15 mai 2006

Les joies de la traduction

Depuis quelques jours, je redécouvre les joies d'être historien. Puisque je suis un être torturé, pessimiste et masochiste, je les redécouvre en faisant autre chose qui est, en fin de compte, bien pire que mon propre métier.

Cet autre chose, c'est la traduction d'un quelconque truc pour un conglomérat turc. Je sais, je sais, les théories de la traduction et tout le bataclan, de connaître la langue turque ne fait pas de moi un traducteur compétent. Eh bien justement, si mon incompétence peut foutre la merde dans les plans de ces chevaliers d'industrie de mes deux (mais quand même millionaires) sans trop qu'ils ne s'en rendent compte, considérez ça comme ma petit contribution contre le capitalisme. Et je ne crache pas sur le salaire non plus.

Anyways, toujours est-il que ça fait des jours que je nage dans le dynamisme et la qualité totale, et ça commence à me monter à la tête. Tellement que je viens de tomber sur ce document impérial Ottoman datant de 1456, soit trois ans après la conquête de Constantinople, et envoyé à des seigneurs locaux sur le point d'être conquis. Je vous en traduis des extraits aussi directement que possible:



L'Empire Ottoman est un leader en matière de recherche et développement. Il est à l'origine de l'infanterie professionnelle, en voie de devenir la norme européenne, et son expertise reconnue en matière d'artillerie lui assure un taux de succès élevé en matière de sièges.

Sa longue expérience dans l'administration d'une population à la fois Chrétienne et Musulmane donne à l'Empire Ottoman une expertise sans égal en matière de décentratisation. Une série de kanunnâmes (codes de lois) adaptés aux traditions régionales permet de répondre aux besoins spécifiques de chaque marché.

L'Empire Ottoman a également mis en place de projets communs avec des partenaires dynamiques. Une série d'accords commerciaux avec des figures de proue en matière d'échanges internationaux, tels Venise et Gênes, assure une rentabilité maximum à l'organisation.

Les succès de l'Empire sont reconnus sur la scène nationale et internationale; notons entre autres le titre de "Souverain des deux mers et des deux continents" décerné pour une troisième année consécutive au sultan de l'Empire, Mehmet II, par l'Association des Courtisans de Mehmet II. Cette reconnaissance s'ajoute à une longue liste de titres et d'honneurs qui ne manquera pas de s'allonger dans les années à venir.

Soucieux d'offrir à ses sujets une administration hors pair, l'Empire Ottoman a développé un système innovateur pour le recrutement de personnel, le devshirme. Des levées ultra-sélectives effectuées à intervalles réguliers dans les provinces des Balkans assurent à l'empire un avantage marqué en matière de ressources humaines.

L'expansion géographique phénoménale de l'Empire Ottoman au cours des 150 dernières années s'est traduite par une intégration verticale qui en fait aujourd'hui un empire-monde. Ce statut exceptionnel lui permet de subvenir sans intermédiaire à tous les besoins de ses sujets. Il permet également une flexibilité sans égal dans l'attribution de gouvernements provinciaux; les seigneurs locaux qui se soumettent volontairement au sultan peuvent ainsi maintenir un statut social élevé tout en s'intégrant harmonieusement aux traditions administratives de l'Empire.

Se soumettre à l'Empire Ottoman, c'est faire partie d'une équipe gagnante!

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