il ne vous a rien dit, mais votre intelligence est digne de celle du renard anthropomorphe de quelque bande dessinée (rusé, vif d'esprit, attire la sympathie des enfants, vous voyez le portrait). Vous avez remarqué la section des sports de La Presse ouverte sur le divan ("Un nouveau Radek Bonk?"), vous avez arperçu ses bottes souillées de calcium reposant sur la section "Livres" jamais ouverte. Les faits parlent d'eux-mêmes, votre voisin est un épais.

Oh, mais quel triste sort que celui de l'épais! On ne peut informer l'épais de sa condition qu'en lui brisant le coeur. Vous avez lu Guy Corneau, je répète, vous n'aimez pas briser les coeurs. Vous avez donc battu en retraite en marmonnant quelque chose à l'effet qu'on est donc contents que l'hiver soit fini, les osties de remorqueuses-à-vos-frais ont fini de nous réveiller à quatres heures du matin.

Au fond de votre coeur, pourtant... Ah, au fond de votre coeur, vous aimeriez bien enfin avoir l'argument qui explique en quoi Le Devoir est supérieur à La Presse, quelque chose de rationnel qui rentre dans le ventre et qui vous donne un accent outremontais en moins de temps qu'il ne faut pour dire "Brébeuf". Remerciez-moi tout de suite, je travaille pour vous, je ne chôme jamais (ou presque). J'ai trouvé la preuve ultime.

La preuve ultime, elle réside dans deux textes d'opinion publiés ce lundi dans lesdits quotidiens, tous deux à propos d'André Arthur et de ses problèmes légaux. Je ne suis nullement responsable des opinions exprimées dans tatati tatata, mais quand même: Dans le coin bleu, présenté par Le Devoir, Jeannot Vachon nous offre un texte articulé qui relève de subtiles incohérences dans le discours d'Arthur et critique une approche légaliste face aux discours haineux. Dans le coin rouge, Jean-Denis Lemieux, présenté par La Presse, squize (pardonnez l'orthographe) 150 mots en deux phrases pour affirmer que, de un, quand on s'excuse des insultes racistes qu'on a proférées, c'est comme si on n'avait rien dit et que, de deux, le concept d'immunité parlementaire est vachement plus étendu dans la tête de monsieur Lemieux que dans le reste du monde.

Alors demain matin, après avoir ramassé Le Devoir d'un geste gracieux, vous planterez votre regard olympien dans les yeux porcins du voisin et vous dirigerez directement vers lui. Sentant une confiance renouvelée apaiser vos muscles, vous frapperez à sa porte avec vigueur et dès qu'il ouvrira vous ferez résonner votre baryton en une déclaration n'admettant pas de réplique:

"Moi, je vote pour Jeannot!"


Post-scriptum: Évidemment, juste après que je vous ait si brillamment exposé les liens entre votre routine matinale et la hiérarchie des médias écrits québécois, Jeannot Vachon s'avise de publier le même texte dans Le Soleil (vous savez la petite soeur de La Presse, celle qui n'écoutait pas pendant ses cours d'anglais et qui a voté pour André Arthur), déboulonnant ainsi toute mon argumentation. C'est ça, constatez: ce que je vous ai dit n'a plus aucune valeur, ma vie est un échec et votre voisin vote pour Jeannot lui aussi.

Miiiiiiiiiiisère...


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