28 juin 2006

Singeant I: La revanche des trisomiques

Bon, d'accord, autant vous l'avouer, l'ordre exact ne me revient pas exactement. Mais j'ai quand même de nombreux souvenirs des festivités du week-end dernier. Tenez, par exemple, une scène mémorable:
Assis dans un restaurant vietnamien, je porte mon t-shirt à l'effigie d'une équipe de football turque. Dehors, sur Prince-Arthur, des péruviens de mes deux se font aller la flûte de pan alors que passent devant eux des supporters de l'Argentine et du Brésil. La plupart des gens discutent du grand événement de la journée, les qualifications pour le Grand Prix de Formule Un.

Bienvenue à la Saint-Jean 2006.

* * *

Quand je me suis retrouvé en Bulgarie le 3 mars dernier (une longue histoire, je vous épargne les détails qui sont, comme ça arrive souvent avec la Bulgarie, à peine racontables), je n'ai pas eu à chercher leur Fête nationale de la Libération très longtemps: la ville débordait en rouge et en blanc (je sais, je sais, ils ont aussi du vert sur leur drapeau; mais j'ai vu seulement du rouge et du blanc sur la rue, j'imagine que le vert a dû rester chez lui ce jour-là, ça lui arrive souvent d'être malade). Mais Montréal, peut-être un peu mal à l'aise avec ses chiffons, a résolument pris le parti de laisser les drapeaux au Dollarama.

Je l'ai cherchée, donc, et ça m'a pris du temps mais je l'ai trouvée. En seulement que celle que je cherchais et celle que j'ai trouvée sont deux créatures fort différentes. Celle que je cherchais, bien sûr, était la fête nationale du Québec. Celle que j'ai trouvée, eh bien, c'en est une autre, une autre qui m'a fait regretter certaines de mes affirmations passées.

Celle que j'ai trouvée était une toute jeune fille, autant vous l'avouer tout de suite. Une toute jeune fille se tenant juste devant la scène d'une fête de quartier où un groupe pas mauvais du tout jouait de la musique ethnique de Blancs (roque enrôle). Et elle souignait, comme disent les commentateurs de ce genre de choses, elle souignait en grand.

Ça m'a frappé tout simplement parce que, Francofolies à l'appui, il appert qu'il est illégal de s'énarver au Québec. Ouaip, le fameux peuple qui se fait un point d'honneur de mépriser le reste de l'Amérique du Nord pour cause de manque de "sens du party" a une fâcheuse tendance à assister à un show de reggae ou de musique-traditionnelle-avec-des-tamtams en restant drette comme un piquette, un peu comme si chacun avait un standing aristocratique à préserver et un panier de bananes en équilibre sur la tête.

Or donc ladite jeune fille se laissait aller complètement sur une musique que, bon, vous ne l'avez pas entendue, mais elle contenait assez de sueur rythmée et d'énergie fluide et de a-han a-han yeah yeah baby pour coller parfaitement avec les mouvements de hanches endiablés de la petite à bout de souffle.

Endiablés, c'est bien le mot. Parce que quand on associe des thèmes sexuels à une jeune trisomique (au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, c'est un punch), le Diable ne doit pas être très loin, comme le sait tout bon catholique (le bon athée, pour sa part, s'attend plutôt à voir débarquer un ministre conservateur albertain, mais c'est pas moi qui a bâti votre schéma cognitif, eh).

Ben s'il faut parler du Diable, je pourrais vous dire que ce mélange à l'arrière-goût sordide (merci Omnikon, tu as changé ma vie) m'a fait penser à Ratamahatta de Sepultura, ou Heart of Darkness: La rencontre de deux mondes qui tirent leurs légitimités respectives d'horizons radicalement opposés.
Exemple: La pureté de l'innocence dans la déficience intellectuelle, oui. La bass raccoleuse qui vous convainc, vous et peu importe ce qui forme la deuxième moitié de votre couple, de retourner chez vous à la course avant la fin du show pour vérifier s'il ne resterait pas encore des draps à salir, oui aussi. Les deux ensemble, y'a ben juste moi pour oser ne serait-ce que les placer dans le même paragraphe.

Bon, avant que vous n'envoyiez mon portrait robot à tous les programmes d'intégration à l'emploi (6'2", corps d'athlète, cheveux blonds en brosse, étudiant au doctorat curieusement obsédé par l'idée de se trouver une job dans un centre de recyclage), laissez-moi vous assurer que ceci n'a rien d'une exposition de mes fantasmes. Je suis toujours aussi disponible à recevoir les courriels enfiévrés de jeunes filles dotées d'un nombre standard de chromosomes (avec photos, mineures s'abstenir). C'est ça, pressez-vous pas.

Non, ce que j'essaie de dire, c'est deux choses. De un, j'ai traité les membres d'un groupe de rap de seconde zone de "trisomiques" dans mon dernier texte, et je réalise que ça n'était pas une insulte comme ça aurait dû l'être (ou en tous cas pas une insulte pour les rappeurs en question). Et de deux, ben, vous savez quand vous voyez des éducateur-trices spécialisés (et souvent même "ées") qui arrivent à la télé juste au moment où vous avez vraiment envie d'écouter quelque chose d'intéressant ou au moins d'instructif mais là eux prennent la place avec leur sourire béat et commencent à vous dire pendant quinze minutes que c'est donc difficile la vie et que le gouvernement discrimine à l'os et sous-paye et que même des gardiens de zoo gagnent plus qu'eux (sauf ceux de Québec, évidemment) mais que c'est tellement un beau métier et que ces enfants-là, pleins de bonne volonté et d'amour, ils ont tellement à nous apprendre, là?

Ben maudite marde, y'avaient raison.




2 commentaires:

Anonyme a dit...

Demande spéciale

Dans un pamphlet ultérieur, j`aimerais bien que vous vous attardiez (litérallement... je blague) à l'importance de ''faire la teuf''.

Dans plusieurs de vos posts, vous semblez suggèrer que l`art de l`intoxication organisée participe au développement social-moteur-intellectuel,etc des adultes déjà adultés (trop paresseux pour vous citer correctement).

Sex (une fois par semaine), drogue (surtout des tylenols) et rock and roll (Jean-Pierre Ferland).

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Pas une mauvaise idée du tout. Je laisse passer ça à travers mes quatre estomacs et j'y reviens d'ici une semaine ou deux (ou trois ou quatre)...