06 juillet 2006

Singeant II: La seule musique vraiment ethnique

Bon, mettons les choses au clair: Je sais que les mots n'ont pas la même signification pour tout le monde, que vous avez eu une jeunesse saucée dans les drogues dures et que pour vous le mot "flashback" désigne d'abord et avant tout à cette facheuse habitude qu'ont, de temps à autre, vos Mini Wheats d'éclater d'un rire démoniaque lorsque vous les noyez de lait. Je le sais, mais en toute honnêteté je m'en fous: si je vous parle de flashback, je veux simplement dire que je reviens sur les dernières semaines. Mangez vos céréales (avant qu'elles ne se mettent à danser) et continuez à lire ce que j'écris juste pour vous.

[Écoutez: j'ai même engagé une harpiste pour faire la transition temporelle...]


Or donc revenons dans les temps anciens, il y a quelques semaines, aux Francofolies. Aux Francofolies, où j'ai découvert la seule scène ethniquement pure de tout le site. Je m'étais promené d'un bout à l'autre du festival, j'avais subi du mauvais hip hop (et apprécié du meilleur, Manu Militari), entendu de la chanson française qui (devrait) se cherche(r un peu plus fort), assisté à toutes sortes de musiques plus ou moins francophones en compagnie d'une foule aux origines tout ce qu'il y a de plus hétéroclite. Tout le monde s'amusait ferme et, j'en suis convaincu, aurait dansé si ça n'avait pas été interdit.

J'ai donc déambulé en long et en large avant de découvrir ce petit groupe ethnique isolé devant cette scène cachée dans un racoin de la rue Clark, un petit groupe abandonné comme un calendrier de Loto-Pompiers 1986 dans le garage d'un vieux Grec de St-Léonard (il l'avait acheté pour les photos, mais y faut pas en parler).

Flash-forward (non non, ce ne sont pas vos Mini Wheats qui vous montrent leur petit côté givré) jusqu'à la St-Jean. Le groupe qui fait si bien danser la petite trisomique de contes de fées a terminé sa prestation et un vieux bonhomme quelconque s'avance sur la scène pour nous annoncer que c'est le party. Sans attendre la confirmation de la part de l'assistance, il s'asseoit et se met à nous rapper un air traditionnel québécois en bois franc.

Je suis un être contemplatif, que n'ai-je besoin de vous le rappeler (ou quelque chose du genre). Je pense beaucoup, même quand je suis en public, et j'étais justement à ce moment-là emporté dans un flot méditatif. Or donc j'ai pensé.

J'ai pensé que cette musique traditionnelle était précisément celle qui unit, la dernière qui réussit à faire (plus ou moins volontairement) danser tout le monde. Peut-être parce qu'elle vient de loin, peut-être parce qu'on en vient aussi, peut-être même parce que les enfants sont là et qu'on veut montrer qu'on est encore jeunes. J'ai souri en moi-même, me demandant combien de temps le "trad" survivrait dans un monde qui change si vite. J'étais dans un flot méditatif, vous disais-je, je ne me suis même pas rendu compte de l'épouvantable cliché qu'est "un monde qui change si vite". Pour éviter de trébucher sur un quelconque concitoyen (je suis esclave de la drogue peut-être, mais encore capable d'urbanité), j'ai ouvert les yeux.

J'ai regardé autour de moi et me suis rappelé que l'audience de cette même musique traditionelle québécoise, aux Francofolies, était d'une pureté ethnique à faire peur. Pure la laine, je vous dis. Cette fois c'était pire, l'audience n'existait même plus: tout le monde considérait le rigodon qui allait bon train comme une sorte d'interlude, un bon moment pour aller se chercher une bière (ou deux, ou douze, comme disait Renaud).

Alors puisque je me permets si souvent de chialer contre les Québécois (zé les Québécouaaaazeeeuuu) de type "souche" (i.e. le chang de leurs anchêtres a chessé sous che ciel), permettez-moi de sauter la clôture et de mettre pour une minute mes pantalons de coton ouaté d'un vieux réactionnaire: Dites-donc, chers amis, j'ai rien contre le raï et la chansonnette malienne, mais y'a pas un genre de vague style de début de commencement de situation bizarrement débalancée quand on fait des festivals pour célébrer les cultures multicolores des grands-parents de ceux qui sont sortis de chez eux et sont devenus nous et qui, en fin de compte, ne sont pas furieusement intéressés par la culture de mes grands-parents à moi?

Fâchez-vous pas, je posais seulement une question. De toute façon j'entends vos Mini Wheats qui vous appellent.

1 commentaire:

Robert Igname a dit...

À force de se faire répéter à tous les jours qu'on est pas "québécois de souche", on développe une certaine méfiance par rapport à cette souche. Et quand cette souche manque d`estime ''personnelle-collective'', est névrosée et toujours sous le choc d`un passé colonisé, elle est d'autant moins attirante.

R.I.