31 juillet 2006

Les casques bleus à San Andreas

Il y a une rumeur qui court (à tout le moins dans ma tête) selon laquelle je négligerais ce blogue en faveur de jeux vidéos. Tout à fait fausse, d'ailleurs, et ce pour deux raisons. De un, elle contient un pluriel de trop. Le PlayStation II si perfidement gentiment mis à ma disposition par un ami en migration transitoire n'est ces jours-ci dédié qu'à la redécouverte perpetuelle du génie de Grand Theft Auto: San Andreas. Un simple jeu, dites-vous? Que nenni! Un jour, l'humanité comprendra le rôle de ce chef d'oeuvre dans le profond changement de perception de la réalité annoncé par Walter Benjamin il y a 70 ans (il ne faisait que regarder des photos de la Joconde, alors que vous pouvez vous immerger dans un monde parallèle où tout piéton est une victime potentielle, bande de chanceux). Et de deux, je ne fait pas que jouer, j'écoute aussi la télévision de temps à autre. Pour me reposer.


J'ai déjà chanté ailleurs mon amour de la radio de Radio-Canada. À la télévision, c'est encore mieux: Leur taux de cravates/minute nous assure qu'il y règne un professionalisme à tout casser.

Juste un petit exemple, le Téléjournal qui l'autre jour nous offre un tableau de données démographiques ultra-précises sur les diverses communautés religieuses au Liban. Le fait qu'aucun recensement n'y ait été tenu depuis soixante-dix ans et qu'il ne s'agisse là que d'estimations plus ou moins solides? Par le fenêtre, les détails! Après tout, on nous indique une source digne de confiance pour ces chiffres, Wikipedia. C'est peut-être la même source qui les a poussés à illustrer, un peu plus tard dans le même bulletin, une nouvelle à propos de redéploiement de troupes en Irak à l'aide d'un drapeau libanais qui avait l'air de se demander ce qu'il faisait là.

Je ne connais rien à l'Afrique, rien à l'Asie et pas grand chose à l'Europe, mais je me doute que la fiabilité de l'information radio-canadienne n'arrose pas les bacs à fleurs de ces côtés-là non plus. Mais je vous vois qui prenez un air irrité, poussez un long soupir de déplaisir et me dites de laisser border, puisqu'après tout personne n'en meurt.

Justement, si.

Si vous lisez ces lignes, il y a de fortes chances que vous soyez membres d'une des organisations les plus puissantes au monde, à savoir l'opinion publique d'un pays qui s'est investi du devoir d'envoyer son armée mettre de l'ordre un peu partout dans cet immense merdier qu'est le tiers-monde. Il est aussi probable que vos opinions soient en large partie basées sur l'information offerte par Wikipedia Radio-Canada.

Moi aussi, j'ai une cravate (que je porte parfois même avec une chemise). Je lis Wikipedia et j'ai plusieurs diplômes universitaires, alors prenez-moi au sérieux quand je vous suggère d'aller manifester devant le consulat des États-Unis. Il existe en Californie une région où la police est corrompue à l'extrême, où n'importe qui vole n'importe quelle voiture à n'importe quelle heure de la journée, où l'argent gagné dans des courses de rues sert à acheter des fusils d'assaut qui finissent par faire exploser des hélicoptères de la police.

Qu'on envoie des casques bleus à San Andreas, ça presse.

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