11 décembre 2006

Voltaire, Casanova et moi

Quand on a annoncé que Orhan Pamuk gagnait le prix Nobel, j'en ai profité pour parler de littérature québécoise. Logique bizarre, esprit tordu: Pamuk prononce son discours d'acceptation, alors moi je... reparle de littérature québécoise. De trois histoires, en fait, les trois histoires que racontent les écrivains québécois.

La première, c'est l'histoire d'une femme d'un siècle passé, courageuse, indépendante, une femme qui brave les interdits de son époque au grand dam des suppôts de la misogynie qui y règnent en maîtres. L'auteure de l'histoire éclate d'un grand rire voltairien et annonce tout le mépris qu'elle a pour cette Grande Noirceur, ignorante de ses Lumières. Elle s'assure aussi, mais c'est sans importance, de ne pas comprendre les mentalités dominantes de l'époque dont elle parle.

La deuxième, c'est une histoire d'amour: une rencontre, une infidélité, une rupture. L'auteur est un Casanova qui n'ose pas danser, trop préoccupé qu'il est par les méandres de ses propres émotions. Il s'assure aussi, mais c'est sans importance, de rarement s'élever au-dessus du frivole.

La troisième, c'est une histoire de traumatisme, un viol, une tentative de suicide ou quelque autre sordide commerce où les notaires sortent leur côté sombre. Cette histoire est l'oeuvre du personnage principal, qui sait bien qu'on ne parle jamais que de soi, ce soi qui s'assure aussi, mais c'est sans importance, de ne jamais lésiner sur le mot "moi". Moi. Moimoimoimoimoimoimoi. Moi.


Certains disent qu'il n'existe que deux structures narratives: Le héros qui part en quête et l'étranger qui arrive en ville. La littérature québécoise est beaucoup plus complexe: on y retrouve trois histoires. Elle est aussi beaucoup plus raffinée, puisque ses trois histoires sont toutes tirées d'une chanson de Jacques Brel.

On dit aussi que la littérature québécoise est une littérature jeune. Moi, pour tout vous dire, j'espère que non. Parce que quand on est jeune, on finit toujours par vieillir. Et vous savez, monsieur le commissaire, plus on devient vieux, plus on devient...


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