20 septembre 2006

Le goût du thé

À peine quelques heures après être revenu à Istanbul, j'ai pris une gorgée de thé et quelque chose a cliqué, un peu comme la ceinture de sécurité d'une voiture dont on n'est descendu que pour quelques instants.

La voiture, ou plutôt la Turquie, je l'ai pourtant quittée pendant presque quatre mois. Quatre mois au cours desquels je n'y ai pas pensé beaucoup. Quatre mois sans donner beaucoup de nouvelles à mes amis qui habitent ici.


Et quand je suis en Turquie, c'est l'inverse. J'ai l'impression que mon entourage resté au Québec (ou éparpillé entre les arcades impérialistes britanniques et chinoises, m'enfin, c'est une autre histoire) s'efface un peu dans le background. Non pas qu'ils comptent moins pour moi. Non, c'est la fréquence plutôt que l'intensité de mes pensées qui diminue.

J'imagine que ce dont il est question ici, c'est l'influence de notre environnement direct -autant physique que social- sur notre mémoire. Poussée à l'extrême, on pourrait peut-être affirmer que quelque chose qui ne nous est pas constamment rappelé perd un peu de son existence. J'oserais même suggérer que, de ceux qui ont cessé d'aller à l'Église parce qu'ils disent ne pas croire en Dieu, certains retrouveraient la foi peu après avoir repris l'habitude de l'encens du dimanche matin. Évidemment, moi qui n'y suis jamais allé, je sens le diable, m'enfin passons.

Car ce n'est pas d'odeur qu'il est question ici, c'est de goût. Je sais depuis longtemps que le thé turc (qui est relativement peu exporté) ne goûte comme aucun autre. Jamais compris pourquoi, d'ailleurs, et je suis complètement incapable d'exprimer la différence avec des mots.

C'est peut-être précisément par cela que j'ai compris qu'habiter dans deux mondes, c'est les habiter alternativement bien plus qu'en parallèle: Pendant des mois, je me suis souvenu que quelque chose de spécial se cache au fond des verres à thé d'Istanbul, sans vraiment m'en préoccuper. Et puis d'un coup, à mon retour, le circuit s'est refermé comme s'il n'avait jamais été coupé.

Ouaip, bienvenue à l'Ambassade du Trépanistan à Istanbul, récolte 2006-2007. Avec ou sans sucre?





(Note à la bande de proustiens qui lisent ceci en attendant que leurs mères viennent les border: Je sais que ce que vous pensez mais non, elle viendra pas, la madeleine. Maintenant cessez de chialer, ça me tombe sur les nerfs).

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