19 décembre 2006

2043

L'inconvénient des choses qu'on ne remet jamais en question, c'est précisément qu'on se rend pas compte qu'on ne les remet jamais en question. Un jour, après quelques semaines ou plusieurs siècles, une nouvelle situation se met en place, un nouveau point de vue s'offre à nous et tout à coup on se rend compte à quel point les idées stagnaient.

Cette nouvelle situation, elle peut être le fruit de facteurs extérieurs. Les Australiens et les Néo-zélandais, par exemple, ont eu besoin de recevoir l'armée ottomane sur le coin de la figure pour se rendre compte qu'ils n'étaient pas si britanniques que ça, en fin de compte.

Mais on peut aussi lancer des pavés dans la mare. Les Belges, par exemple, en ont fait l'expérience plus ou moins heureuse avec des petits rigolos qui ont utilisé la télévision publique pour provoquer le débat, la semaine dernière.


"Provoquer le débat"... J'ai toujours un petit ricanement un peu amer quand j'entends dire qu'il y a un débat politique intense au Québec. Oh, bien sûr, il y a deux clans qui s'affrontent. Mais un débat? Ça demanderait des arguments, une évolution des options, un échange d'idées qui ne se limite pas à la rhétorique électorale.

En fait, il n'y a eu aucune évolution dans les idées politiques au Québec depuis trente-cinq ans. AUCUNE. La composition des deux clans a évolué, bien sûr, mais les idées débattues au début des années '70 ont été reformulées, jamais repensées. Pire, à chaque fois que l'occasion se présentait pour explorer des alternatives, les deux clans se sont entendus pour revenir au statu quo le plus vite possible.

Ce ne serait pourtant pas difficile d'en proposer, des idées qui changent les perspectives. Un idée, comme ça, juste un exemple: Un recueil de nouvelles écrites par des auteurs de toutes tendances politiques, dans lequel chaque histoire se déroulerait dans un Québec indépendant. Certaines seraient plus sombres, d'autres plus optimistes, reflétant les opinions de chacun des auteurs. Mais surtout, la création d'un monde alternatif demanderait beaucoup plus de réflection que la simple affirmation, dans un discours politique, que nous nous dirigeons droit vers l'enfer ou vers le paradis. Je ne veux pas savoir si telle écrivaine est souverainiste ou fédéraliste, c'est sans importance. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir ce qui l'attire ou la repousse dans l'idée d'indépendance du Québec. Ça permettrait peut-être de s'élever au-dessus du bi-dimensionnel, de rajouter de la profondeur dans nos discussions, de voir au-delà de cette ligne, si mince et si longue à la fois, qui s'étend entre Trudeau et Falardeau.

J'habite un pays, la Turquie, qui démontre de temps à autre un talent particulier pour le réactionnaire. Et pourtant, il y a ici des gens qui se battent pour offrir de nouvelles idées, pour aller au-delà des programmes politiques et repenser des positions devenues un peu trop confortables. Fichtre, ça vient même de leur valoir un prix Nobel de littérature! Un prof turc m'a déjà affirmé qu'un intellectuel, c'est quelqu'un qui offre un point de vue qui dérange tout le monde, même les gens qui se réclament de la même tendance politique que soi. Si on accepte sa définition, le seul vrai intellectuel québécois est mort il y a trois ans.

Mais, bon, faut toujours voir les choses du bon côté: C'est quand même confortable d'être déjà en mesure de se prononcer sur l'élection de 2043...




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13 décembre 2006

Moi, Pinochet, vous savez...

Franchement, je ne comprend pourquoi il y a des Chiliens pour pleurer la mort d'Augusto Pinochet. Je veux dire, contrairement à Juan Peron, il n'a même pas été capable de ramener une coupe Stanley.

(Pour ceux qui n'ont pas de mémoire historique, Juan Peron est une légende du hockey israélien et le mari d'une grande dame de la mystique juive.)


(Bande d'ignares.)
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11 décembre 2006

Voltaire, Casanova et moi

Quand on a annoncé que Orhan Pamuk gagnait le prix Nobel, j'en ai profité pour parler de littérature québécoise. Logique bizarre, esprit tordu: Pamuk prononce son discours d'acceptation, alors moi je... reparle de littérature québécoise. De trois histoires, en fait, les trois histoires que racontent les écrivains québécois.

La première, c'est l'histoire d'une femme d'un siècle passé, courageuse, indépendante, une femme qui brave les interdits de son époque au grand dam des suppôts de la misogynie qui y règnent en maîtres. L'auteure de l'histoire éclate d'un grand rire voltairien et annonce tout le mépris qu'elle a pour cette Grande Noirceur, ignorante de ses Lumières. Elle s'assure aussi, mais c'est sans importance, de ne pas comprendre les mentalités dominantes de l'époque dont elle parle.

La deuxième, c'est une histoire d'amour: une rencontre, une infidélité, une rupture. L'auteur est un Casanova qui n'ose pas danser, trop préoccupé qu'il est par les méandres de ses propres émotions. Il s'assure aussi, mais c'est sans importance, de rarement s'élever au-dessus du frivole.

La troisième, c'est une histoire de traumatisme, un viol, une tentative de suicide ou quelque autre sordide commerce où les notaires sortent leur côté sombre. Cette histoire est l'oeuvre du personnage principal, qui sait bien qu'on ne parle jamais que de soi, ce soi qui s'assure aussi, mais c'est sans importance, de ne jamais lésiner sur le mot "moi". Moi. Moimoimoimoimoimoimoi. Moi.


Certains disent qu'il n'existe que deux structures narratives: Le héros qui part en quête et l'étranger qui arrive en ville. La littérature québécoise est beaucoup plus complexe: on y retrouve trois histoires. Elle est aussi beaucoup plus raffinée, puisque ses trois histoires sont toutes tirées d'une chanson de Jacques Brel.

On dit aussi que la littérature québécoise est une littérature jeune. Moi, pour tout vous dire, j'espère que non. Parce que quand on est jeune, on finit toujours par vieillir. Et vous savez, monsieur le commissaire, plus on devient vieux, plus on devient...


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04 décembre 2006

Ewoks

J'adore Wikipedia, je vous l'ai déjà dit, on y apprend des choses fascinantes. Si vous allez voir l'article "Ewoks", par exemple, et que vous jetez un coup d'oeil vers le bas de la page, vous trouverez cette phrase stupéfiante (vite avant que ce ne soit "corrigé", après j'efface ce billet): "Moreover, there is an ewok going to a school in dorset under the title of a 'human boy'. His name is Harrison and often speaks Ewokese."

Ouaip, il y a un Ewok qui habite en Angleterre, et qui plus est il va à l'école et son nom est Harrison. Ça doit être vrai, puisque ça vient de la même source qui nous informe que, selon les fanatiques de Star Wars, les ewoks, ça fait pas sérieux (eh eh).

Évidemment, vous êtes des petits futés, vous ne vous préoccupez pas tant de la petite politique de cours d'école qui a transformé un règlement de compte contre un adolescent probablement très pileux en une vérité qui sort d'une encyclopédie. Non, vous, ce qui vous intéresse, c'est de savoir que diable allais-je donc faire sur la page Wikipédia consacré aux Ewoks.

Eh bien je... euh... ah, tiens, désolé, je dois vous quitter, y'a le téléphone qui sonne et y'a jamais personne qui y réponnne...


Mise à jour: Évidemment que ça s'est réglé dans le temps de le dire. Mais l'affirmation a quand même duré quelques jours. Jugez-en par vous-mêmes.
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03 décembre 2006

Duel: Le garagiste et l'ours

Je vous ai déjà fait subir quelque chose de similaire: Deux personnages pris au hasard (ou, peut-être plus exactement, dans les craques de divan de mon subconscient) et un thème qu'ils devront illustrer à travers une histoire écrite d'un seul jet. Alors on s'y remet:

Personnage #1
Un garagiste doué de pouvoirs miraculeux

Personnage #2
Un ours de cirque alcoolique

Thème à illustrer:
Les médecins spécialistes dans leur négociation avec le gouvernement du Québec.


Un des principaux problèmes de Régis le garagiste était sa capacité de comprendre le langage des animaux. C’est la raison pour laquelle il habitait la ville, d’ailleurs, parce que le chant des grillons le soir au bord du lac arrivait à ses oreilles comme la rumeur sulfureuse de la foule qui attend le discours du candidat de l’ADQ dans une élection partielle. C'est aussi la raison pour laquelle il exerçait la profession de garagiste, parce que le bruit des moteurs savait bien couvrir la rumeur de la faune. Régis travaillait dans un garage du centre-ville par besoin de tranquillité.

C’était pour retrouver l’époque -oh! bien avant qu'il ne devienne garagiste- où il avait assisté à tous les spectacles du Cirque du Soleil qu’il était venu assister à cette représentation d’une troupe ambulante dont le nom promettait tout à la fois le mystère et l’insalubrité d’une consonance balkanique. Et maintenant il était pris à écouter les jérémiades éthyliques d’un ours coiffé d’un feutre bavarois. Tout cela à cause de Guy Laliberté qui, en laissant sa marque sur le monde du show-business, avait réussi à lui faire oublier que l’on risquait de rencontrer des animaux en visitant un cirque.

Il blâmait Guy Laliberté, mais il devait aussi blâmer Dieu. C’était sans doute Ce Dernier qui avait fait de Régis un saint, profondément bon, incapable de tourner le dos à une créature en détresse. Et en détresse l’ours l’était.

« Non mais je l’ai-tu choisie, moé, c’t’ôôôôôôôstie de job-là? Y me fouettent, taborsfllrrreuh... »

L’ours s’interrompit un moment, fixant un point indéterminé à mi-chemin entre le sol et l’horizon. Un filet de bave coulait le long de ses babines. Régis en profita pour tenter d’insuffler un arrière-goût de cohérence dans l’haleine fétide de l’entertainer ursidé: « Je peux faire quelque chose pour toi? »

L’ours tourna un regard interrogateur vers Régis, comme pour lui demander comment on pouvait changer le sujet d’une conversation aussi radicalement et sans raison apparente. Cela ne dura que quelques secondes, puis il se remit à bafouiller.

« Grrrrr.... grrrrow... grrrrrrève. Y vaut vaire le grrrrrrève. J’essssssuis calumet, comme une haie de seins, médecin spéciaaaaal, spécial lisse, j’essuie désert vice z’étang ciels. Gomment guy donnent au zourses du zardin joologigue de Zan Guiédo? Gueulé le ça a l’air de mes côôôôôns frères? Zègjîîîîîgue le main... le m’haine traitement.» La patte levée vers le ciel, il prenait maintenant la pose d’un prédicateur vacillant. « J’essuie brizonillé d’un zestème hein... hein... heinjuuuuuste! Ma maaaaaa morose... morose sbires du zoo.. du zoozialitsme! » L’ours arrêta brusquement son discours et laissa son regard dériver hors-foyer. D’abord lentement, il commença à pencher vers l’avant et, accélérant son mouvement, ne s’arrêta que lorsqu’il fut face contre terre.

Régis le contempla pendant quelques instants. « Je ne pouvais rien faire pour lui, se répétait-il, rien, absolument rien. » Réalisant qu’il est rarement bon qu'une foule de curieux s'accumule pour regarder un ours grogner dans sa direction avant de perdre conscience, il s’éloigna vers le stationnement.

Son sentiment d’impuissance, au fil des minutes, fut remplacé par une colère sourde, une colère dirigée vers Guy Laliberté. Comment peut-on être aussi insensible aux conséquences de ses actes? En réinventant le genre, il avait fait de la présence d'animaux dans les cirques traditionnels une vérité cachée, un secret honteux que l'audience ne découvrait avec horreur qu'une fois le billet acheté. Il avait été dupé par un ancien hippie.

Régis avait, pour en témoigner, les souvenirs qui lui restaient des plus belles vacances de sa vie. Un mois passé en première classe, un mois entier au cours duquel il avait réussi à assister à pas moins de sept spectacles du Cirque du Soleil, sur trois continents. Un mois sans animaux pour l'embêter avec leurs problèmes.

C'était certes une autre époque, alors qu'il pouvait encore compter sur son salaire de périologue-patéticien. Il avait depuis tout abandonné, et pourtant ne regrettait rien. Car comme des centaines d'autres médecins spécialistes, face à la fermeture d'esprit du gouvernement du Québec il s'était libéré de l'esclavage de sa profession pour devenir garagiste.
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