05 mai 2006

Histoire: secondaire (1/2)

L'élément le plus fondamental d'une formation en histoire est la capacité de mentir sur l'importance de ce que l'on fait. Vous croyez que j'exagère? La dernière demande de bourse dans laquelle j'ai admis que mon travail était socialement insignifiant m'a valu une réponse selon laquelle ma candidature était excellente, mais qu'on ne m'avait pas sélectionné parce que la compétition était particulièrement forte cette année-là. J'aurais envoyé un poème sur les Calinours et une photo d'un chat avec une écorce de pomelo sur la tête qu'il m'auraient répondu que ma candidature était excellente, mais que la compétition était particulièrement forte cette année-là. Si vous pensez vraiment que ça veut dire que ma candidature était excellente mais que la compétition était particulièrement forte cette année-là, vous êtes probablement du genre à donner des ordres à ceux qui répondent à vos éternuements par "à vos souhaits".

Anyways, après qu'un cercle de p'tits cerveaux du ministère de l'éducation du Québec ait suggéré (ou alors menacé) de rendre l'enseignement de l'histoire au secondaire moins conflictuel, un peu tout le monde s'est mis à s'engueuler par lettres d'opinion interposées. On parle du comment, mais (peut-être parce que je suis loin et un peu dur d'oreilles) je n'en entends pas beaucoup qui cherchent à determiner pourquoi, voire même "si" on doit vraiment enseigner l'histoire au secondaire. Regardez mon courage, mon coeur d'airain, j'ose poser les vraies questions. D'ici pas longtemps on va me donner l'animation d'une émission d'affaires publiques à TQS.


On prend un premier appel, monsieur De Champlain, de Boucherville:

"Oui, alors euh, moi, euh,je pense que oui euh. Il faut donner une certaine culture générale à nos jeunes..."
Monsieur De Champlain: De un, l'expression "nos jeunes", c'est l'étape qui précède immédiatement "dans mon temps"; vous êtes en passe de tomber dans les radotages de moins en moins compréhensibles et de plus en plus noyés de bave dégoulinante en attendant que la gentille infirmière vienne vous donner votre bain hebdomadaire. Surveillez votre langage, ça pourrait vous sauver la vie.
De deux, un peu de culture générale, peut-être, mais aussi un peu de cynisme, que diable! L'école québécoise fait lire des romans jeunesse à des élèves de cinquième secondaire; c'est un lieu où la culture générale y consiste à pouvoir identifier la religion dominante en Israël ou le nom du compositeur du Boléro de Ravel. Non, ne vous faites pas trop d'illusions, les élèves du secondaire qui veulent de la culture générale s'en trouveront eux-mêmes (comme ils le font depuis des générations) tandis que les autres vont plutôt regarder la fin de Loft Story. Prochain appel, celui de madame Le Duc de Côte des Neiges.

"Perspective historique, monsieur, il faut leur donner une perspective historique. Qu'ils s'aperçoivent qu'ils ne vivent pas au début et à la fin du monde."
Madame Le Duc, ô madame Le Duc, je suis tellement d'accord avec vous que mon bouton de pantalon vient de sauter. Oh oui, il faudrait donc... Il faudrait aussi que les hommes vivent d'amour et qu'il n'y ait plus de misèèèèèère.
Laissez-moi prendre un petit ton (encore plus) docte (que d'habitude) et vous indiquer qu'après sept ou huit ans à étudier l'histoire à temps plein, je commence seulement à avoir l'impression d'une certaine perspective historique. De la demi-douzaine d'individus qui m'ont enseigné l'histoire avant d'entrer à l'université, aucun ne possédait ce que je considère comme une perspective historique d'un niveau acceptable pour un historien (ou pour une historienne, d'ailleurs). {Sérieuses carences dans les qualifiations} PLUS {nombre d'heures d'enseignement hebdomadaire ridiculement bas} PLUS {"eille, ça me tente pas, là, j'en ai fait cinq minutes, là, j'm'en va fumer, ostie"} ÉGALE rêvez toujours, je rêve avec vous.

On s'en va à la pause publicitaire, et dans quelques jours on revient avec notre prochain appel, celui de monsieur Ringuette de Schefferville...

(à suivre)




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