21 décembre 2007

La fin du monde est au Bas St-Laurent

Platon a vécu il y a vingt-quatre siècles dans ce qui est aujourd'hui la république grecque. Ibn Rushd (mieux connu par ici sous le nom d'Averroès) a vécu au 12e siècle dans ce qui est aujourd'hui l'Espagne. En vertu de l'endroit où ils sont nés, tous deux seraient aujourd'hui citoyens européens mais l'un est présenté comme un des fondateurs de la civilisation occidentale alors que l'autre est considéré comme un étranger. Pourtant, il est impossible d'établir une définition de l'Europe qui exclurait Averroès et inclurait Platon.

L'argument, présenté dans un article dont j'oublie le titre et l'auteure (mais vous devriez le lire, c'était très très bon), visait à montrer à quel point la définition de l'Europe utilisée pour refuser l'entrée de la Turquie dans l'UE est artificielle. Mais à mon avis il démontre aussi quelque chose qu'on ne nous enseigne pas à l'école: La discontinuité historique entre l'antiquité et la Renaissance, le fait que ces deux moments historiques se soient produits dans deux civilisations différentes. Aristote n'est pas plus européen que moyen-oriental. Socrate côtoyait des marins venus d'Égypte et d'Asie Mineure, mais n'aurait jamais accepté de définir sa propre civilisation comme incluant les territoires qui sont aujourd'hui l'Angleterre et la Scandinavie (terres de barbares!). La Renaissance n'a pas été la renaissance d'une civilisation antique, mais bien la naissance d'une nouvelle civilisation.

* * *

J'ai enfin vu L'âge des ténèbres l'autre jour. Je pourrais en faire une critique détaillée, mais je ne réussirais qu'à reproduire l'essentiel du film, à savoir une longue litanie de chialage qui gagnerait à faire plus court. C'est d'autant plus décevant que l'attention et l'intelligence que Denys Arcand consacre à l'Histoire m'a toujours impressionné.

Mais la trilogie d'Arcand tombe totalement dans le panneau ethnocentrique qui réclame la propriété occidentale de l'antiquité gréco-romaine comme un PDG réclame des indemnités de départ. Et, bâti sur de telles bases erronées, le film ne peut que se conclure sur une solution tout aussi erronée.

Dans L'âge des ténèbres, le personnage de Marc Labrèche est accablé par la déshumanisation d'une société bureaucratique et les obsessions mégalomano-matérialistes qui nourrissent la superformance de sa femme (meilleure agente immobilière, "catégorie deuxième couronne" au Canada). Il finit par trouver une forme d'équilibre dans la simplicité volontaire et le rejet des fantasmes que lui imposent les médias. En clair, il débarque au Bas St-Laurent et se met à peler des pommes pour une dame qui pourrait être une propriétaire d'auberge ou la gourou d'une secte. Le message est clair: C'est la règle de saint Benoît qui va nous sauver, c'est dans les monastères que la civilisation sera préservée à travers l'âge des ténèbres qui s'amorce.

Le problème, c'est que si nous -l'Occident contemporain- disparaissons, nous ne renaîtrons jamais. Si un âge des ténèbres s'installe sur notre civilisation, ceux qui en seront les premiers artisans seront ceux qui se seront retirés du monde (à l'image du personnage de Marc Labrèche) plutôt que de tenter d'aller chercher une renaissance en s'abreuvant à des sources culturelles différentes.

Sur ce, joyeux noël en direct du Bas St-Laurent, où je pèle des pommes en attendant la fin du monde.


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14 décembre 2007

Bye bye les Maos

Un matin d'hiver du milieu des années '90, je suis monté avec quelques dizaines de mes collègues cégépiens dans un autobus, direction Québec. Nous allions manifester contre une quelconque hausse de frais de scolarité, et pour l'occasion j'avais pris soin d'apporter une copie du Petit Livre Rouge de Mao Tse Toung (leader chinois comparé, selon la légende, dans un travail de session de l'université locale à un autre grand leader chinois au destin surprenamment parallèle, Mao Zédong, m'enfin, c'est une autre histoire).

J'étais un peu embêté: J'allais devoir brandir ledit Petit Livre Rouge en cachant une partie de la couverture, le bout où était apposée l'étiquette de la bibliothèque. Vous voyez à quel point le capitalisme pervertit: J'avais honte de ne pas posséder ma propre copie.

Quoi qu'il en soit, je n'ai pas eu à dissimuler la cote Dewey du Grand Timonnier aux yeux de quelque matraque à la solde du Capitalisme puisque nous ne sommes jamais arrivés à Québec. Quelque part sur la 20, une tempête s'est levée et, bon, vous savez, les assurances, l'inconfort de rester pris dans un banc de neige, le prix d'une remorqueuse assez solide pour dépêtrer un autocar de luxe, valait mieux ne pas prendre de risque. Merde à la révolution, nous somme revenus chez nous tranquilos.

* * *

C'est un concours de circonstances qui a permis à l'esprit des années '60 de m'assaillir par tous les côtés depuis une semaine ou deux. Vu I'm Not There, un film vraiment extraordinaire (et accessible même si votre éducation Dylanesque se résume, comme la mienne, à être réveillé tous les dimanche matins de votre adolescence par le paternel qui se tape Blonde on Blonde dans le tapis sur le stéréo familial). Tombé par hasard sur l'album Rejoicing in the Hands de Devandra Banhart (qui réussit le premier enregistrement d'odeur en format mp3, en l'occurrence l'odeur du patchouli). Vu Commune, un documentaire sur une, euh, expérience sociale (tout nu tout nu tout nu, pas de bas) dans le nord de la Californie duquel je retiens de profondes leçons de vie (par exemple: vivre entouré de chèvres est fichtrement plus cool que vivre entouré d'étudiants au doctorat en histoire). Et je mentirais si j'affirmais ne pas être jaloux.

Jaloux de la chance que la génération de mes parents a eu de se sentir sur le bord d'un changement historique assez fondamental pour régler tout les problèmes sociaux, une révolution dont il bénéficieraient particulièrement puisqu'ils y auraient participé. La chance de devenir sinon des héros, du moins des gens enfin libérés de, bah, à peu près tout ce qu'il était possible de dénigrer dans la société où ils avaient grandi, de l'autorité, du fardeau d'avoir à travailler, des vieilles règles de comportement sexuel et de la musique de Tino Rossi (ces deux derniers éléments étant d'ailleurs plus directement liés qu'on le croit --l'horreur, l'indicible horreur). Jaloux de ceux qui ont pu aller faire la bamboula sur psychotropes pendant un an ou deux et revenir comme si de rien n'était, gracieuseté d'un programme ministériel quelconque, à temps pour prendre l'ascenseur vers le haut de l'échelle salariale.

Mais, bon, si vous insistez vraiment pour une petite dose de mauvaise foi, je peux toujours ajouter que jaloux, je ne devrais peut-être pas l'être. L'époque qui nous entoure demande un peu plus de jugeotte que celle du RIN. Finie la belle ligne droite qui séparait les bons des méchants, un côté menant vers des lendemains qui chantent, l'autre côté vers les réactionnaires dont l'existence expliquait à elle seule pourquoi lesdits lendemains n'étaient pas encore arrivés.

Aujourd'hui, nous avons bien sûr droit à un sale tas de problèmes mais surtout (et c'est là le charme pervers de notre époque) à aucune solution toute faite. L'armée américaine essaie de dissuader le président d'aller en guerre. L'ADQ a réinventé le nationalisme de droite au Québec. La machine capitaliste qui avale tout le monde sur son passage est un pays qui se réclame des enseignements communistes de Mao Tsé Toung et de Mao Zédong (mais permet encore la diffusion du Petit livre rouge en pdf pour gratos). C'est une époque, autrement dit, qui impose de penser et qui nous permet d'exprimer des opinions originales sans se faire accuser d'être un maudit-réactionnaire-qui-écoute-du-Tino Rossi.

Et, soyons honnêtes, c'est aussi une époque qui permet de passer son après-midi sur le Nintendo quand la tempête empêche l'autobus de se rendre à la manifestation.


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07 décembre 2007

Bing bang, Yale dans vos oreilles en deux coups de cuiller à pot

Les historiens, c'est comme des chiens de Pavlov, quand ça voit un phénomène historique bing bang ça te crache une explication en deux coups de cuiller à pot. Et si jamais un rival dans la profession a déjà donné la même explication, pas de problème, bing bang ils te prouvent le contraire en moins de temps que ça prend pour rédiger une thèse de doctorat (bon, d'accord, ça prend un peu de temps mais le résultat reste le même).

Exemple de phénomène historique analysable: Le monde, y connaissent rien. Ou, en termes plus académiques, le taux de pénétration de connaissances de niveau universitaire dans la population en général a toujours été relativement limité.

Phénomène historique bonus: Bev Oda est une exception, dans la mesure où elle peut mesurer le taux satisfaction des Afghans par rapport aux services de l'armée canadienne mieux qu'on sondage d'opinion effectué auprès des Afghans en question.

Je suis historien, je suis comme un chien de Pavlov, quand je vois un phénomène historique bing bang je vous crache une explication en deux coups de cuiller à pot. Je reviendrai à la question bonus, mais pour ce qui est du monde qui ne connaissent rien, la réponse est facile: ceux qui n'ont pas beaucoup de connaissances universitaires, ce sont ceux qui n'ont pas de formation universitaire. Et plusieurs raisons peuvent empêcher l'accès à une formation universitaire, la plus importante étant probablement la pression financière de trois années ou plus à payer des frais de scolarité plutôt que de recevoir salaire. Pour le fils d'un patron, c'est les vacances, pour la fille du restaurant c'est les sueurs pis les clients. A vla di da di, vla di di dlom...

(OK, petite parenthèse ici pour vous avouer la vérité (pour faire changement): Je suis un converti. J'étais naguère un fan fini des produits Macintosh, je faisais partie du club Apple de ma région avant qu'Internet n'y arrive et, plus généralement, j'étais convaincu d'être supérieur au reste de l'humanité. Un jour, un truc terrible m'est arrivé (genre, je me suis tanné d'être pris pour un imbécile), je me suis converti au Côté Obscur et j'ai renié mon passé (sauf la conviction d'être supérieur au reste de l'humanité, subitement renforcée). Et comme tout bon converti, je suis devenu un opposant radical de mon ancienne foi. Fin de la parenthèse, qui n'apparaît ici que pour expliquer pourquoi je méprise iTunes.)

Or donc je méprise iTunes, mais il existe "iTunes U". iTunes U, c'est une série de cours universitaires (et pas n'importe quoi: Stanford, MIT, Yale, bref le gratin) offerts sous forme de balladodiffusions audio ou vidéo. Ouaip, l'accès direct au contenu des cours, comme si vous y assistiez en personne. Et le nombre de cours offerts en ballado augmente de façon exponentielle à chaque semestre. La seule attrape, c'est qu'il faut installer le logiciel iTunes sur son ordinateur. Mais autrement, tout est gratuit. Tout est gratuit quand on a le diable de son côté.

Et nous voilà de retour dans les Temps Anciens --dans ce que les Temps Anciens avaient de plus noble, quand l'éducation se faisait en public et que se joignaient au groupe des étudiant qui voulait. Ouaip, il est maintenant possible de prendre des cours à Berkeley pour gratos, ce qui demeure relativement pas cher.

Et si jamais ça ne fait pas augmenter de façon tout aussi exponentielle le taux de pénétration des connaissances de niveau universitaire dans la population en général, foi de chien de Pavlov, on trouvera bien une explication alternative.

* * *

Oh, et pour la question bonus, c'est tout aussi facile à expliquer. Il y a deux possibilités: Ou bien Bev Oda est une Jos Binne qui a présenté un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor, ou bien les gnomes sont dotés de perception extra-sensorielle.

Vous voyez bien que je le mérite, mon doctorat.


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30 novembre 2007

La passion de l'administration

"J'ai la passion de l'administration"

OK, je vous vois sourire. Et si vous ne souriez pas, vous devriez. "J'ai la passion de l'administration", c'est le genre de chose qu'on affirme pour se convaincre soi-même plutôt que son interlocuteur, le genre de tentative désespérée de se faire accroire que l'argent n'était pas le seul facteur qui vous a amené jusqu'au M.B.A. Vous vous souvenez de cette campagne publicitaire qui essayait de nous convaincre que c'est vachement cool d'être comptable agréé? Ouais, "la passion". Et c'est précisément le même genre de passion qui va bientôt être la seule qu'il me reste pour la politique québécoise.

Tout a commencé avec une observation de génie. Le génie, c'est Chantal Hébert, analyste politique qui prouve qu'il peut parfois être légitime, voire même naturel d'admirer une analyste politique. Son observation peut sembler banale, mais elle a cette qualité qu'on trouve chez les esprits les plus brillants, l'aptitude à formuler précisément une impression que bien des gens avaient déjà sans pouvoir mettre le doigt dessus: La politique québécoise est de moins en moins alignée sur l'axe souverainiste-fédéraliste, et de plus en plus sur l'axe gauche-droite. Observation toute simple, simple constat de réorganisation du débat, mais une réorganisation qui m'arrache le cœur.

OK, vous avez été sages, vous méritez un cube ou deux d'autobiographie; n'allez pas dire que je ne vous gâte pas: J'ai grandi dans un antre de séparatisses. Mes parents sont d'anciens membres du RIN, des gens qui crachaient allègrement sur les beautés de la bourgeoisie Westmountoise et les fleurons de l'Empire Britannique, des activistes avides d'enlever Nos Rocheuses à leurs enfants. Y'en a même qui disent que certains de leurs amis ont été arrêtés pour sympathies terroristes au cours de cette vague de justice qu'a été la loi martiale d'octobre 1970. Et moi, bon, c'est psychologique, j'ai comme qui dirait poussé du même bord, affirmant mes immorales couleurs en devenant membre du Parti Québécois à 17 ans. Séparatissssssssssss. L'horreur.

Or donc en grandissant dans un contexte comme celui-là, la politique a toujours été pour moi le théâtre dans lequel allait vivre ou mourir un projet, un objectif, celui d'enfin pouvoir dire que mon pays est le Québec et rien d'autre. La politique était un chemin vers la souveraineté, d'abord et avant tout.

Ça, c'est quand on va quelque part. Mais la réorganisation dont je parlait plus tôt, elle tasse le projet vers la marge, pour laisser la place à deux tendances, la gauche (pauvre multi-récidiviste, tu n'es qu'une victime qui demande de l'aide) et la droite (laissez crever les BS, ça leur apprendra). Le projet (qui peut être réalisé ou non) disparaît au profit de la tendance (qui peut être réalisé plus ou moins), l'utopie au profit de l'administration. C'est un point à l'horizon qui s'évanouit, un point où s'animaient toutes sortes de fantasmes de monde meilleur (qu'ils aient été réalistes ou non), un objectif pour lequel il était particulièrement agréable de s'enflammer.

Mais, bon, il est temps de sombrer dans le réalisme. Avis à tous les amateurs de politique québécoise: c'est l'heure de développer votre passion de l'administration.


* * *

En passant, amateurs d'égalité des sexes, devenez des super héros vous aussi. Allez faire un tour sur le site de recrutement des Comptables Agréées du Québec et, quand vous entendez la musique groovy vous chatouiller les oreilles, visitez la section "Avez vous ce qu'il faut?" (4e bouton). On vous y posera des questions sur votre relation avec la tonte de pelouse et les jeux vidéos si vous êtes un petit garçon, ou le gardiennage d'enfants si vous êtes une petite fille.

Et si vous êtes asexuels, "mesurez-vous à leur [troisième] quiz". En donnant les réponses qui vous définissent comme quelqu'un de paresseux, affligé de crétinisme et foncièrement malhonnête, on vous invitera quand même à joindre le monde des affaires.

Bah, tant qu'on a la passion...


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23 novembre 2007

J'ai le droit à mon opinion, c'est ben correct

S'il y a un peu de salive qui coule le long de mon menton, c'est que je me suis payé Loft Story trois fois dans la dernière semaine. Mes trois premières fois. Dites ce que vous voulez, moi je pense que j'ai vu l'avenir de la télévision d'information: Pas besoin d'improviser des nouvelles à propos d'événements qui peuvent se produire à n'importe quel moment, à deux milles de la station ou dans un village au bout d'un rang, ou alors ne pas se produire. Avec Loft Story, tout se passe dans le studio, tout arrive quand on veut qu'il arrive, et on utilise les mêmes technologies, les mêmes techniques, voire même le même personnel pour produire cette émission que n'importe quelle autre émission d'information. Si vous croyez en l'évolution, la bête que je vois est une forme de vie mieux adaptée à son milieu que Le Téléjournal. C'est mon opinion.

Si vous croyez en l'évolution, vous devez voir dans le réseau TQS un organisme qui évolue pour être mieux adapté à son environnement. Tout comme les premiers êtres multicellulaires étaient à la fois une combinaison d'êtres unicellulaires et une étape ultérieure dans l'évolution par rapport à ceux-ci, les compagnies médiatiques sont à la fois un regroupement d'individus mais aussi une forme d'organisation de la vie d'une complexité supérieure à celle des individus. Toi tu penses ce que tu penses, moi je pense ce que je pense, pas obligé d'être d'accord avec moi.

L'avantage évolutif, on peut l'obtenir en étant mieux adaptés à son milieu, ou alors en étant plus efficace à adapter son milieu à soi-même. Le castor qui a le plus de chances de survie est celui qui est le plus efficace à construire un barrage. De la même manière, la compagnie médiatique qui survivra et réussira le mieux est celle qui fera de la plus grande partie de la population son audience. Je suis comme ça, moi, je dis les choses comme elles sont.

En fait, si Québécor TQS réussissait à faire passer une loi qui imposerait à chaque Québécois le choix entre écouter Loft Story ou servir en Afghanistan, ce serait une preuve de sa capacité adaptative, une preuve que la théorie de l'évolution est une théorie qui se tient. Non non, moi je dis la vérité comme je la vois, je suis de même, essaye pas de me changer.


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16 novembre 2007

Dis merci, le jeune

Or donc il y a une bande de petits gauchistes barbus qui manifestent à l'UQAM pour empêcher les frais de scolarité d'augmenter. OK, "bande de petits gauchistes barbus", vous vous dites que le vieux con que je suis devenu va se mettre à cracher sur notre belle jeunesse.

Eh ben non. Moi je suis pour ça, la jeunesse --c'est pas parce que j'ai perdu la mienne dans un recoin poussiéreux de bibliothèque que ça me donne une raison d'être contre. Pire encore, je suis plutôt sympathique à leurs revendications. En fait, leurs problèmes viennent de la même source que les miens: C'est le même sous-financement du système universitaire qui pousse à une augmentation des frais de scolarité et qui me pousse à rester aux États-Unis parce qu'il n'y a pas de job pour moi au Québec (je suis une fuite de cerveau, et ça coule plutôt vers la droite). Tant qu'il n'y a pas de ressources à partager, on demeure victimes du même bourreau. Après, j'espère bien que les autorités universitaires mettront leurs priorités à la bonne place pour que je ramasse le motton.

Sauf que moi, vous me connaissez, j'aime pas vraiment ça être d'accord avec les gens --même temporairement. Et heureusement j'ai réussi à trouver quelque chose qui me chicote dans le discours des étudiants de l'UQAM.

Flashback de deux générations. Deux de mes grands-parents grandissent dans un milieu rural, familles immenses, obligés de quitter l'école avant le secondaire pour des raisons économiques. Rien de très original pour l'époque, seulement la tragédie personnelle et résignée de deux personnes brillantes, travaillantes, qui seraient allées jusqu'à l'université avec enthousiasme et grand succès si seulement le système dans lequel elles sont nées avait rendu la chose possible. Mais non, va travailler à l'atelier, aide ta mère à tenir maison, sinon c'est la famille en entier qui va s'écraser sous son propre poids. Petites tragédies comme il y en a eu des millions d'autres au Québec, donc, et comme il y en a des milliards d'autres ailleurs dans le monde.

Fast-forward de soixante-dix ans. Le Québec est devenu l'endroit en Amérique du Nord où l'éducation universitaire est la plus abordable. Une université comme McGill, aux États-Unis, imposerait des frais de scolarité de 20,000$ par an. Ici, c'est dix fois moins.

Je ne crois pas qu'on doive nécessairement prendre le système universitaire américain en exemple, même s'il est le meilleur au monde en termes de niveau académique. N'empêche. Il faut quand même constater la chance extraordinaire que nous avons, le cadeau exceptionnel que la société québécoise s'est donné à elle-même. Et c'est justement là que j'ai ma petite irritation. Oui la hausse proposée des frais de scolarité va rendre encore plus difficile la vie de gens que leurs études universitaires mettent déjà dans une situation financière précaire. Mais ces mêmes personnes, ailleurs dans le monde ou dans la génération de mes grands-parents, n'auraient jamais même osé imaginer avoir accès à une formation universitaire.

Ce dont je parle ici, c'est un sens de la responsabilité. Le simple respect pour ceux qui n'ont pas notre chance. Le Québec devrait être, de très loin, la société la plus scolarisée en Amérique du Nord. Les étudiants des universités québécoises devraient avoir la gratitude tatouée sur le front et travailler comme des malades pour profiter du cadeau que leur fait le système.

Mais un cadeau, c'est un cadeau. Ça vaut toujours moins cher quand on nous l'a donné. Ce qui m'enrage, en fait, c'est que la qualité du travail des étudiants québécois augmenterait probablement si on augmentait les frais de scolarité. À 20,000$ par année, ça deviendrait beaucoup plus difficile de se dire que bah, tsé, là là si je passe pas ce cours-là, ben j'vas en prendre un autre, faut pas capoter, là là, chus juste pas super motivé, c'est pas de ma faute...

OK, lumière verte, vous pouvez maintenant commencer à me traiter de fasciste. Mais j'ai rien contre les revendications des petits gauchistes barbus. J'aimerais seulement qu'une espèce d'impression de gratitude les motive aussi radicalement que la grève pendant le reste de l'année scolaire.


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09 novembre 2007

Une saison dans la vie des Québécois

Un spectre hante le Québec: Le spectre d'Hérouxville. Toutes les petites âmes, de l'ADQ à Françoise David, se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer les accommodements déraisonnables et sauvegarder les valeurs fondamentales du Québec. On en a des opinions divergentes, mais tous s'accordent pour désigner l'énoncé des "Normes de vie" d'Hérouxville -avec son interdiction formelle de lapider et brûler des femmes avec de l'acide sur le territoire de la municipalité- comme la genèse de cette discussion.

Comme bien des genèses, le texte original du document est loin de ce qu'est devenu le débat. Non seulement parce que le texte lui-même a changé (les références à la lapidation et à l'acide sont disparues --y'en a qui ont peur de rien), mais aussi parce qu'on a un peu oublié que son objectif premier était d'expliquer ce qu'est la vie au Québec. Tentative d'explication épouvantablement maladroite, certes (à moins que, pour vous, être Québécois se résume à des garçons et des filles qui se baignent ensemble dans des piscines publiques et un étalage de boucher qui inclut "boeuf, poulet, agneau, porc, etc."), mais tentative quand même.

Dans un pays ordinaire, ce genre de tentative de définition collective (immédiatement suivie d'une critique virulente) serait en bonne partie la responsabilité d'une certaine élite littéraire, un groupe d'écrivains politiques à la V.S. Naipaul, Toni Morrison ou Orhan Pamuk. Mais le Québec n'est pas un pays ordinaire. C'est un pays avec relativement peu d'histoire et encore moins de littérature. Quand j'explique à des amis étrangers que les écrivains québécois se tiennent loin des thèmes politiques, la plupart croient que je me fous de leur gueule. Si seulement... D'accord, il est excusable pour le Québec de ne pas avoir d'écrivain nobélisable du calibre de Naipaul, Morrison ou Pamuk (quoi que, faut vraiment pas avoir lu Pamuk pour lui donner un Prix Nobel). Mais qu'aucun de nos écrivains ne tente de le devenir, c'est franchement pathétique.

Anyways, si ce n'est pas votre première visite sur ce blogue, vous savez que j'ai réponse à tout. Pas d'exception dans ce cas-ci. J'ai trouvé le texte qui tue, celui qu'on devrait faire lire aux immigrants pour leur expliquer comment ça se passe par chez-nous plutôt que de leur imposer les divagations d'une bande de conseillers municipaux effrayés par la religion arabe. Et c'est pourquoi la prochaine lecture imposée par Immigration-Québec sera... [Roulement de tambour]: Une saison dans la vie d'Emmanuel, de Marie-Claire Blais.

Oui, enseignons ce que nous sommes à cette bande d'exciseurs, de lapidoptères, d'opposants à la saine cohabitation des hommes et des femmes sur les pistes de ski de fond, expliquons-leur de quoi est fait notre peuple. Disons-leur ce qui est bon, les familles de 16 enfants, la haine sourde qui traverse les générations, la résignation à une vie morne comme le ciel d'une toile de Lemieux, l'Église catholique qui embaume les cadavres, l'intimité qui se transforme toujours en viol et la mort qui se glisse sous la porte la cuisine avec le vent d'hiver.

Et dormez tranquille, je peux confirmer que les Hérouxvillains avaient raison: Une saison dans la vie d'Emmanuel ne contient absolument aucune invitation à brûler des femmes avec de l'acide.


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02 novembre 2007

La Vérité sort de la bouche de Jos Binne

Si j'étais exilé sur une île déserte et qu'on ne me permettait d'apporter qu'une chose, je choisirais la Commission Bouchard-Taylor. Une commission, deux commissaires, au-dessus d'une centaine de mémoires. C'est assez d'entertainment pour me durer le reste de ma vie. C'est aussi une source de savoir inépuisable, une source à laquelle j'avais vraiment besoin de m'abreuver.

Et à force de m'abreuver, j'ai enfin atteint le stade ultime de la sagesse, j'ai découvert où habite la Vérité. La Vérité habite le Québec. En fait, elle loge dans le cerveau de ces Jos Binne que j'ai vus intervenir à la Commission, dans un isolement humide qui favorise sa germination.

Les Jos Binne, ils s'inquiètent de ce symbole de l'oppression des femmes qu'est l'imposition du foulard islamique. ÉVIDEMMENT que c'est une forme d'oppression qu'on impose aux femmes musulmanes. Presque toutes les phrases qui le mentionnent commencent par "nous savons tous que", "bien sûr" et autres "il va sans dire".

"Il va sans dire"? À mon avis, il devrait peut-être aller en disant. En disant par exemple d'où il tient cette information exclusive. En disant aussi comment il explique que les victimes dont il est question ici ont surtout peur d'être sauvées.

J'ai habité la Turquie pendant trois ans, un pays à 98% musulman. Si vous lisez les journaux turcs, vous verrez presque chaque jour s'y étaler un débat qui fait rage autour du foulard islamique. Cherchez, dans ce débat, quelles sont les différentes opinions à propos de l'imposition du foulard.

Cherchez, vous ne trouverez pas. Le débat porte sur l'interdiction de porter le voile dans les universités et les édifices du gouvernement, absolument pas sur son imposition à qui que ce soit par qui que ce soit. Remarquez, la moitié de l'opinion publique en Turquie est formée de femmes musulmanes. C'est peut-être ce qui explique pourquoi ladite opinion publique (à part quelques laïcistes extrémistes qui, s'ils étaient québécois, seraient Pierre Falardeau) considère que lesdites femmes sont capables de s'habiller elles-mêmes. Qu'elles sont dotées du libre arbitre. Qu'une approche dans le genre SPCA ("pauv'-p'tit-minou-t'es-tout-crotté-tu-fais-
pitié-tu-peux-rien-faire-tout-seul-y'a-juste-
moi-pour-te-sauver") est au mieux de mauvais goût et au pire profondément méprisante.

Vous me direz que la violence conjugale est loin d'être rare en Turquie. Tout à fait exact. Je dirais même plus, dans un contexte où le mari est beaucoup plus souvent qu'au Québec le seul salarié de la maison, de nombreuses victimes sont retenues prisonnières par dépendance économique, forcées de tolérer l'intolérable. Mais la dépendance économique n'est pas un caractère fondamental de l'Islam.

Petit exercice: Essayez de trouver une pratique sociale ou un trait culturel qui:
-Dépasse le domaine du strictement spirituel;
-Est omniprésent en Indonésie, en Azerbaïdjan et dans le nord du Nigéria; et
-Est inconnu Thaïlande, en Géorgie et dans le sud du Nigéria.

Si vous trouvez quoi que ce soit, félicitations, vous venez de découvrir un caractère essentiel de l'Islam. Allez partagez votre découverte avec le Jos Binne susmentionné, "il va sans dire" qu'il le savait déjà. Et venez aussi me le dire, parce que moi ça fait seulement onze ans que j'étudie le monde musulman et je serais totalement incapable d'identifier un tel caractère essentiel.

Remarquez, à force d'écouter les compte-rendus quotidiens de la Commission, la Vérité va peut-être finir par me rentrer dans le coco.


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26 octobre 2007

Autochtones, faibles d'esprit et gens de même nature

Une grande partie des nouvelles du Québec me passent par les deux oreilles. Via balladodiffusion, s'entend, La Première à la carte de Radio-Canada pour être précis. Et des fois, un peu au-dessus de mes deux oreilles, y'a des cheveux qui se dressent sur ma tête.

Or donc dans l'édition du 19 octobre de ladite balladodiffusion, on entend le criminaliste Jean-Claude Hébert qui explique ainsi à René-Homier Roy les inconvénients d'un changement dans les procès de délinquants sexuels (audio disponible ici, deuxième à partir du haut, à environ 2:00):

"C'est que si vous avez des gens qui sont par exemple faibles d'esprit, démunis, des autochtones, des gens de cette nature-là qui sont accusés d'avoir commis des gestes répréhensibles, comment peut-on se fier sur le fait qu'ils pourront avoir les ressources nécessaires, l'habilité pour démontrer le contraire de ce dont on prétend qu'ils sont..."

Wow.


OK, petit cours d'histoire:

D'abord, un groupe de colons débarque, prend possession des terres, tant pis pour ceux qui y étaient déjà.

Ensuite, le groupe de colons se multiplie, impose sa religion et sa culture aux autochtones, et en massacre une partie pour faire bonne mesure.

Au bout de quatre cent ans, les envahisseurs mettent sur pied une commission itinérante pour décider qu'ils n'ont rien à apprendre des cultures des nouveaux immigrants: Si le multiculturalisme canadien promeut les différences culturelles, si le melting pot américain les intègre à la culture dominante, le modèle québécois s'enorgueillit de les rejeter du revers de la main.

Et quand quelqu'un suggère sur les ondes de la radio nationale que "faibles d'esprit", "démunis" et "autochtones" sont des gens de même "nature", personne ne réagit.

Merde.

D'accord, je crois comprendre ce que voulait dire Hébert, et je ne suggère pas qu'il ait été inspiré par une quelconque conviction que les Amérindiens sont biologiquement stupides --en fait, son commentaire suggère plutôt une attitude empathique qui reconnaît l'impact de certains problèmes sociaux..

Mais sa formulation, elle, n'est pas simplement malheureuse, elle est totalement inacceptable. Sans tomber dans les excès, il demeure que c'est une affirmation qui demande des excuse, à tout le moins des explications.

Et pendant que les 'immigrants de dixième génération' se gargarisent de leur supériorité morale sur le reste de l'humanité, pendant qu'on ne trouve rien à redire d'une expression comme "faibles d'esprit, démunis, des autochtones, des gens de cette nature-là", eh ben, personne ne se pose la question:

Les accommodements qu'on a imposés aux amérindiens, ont-ils quoi que ce soit de raisonnable?


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19 octobre 2007

Bonjour Groupe (et bye bye principes)

Des fois, on a un problème et une âme charitable s'offre à nous pour le régler; des fois, c'est le docteur Jacques Chaoulli qui veut nous mener vers la Terre Promise. Son site web le dit, l'existence du Groupe Chaoulli (remarquez l'expression "Groupe", qui a pour objectif de donner une image chaleureuse et anti-corporative à l'entreprise) aura un effet profondément positif sur l'accessibilité aux soins de santé au Québec.

J'a déjà habité la Terre Promise dont il est question ici. Cette terre s'appelle Turquie, ou alors États-Unis. Dans les deux cas, il est tout à fait juste d'affirmer qu'un système de santé à deux vitesses permet un accès rapide à des soins de santé de qualité égale ou supérieure à ceux du système québécois. Un petit bobo et vous voulez consulter un médecin spécialiste dans les 24 heures? Ça m'est déjà arrivé, et je vous garantis que l'expérience n'a rien de désagréable.

Évidemment, l'assurance santé demeure de l'assurance: il faut savoir lire les petits caractères. Un tel accès est "permis", mais certainement pas garanti à la population entière. Et affirmer que l'existence d'une alternative privée n'affecterait pas le financement du système public relève, au mieux, d'une touchante naïveté (et au pire d'un dangereux mélange de stupidité et de mépris). George W. Bush vient d'opposer son véto à l'élargissement d'un programme de soins de santé gratuits pour les enfants pauvres. La question qu'il faut poser aux partisans de Chaoulli, c'est d'abord et avant tout s'ils croient que Bush se serait aussi opposé à cette mesure si elle avait affecté ses propres enfants. Touchante naïveté, sans aucun doute.

Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu'il n'y a pas de problème. Mais il est difficile de trouver une solution valable à un problème quand on se méprend sur sa cause.

Je suis toujours fasciné par la capacité incroyable qu'a l'opinion publique québécoise d'ignorer les parallèles entre ses propres problèmes et ceux d'autres pays. On radote sur le thème du vieillissement de la population, mais on ignore qu'un débat constant entoure aussi le financement des soins de santé aux États-Unis. Dans un pays où ledit financement se fait d'abord et avant tout à travers les employeurs, pas de raison de concentrer le blâme sur les baby-boomers en marchette.

Il y a des dizaines de facteurs qui contribuent à l'insatisfaction face au système de santé québécois, mais l'un d'entre eux, à mon avis central, semble ignoré de tous. Télécino: Dans le film Sicko de Michaeol Moore, on décrit le cas ultime d'injustice, un type qui perd deux doigts dans un accident et dont la compagnie d'assurance refuse de couvrir les frais pour qu'on les lui recouse. Stupeur, indignation et pétition de trois cent soixante-quinze mille noms pour que justice et annulaire soient rendus. Merci Télécino.

Injustice, oui ou non. Il y a cent ans, un multimillionaire ayant subi le même accident n'aurait jamais rêvé de se faire recoudre un doigt --et encore moins les deux.

En fait, c'est la conjonction de deux principes qui cause une bonne partie de nos problèmes. D'une part, l'accès aux soins de santé doit être universel et uniforme. D'autre part, cet accès doit inclure les tout derniers développements de la recherche médicale, faute de quoi il s'agit d'une injustice. Ces deux principes ne demeurent parfaitement compatibles qu'avec des budgets illimités.

La solution du Groupe Chaoulli n'est pas une simple alternative sans impact sur le système de santé public au Québec mais bien le choix de l'un de ces deux principes (accès au meilleur traitement possible) au dépens d'un autre (accès universel et uniforme). L'existence même du Groupe engage la population québécoise au complet, en transformant la décision d'un petit groupe de personnes en choix de société.

Oh oui, pour une modique somme vous aurez un accès rapide à des soins prénataux de qualité. Vos enfants naîtront toujours aussi libres, mais n'auront plus besoin de naître égaux.

* * *

André Drouin, le Hérouxvillain en chef, demande l'indépendance du Québec pour enlever à quiconque le recours de la charte canadienne des droits et libertés. Et il ajoute "Regardez ce qui se produit dans d'autres pays; n'attendez pas trop longtemps".

André Drouin n'offre pas seulement un modèle de société, il représente aussi un nouveau modèle d'action politique: Il met la population en garde contre lui-même. Et vous osez encore ne pas le trouver sympathique?


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12 octobre 2007

La cérémonie traditionnelle du Falardeau

Quand je me réveille après un cauchemar en plein milieu de la nuit (quelque chose qui met en scène Richard Martineau, je vous expliquerai un jour), quand une voiture me passe sur les pieds et m'arrache un ongle d'orteil, quand il fait tempête et que je m'ennuie de ma maman et que je pleure, j'ai seulement à penser aux délires de colonisés de Pierre Falardeau et autres Raymond Villeneuve. Et soudainement je souris, comme si je venais de prendre une toune de country québécois au sérieux ("Il fait soleil dedans mon coeur/O toi ma douce/Mon p'tit Jésus/Yodlayihi...")

Ce qui me rassure, que dis-je, ce qui me réjouit chez Falardeau et consorts, c'est l'effet de comparaison. Je me souviens d'un cours de CÉGEP où, à la suite d'un débat sur la peine de mort où nous avions contré tous ses arguments, une collègue de classe avait baissé les bras en affirmant que "Eille, si on pense trop, on va finir par capoter". Visiblement, y'en a qui pensent plus que moi.

N'empêche, jouons le jeu, imaginons si le Québec était colonisé. Pas juste une petite ingérence dans nos affaires gouvernementales, une vraie colonisation, avec la mission civilisatrice et tout. Et disons, pour maximiser le réalisme, que ceux qui nous colonisent sont des Indiens d'Amérique du sud.

Or donc les Amérindiens en question débarquent chez nous, mettent le feu au parlement, exilent le Premier Ministre Dumont au Texas (où sa carrière politique continue avec un succès aussi fulgurant qu'improbable), nous convertissent au chamanisme à grands coups d'ingestions forcées de psychotropes et donnent la strappe à quiconque est surpris à parler une autre langue que le quechua à l'école. Le bonheur règne sur le pays, les générations se succèdent dans l'allégresse et la chasse au tapir.

Ou pas. Un siècle plus tard, grosse rupture, une vague postcolonialiste s'empare des autorités Amérindiennes. Et là ça commence à suinter le remords, ça constate que les tentatives d'acculturation n'ont réussi qu'à moitié, ça décide de sauver la culture québécoise traditionnelle. Si vous pensez que la première phase était heavy, attendez un peu qu'on essaye de vous sauver.

"C'est vraiment horrible, la disparition des sociétés traditionnelles", qu'ils disent. "Imaginez toute la richesse de la connaissance sur les débuts du genre humain que l'on y perd, la diversité culturelle qui disparaît quand une langue qui n'est plus utilisée que par quelque grand-mère de Paspébiac pour se parler à elle-même."

Alors on s'assure que chaque paroisse québécoise ait son prêtre (un prêtre CATHOLIQUE, pas hétéroclite) et que chaque paroissien aille à la messe le dimanche. Finies les niaiseries, on vient sauver votre culture, un peu comme on sauve une espèce en voie d'extinction en créant un parc national. Tout changement culturel est une forme de défaite dans la grande guerre contre l'acculturation et l'uniformisation, et après nous avoir foutus dans la merde la société sudamérindienne progressiste fera tout pour nous ramener trois cent ans en arrière.

OK, on revient à la réalité. J'ai vraiment besoin d'expliquer ma métaphore?

"Ben non", que vous me dites (oh mes petits, j'apprécie votre perspicacité, j'apprécie), "on veut seulement qu'ils gardent leurs cultures, les gens du Sud, ça veut pas dire qu'on fait la promotion de l'obscurantisme".

Du genre, tape sur ton bongo et partage ta philosophie d'harmonie avec la terre-mère, mais t'avise pas d'avoir des rôles sociaux différents pour les hommes et les femmes. Tout le débat tourne autour de la différence essentielle entre les "bonnes valeurs traditionnelles" et les "mauvaises valeurs traditionnelles". Les bonnes, ce sont celles qui sont compatibles avec le programme de Québec Solidaire. Exercer une pression extérieure pour les réprimer, c'est du colonialisme et du génocide culturel. Les mauvaises, ce sont celles que QS veut corriger par l'éducation. Les "corriger", c'est une oeuvre de développement. Non non, rien de colonialiste dans cette tendance que l'on a à imposer aux autres de devenir une version idéalisée de nous-mêmes. Les missionnaires jésuites venus convertir les "Sauvages" au 17e siècle pensaient exactement la même chose. La seule différence était dans la classification de tel ou tel trait culturel dans l'une ou l'autre catégorie.

N'empêche, c'est vraiment dommage que le choix entre les "bonnes" et les "mauvaises" valeurs se fasse toujours par le pouvoir colonial. Moi, vu d'ici, vu de l'intérieur d'"un peuple soumis, un peuple vassalisé, un peuple inféodé à un autre", j'aimerais quand même avoir mon mot à dire. Parce que j'ai un peu peur que les autorités coloniales sudamérindiennes se mettent à penser que les idées de Falardeau sont de cette partie de notre culture traditionnelle qu'il faut protéger.

* * *

Oh, et en passant, félicitations à Al Gore. Maintenant que son oeuvre d'éducation a porté fruit, tout le monde a bien hâte de le voir prendre un bateau à voiles pour aller chercher son prix en Norvège.


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05 octobre 2007

Les aventures de Jésus en Alabama

Je fais face, comme qu'ils diraient, à un marché de l'emploi fortement marqué par son caractère horizontal. Non, je ne cherche pas une job plate. Ça veut simplement dire que dans mon domaine, il y a à travers le monde une dizaine de jobs disponibles à chaque année, et une douzaine de personnes qualifiées pour y postuler. OK, j'exagère un peu, mais le principe reste le même: on ne cherche pas un emploi dans la ville où l'on vit, on cherche l'emploi en sachant qu'elle nous demandera de déménager. Et compte tenu du financement universitaire au Québec (ou plutôt de son absence), j'ai l'honneur d'un gros coup de pied dans le cul: "Dehors, l'Ambassadeur, pas de job pour toi au pays des Hérouxvillains". Ça me donne le goût de revenir, tiens.

La situation n'a pas que des inconvénients. Elle me donne la chance d'envisager ma vie dans des endroits d'un exotisme tel que je réalise seulement aujourd'hui qu'ils existent vraiment. Et à chaque fois que je rencontre quelqu'un qui vient d'un tel endroit, j'en profite pour accumuler une masse d'informations pratiques et d'anecdotes croustillantes pour m'y préparer psychologiquement.

Samedi dernier, donc, je rencontre une étudiante en chimie qui a tout avantage à demeurer anonyme -surtout qu'elle vient de l'Alabama. Appelons-la Dixie. Parle-moi, Dixie, du pays de celui qui t'a faite.

Dixie, en fin de compte, ne semble pas super impressionnée par le pays de celui qui l'a faite. Je dirait même plus, elle les trouve un peu twits, les gens avec qui elle a grandi. Et c'est ainsi qu'elle me raconte cette croustillante anecdote.

C'était un jour d'école il y a quelques années, quoi que certaines réformes légales suggèrent que les choses ne changent pas vite dans le Sud Profond. Dixie se dirigeait gaiement vers le cours de français de Madame O'Hara (nom fictif). Mais à son arrivée à l'école elle trouva Madame O'Hara (nom fictif) au bord des larmes. "Quoi, uh, happen", demanda Dixie, dont le français n'était pas la matière forte, "que vous être pleurer?". Et Madame O'Hara (nom fictif) lui expliqua ce qui l'avait catapultée dans un état de choc.

Madame O'Hara (nom fictif) expliqua en reniflant un peu qu'elle sortait tout juste d'une conversation téléphonique avec la mère d'un de ses élèves, lequel avait été absent de son cours de français depuis quelques semaines. Et la mère du bambin ne s'en n'excusait pas. Que non. Elle avait même l'argument ultime pour justifier l'absence de son fils. Le punch final s'en vient, j'en profite pour vous rappeler que j'ai changé les noms, mais que l'anecdote est rigoureusement authentique.

"Mon fils n'a pas besoin d'apprendre le français. Jésus n'a jamais appris le français, il avait assez de l'anglais pour être notre Seigneur et Sauveur."


"...", dites-vous.

"Ouch", que vous rajoutez.

Et tout à coup vous vient l'envie de donner généreusement à la SPCA pour me sauver de l'horrible sort d'une carrière d'enseignement en Alabama. J'apprécie, m'enfin, j'ai quand même un peu peur qu'ils m'euthanasient à la hâte.

Évidemment, on peut prendre l'anecdote comme un moment typique du "processus d'identification d'une gang d'ostie de niaiseux", tel que défini par le philosophe québécois Peter Macleod. Je concède, et j'ajoute qu'on y prend plaisir (pour ceux qui seraient confus, la langue maternelle de Jésus était en réalité l'espagnol, mais l'Évangile apocryphe de Thomas raconte qu'après deux ou trois bières il se mettait à baragouiner le yiddish --le nouveau roman de Dan Brown porte là-dessus. Salivez).

N'empêche que la possibilité même qu'on puisse être convaincu que Jésus ne parlait qu'anglais en dit long non seulement sur l'existence de l'ignorance, mais aussi sur sa manière de réorganiser les informations que l'on possède quand même. Sans vouloir trop mélanger Thomas Kuhn et les ti-counes (si vous ne savez pas de quoi je parle, ha ha, osties de niaiseux!), il reste que nous avons tous tendance à organiser nos connaissances de façon à minimiser l'importance de la partie de l'histoire qu'on ignore, de faire des liens entre les trucs que nous considérons comme des faits pour maximiser la cohérence interne de notre vision du monde. Jamais entendu parler de l'araméen, mais je lis la Bible en anglais à tous les jours (je joue le rôle de la bonnefemme d'Alabama, là, je précise pour éviter que mon anticatholique de père se mette à capoter), donc Jésus devait parler anglais.

Et ce genre de constatation-là, il est utile de se demander comment elle s'applique à nous-mêmes. Rares sont les gens qui savent absolument tout (en fait, certains disent qu'ils n'existent pas mais je peux vous dire qu'il y en a exactement deux --je le sais parce que je suis l'un d'entre eux). Nous avons, m'enfin, vous avez tous certaines zones d'ignorance, et si il est facile de vivre sans se préoccuper de certaines d'entre elles (record de durée passée sans mentionner le nombre de poils sur un écureuil: 122 ans, 5 mois et 14 jours), d'autres ont une portée un peu plus sérieuse (existe-t-il un Dieu vengeur qui vous punira pour ce que vous étiez en train de faire avant-hier soir à 21h34 devant la télévision?). Et pourtant, que l'on sache ou non, on vit avec. Ce qui est intéressant, dans cette histoire, c'est précisément le mécanisme qui nous permet de "vivre avec", la forme de l'ignorance bien plus que sa simple existence.

Dans un sens, on a beaucoup à apprendre des ignorants. Malheureusement, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous. L'autre personne qui sait tout, eh ben, c'est André Drouin, intellectuel pénétrant et conseiller municipal d'Hérouxville.

* * *

André Boisclair hésite à revenir siéger comme simple député, et ça explique bien des choses à propos de son revers électoral. Le problème n'en était peut-être pas un de communication avec le public, mais bien de compétence pour le poste.

OK, je me cache derrière un pseudonyme, moi, mais je ne prétend pas mener un pays à son indépendance. Et je frémis rien qu'à imaginer les conséquences épouvantables d'élire comme premier ministre un individu tellement irresponsable qu'il préfère ne pas honorer un engagement de quatre ans envers ses électeurs (c'est pas une vie entière, ciboire!) pour éviter d'avoir à se retrouver devant des journalistes.

Oh, et au cas où vous y verriez un lien quelconque, l'Alabama a augmenté son support pour George W. Bush entre les présidentielles de 2000 et 2004. A wheel in the ditch, a wheel on the track, comme disait l'autre.


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28 septembre 2007

Je suis un peu comme une Afro-Américaine en prison (grâce au catalogue Sears)

C'est une image dont j'aime bien me rappeler, un de mes plus anciens souvenirs: Je dois avoir quatre ou cinq ans, l'âge de la maternelle au plus, et je suis assis sur les genoux de ma gardienne qui me fait la lecture.

Oubliez Miou-Miou et toutes les associations pédophilo-littéraires qui pourraient vous venir en tête. Ce qu'elle me lit, c'est le catalogue Sears.

Le catalogue Sears? Yes sir. Dans la maison où je me faisais garder, comme dans bien d'autres là où j'ai grandi (même si pas du tout dans celle de mes parents), les livres n'avaient jamais vraiment été une espèce en voie d'apparition. On possédait parfois un dictionnaire, encore plus rarement une Bible, mais rien qui puisse être qualifié de littérature. Même pas Marie Laberge, et pourtant elle en vend.


J'ai eu l'occasion de décrire cette scène, il y a quelques jours, à une prof du Midwest qui travaille sur les habitudes de lecture chez les femmes afro-américaines en prison. Pose pas de question pis t'auras pas de menterie: Ma vie est compliquée et je rencontre toutes sortes de gens aussi intéressants qu'improbables.

Anyways, quand je lui ai raconté mon histoire, tout fier de mon originalité, la prof en question a pris un air ébahi, puis elle a lâché le morceau: Des scènes presque identiques, catalogue Sears et tout, reviennent continuellement dans les interviews qu'elle mène dans les prisons de la Caroline du Nord à l'Ohio.

Elle m'a ensuite demandé pourquoi. Pourquoi le catalogue Sears? D'accord, il n'y avait pas d'autres livres dans la maison, mais il y avait quand même la télé, des jouets, je sais pas, moi, j'aurais pu aller m'amuser dehors, non? Et c'est à ce moment-là que j'ai réalisé que je ne savais pas; même si c'est moi qui exigeais cette lecture de ma gardienne, la raison qui me poussait à le faire ne fait pas partie de mon souvenir.

J'y ai repensé un peu par la suite, et je crois avoir compris pourquoi: Ce souvenir reste vivant en moi parce qu'il a valeur de symbole, parce qu'il représente la partie de mon enfance passée auprès de gens pour qui la lecture, comme bien d'autres activités intellectuelles, relevait d'un monde étranger. C'est le symbole, s'il faut être totalement honnête et pas trop poli, d'un monde dont j'ai l'impression de m'être sorti.

Tout ce qui se rattache à ce souvenir sans servir sa valeur de symbole (le moment de la journée, ce qui m'a poussé à faire cette demande ou les pages sur lesquelles nous nous sommes attardés), tout cela n'a tout simplement pas de raison de me revenir à l'esprit. Alors j'ai oublié.

Quand on parle d'histoire récente, la première moitié du vingtième siècle par exemple, on a souvent l'impression que c'est un passé que l'on peut toucher directement parce que les gens qui ont vécu cette époque sont encore là pour en témoigner. On oublie un peu vite que les souvenirs les plus vivaces sont les souvenirs qui ont une raison d'être, et que cette raison d'être en cache parfois plus long qu'elle en dit. Oui, bien sûr, la sombre soutane du frère qui nous enseignait en dixième année, symbole de l'emprise obscurantiste de l'Église catholique sur le système éducatif canayen-français. Mais cette image ne nous aide pas à comprendre l'expérience d'un type qui a abandonné son droit de fonder une famille pour finir par enseigner à des adolescents. Je dirais même plus, elle nous empêche de comprendre cette expérience.

Je suis retourné au catalogue Sears il y a quelques semaines, et l'expérience m'a encore une fois marqué. Une fois de plus, je me souviens, il y a un nouveau symbole qui se rattache à cette nouvelle expérience. C'est quelque chose d'un peu moins intellectuel, quelque chose d'un peu plus matériel:

Vraiment, y'a des gens qui sont prêts à payer trois cent piasses pour un rasoir?!?











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21 septembre 2007

Progrès, décadence et deux litres de Coke aux cerises

Vous me demandez quelle compagnie symbolise selon moi le mieux les États-Unis? Non non, ne protestez pas: Vous êtes toujours là, dans ma tête, à me poser des questions et boire mes opinions comme les chats employés d'une fromagerie boivent le petit lait. Et vous vous attendez à ce que je vous réponde "Coca-Cola" ou "McDonald's".

Que non, fichtre non.

Pour moi, la compagnie américaine par excellence, c'est 7-Eleven, la chaîne de dépanneurs qui a inspiré les Kwik-E-Mart des Simpsons.

Je n'avais jamais vu une telle chose avant d'arriver aux États-Unis. Pas qu'il n'y en ait pas ailleurs, j'en ai rencontré deux ou trois à Istanbul par la suite. Mais à Istanbul, les Kwik-E-Mart 7-Eleven vendent des döner kebabs. Et je ne suis pas capoté au point de choisir de la bouffe turque comme le grand symbole de l'Empire Américain.

Or donc 7-Eleven. C'est comme chez Dédé le Dépanneur, comme disait Plume Latraverse, t'achètes d'la réglisse rouge, du lait pis des comiques; du Kraft Dinner, du beurre pis des lastiques; des confitures, du Quik pis des Glosettes; d'la soupe en cannes pis du papier de toilette [etc. etc.]

Sauf que. De la liqueur. Pas juste un p'tit peu. Dans la population de goblets qui habitent près de leurs distributrices de boissons gazeuses, on trouve le bien nommé le Big Gulp (on dit bonjour au Big Gulp), qui contient 44 oz. Traduction: 1,3 litre. Avec une paille, et buvez votre coke au cerises avant que les bubulles disparaissent. Le Big Gulp n'est même pas le plus grand format, titre qui revient à son grand frère Double Gulp (qui va te casser la gueule, s'il est capable de se lever), près de deux litres de plaisir liquide. Et c'est sans compter les Go-Go Taquitos et autres variations sur le thème du hot-dog recuit saturé de gras. J'ai encore mal à l'estomac, bien des années plus tard.

Mais je ne peux pas nier avoir eu beaucoup de plaisir en compagnie de cette faune. En fait, ça a beau vous lever le coeur, le fait est que ce genre de bouffe-là, c'est bon (j'ai pas dit raffiné, j'ai dit bon; lâchez votre snobisme pavlovien de côté deux minutes et laissez votre Homer intérieur s'exprimer). Et sur le pouce, c'est super pratique.

Le 7-Eleven est un symbole, donc, mais pas exactement de ce que vous croyez. C'est d'abord et avant tout le symbole de tout un système culturel, économique et social, la forme la plus extrême du principe qui organise la plupart de la vie des Occidentaux: Si ça rend la vie plus facile, c'est bien. Répondeur téléphonique, siège ergonomique, services d'aide à l'emploi, systèmes de navigation GPS: à peu près toutes les innovations qui entrent dans nos vies ont pour objectif de rendre lesdites vies plus confortables. Certaines ont des effets secondaires néfastes (mon déménagement en Turquie, loin du 7-Eleven, m'a permis de stabiliser ma masse corporelle sous la barre des 275 livres), d'autres non (la haine que j'éprouve envers les produits Apple est une haine gratuite, sans aucune base rationelle).

Tout cela pour dire que nous élevons la facilité au niveau d'un idéal, peut-être pas l'idéal ultime mais certainement un facteur important pour différencier un mode de vie souhaitable d'un autre qui l'est moins. Et c'est à ce moment de l'histoire qu'on voit se pointer les petites dents tranchantes (et la grosse haie de moustache) de mononcle Friedrich.

Parce que Mononcle Friedrich, il dit que la facilité ramollit son homme (cent ans plus tard, il aurait rajouté "sa femme" aussi). Il dit que la facilité est la pire chose pour émousser la pulsion de vie qui devrait nous guider. Mononcle Friedrich, il a ceci de commun avec un autre méchant malade, Mononcle Osama (un méchant malade beaucoup moins excusable, mais on peut pas avoir tort tout le temps): Il n'a pas peur d'utiliser l'adjectif "dégénéré". Je vous expliquerais bien ce que ça veut dire, "dégénéré", mais ça me tente pas, là, c'est trop difficile pis y'a un film comique qui passe à Super Écran. D'ailleurs je pense que je vais me faire venir une pizza, je file pas pour cuisiner.

Ouaip, si 7-Eleven est le symbole des États-Unis dans mon esprit, c'est parce que c'est l'incarnation de la décadence, parce que c'est l'étendard derrière lequel le monde occidental en entier suit l'exemple américain sur l'autoroute à six voies (cinq d'un bord, une de l'autre) qui mène vers une vie plus confortable, l'étandard que le reste du monde tente aussi désespérément de suivre.

Mais si jamais vous avez l'occasion de goûter aux Go-Go Taquitos avec un bon petit deux litres de coke aux cerises, profitez-en, ça vous fera comprendre le sens profond de l'expression "assez écoeurant, merci".

* * *

Bravo à ceux qui ont compris ce que je voulais dire la semaine dernière: Si on a déjà été un petit peuple isolé et intolérant, rien ne garantit qu'on ne peut pas redevenir un petit peuple isolé et intolérant... ou que notre sentiment de supériorité actuel soit totalement étranger à notre passé de flambeau du Catholicisme en Amérique du Nord.

* * *

En réponse à Marc-André (qui demande comment j'expliquerais ce que je fais dans la vie à un jeune enfant): Je cherche toutes sortes de petits indices, comme un détective, pour essayer de découvrir comment les gens pensaient dans l'ancien temps.

Cela étant dit, certains documents incriminants suggèrent que c'est mieux de ne pas me laisser interagir avec des enfants en bas âge.

Et comme j'aime foutre la merde et imposer des défis insurmontables à tout le monde, je passe la tag à Jonathan (dont le travail sur la théorie des cordes demeure incompréhensible à 99,9% de la population adulte).

Eh eh.


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14 septembre 2007

Fondamentalisme chronologique (grand papa go home!)

OK, si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire que le fondamentalisme est une pathologie, et que la Commission Bouchard-Taylor est là pour nous en débarrasser.

Ou l'exprimer. La grande majorité des opinions qu'on entend jusqu'à maintenant sur le sujet se basent, implicitement ou explicitement, sur le principe que des valeurs telles l'égalité homme-femme définissent l'essence de la nation québécoise. Et je suis d'accord: le Québec d'aujourd'hui montre très large consensus qui affirme le droit universel à suivre le modèle traditionnel masculin (tout en sous-entendant sa supériorité intrinsèque sur le modèle traditionnel féminin --parlez-en aux hommes et aux femmes qui croient que leurs enfants méritent plus d'attention que leurs carrières).

Mais ce Québec, ce n'est pas le Québec dans lequel mes parents on grandi. Il y a moins de cinquante ans, les "valeurs fondamentales et intrinsèques" dont il est question ici (et que l'on érige en barrage contre certaines minorités) étaient loin de faire l'unanimité, ou même de rassembler plus qu'une minorité d'opinions. C'est précisément ce qui me tape sur les rognons, l'idée que le discours dominant actuel est le seul qui contribue à nous définir, que tout ce qui est venu avant n'était qu'une aberration qui n'a rien à voir avec notre nature profonde et surtout que l'état actuel des choses est destiné à demeurer intact jusqu'au Big Crunch. C'est, en d'autres termes, un manque flagrant de perspective historique, et ça relève du même processus psychologique d'aveuglement qui caractérise l'intégrisme et le totalitarisme.

OK non non non. Le chapelet en famille, les livres à l'index, les orphelins de Duplessis, je ne veux pas plus que vous y revenir. N'empêche que l'attitude essentialiste dont je parle ici a pour effet de rendre malsaine la relation que l'on entretient avec notre propre histoire.

C'est d'abord et avant tout une ignorance qui engendre l'ignorance. Si l'histoire sociale du Québec se résume à "Avant" et "Après" la Révolution Tranquille, on peut se permettre d'affirmer que pas grand' chose n'a changé dans la culture québécoise entre 1608 et 1960. Et si on affirme que pas grand' chose n'a changé dans la culture québécoise entre 1608 et 1960, on a vraiment une connaissance superficielle de l'histoire du Québec.

Mais ce sont surtout les ramifications de la place qu'on donne ainsi à la laïcité qui m'inquiètent. Sous-entendue dans tout ce beau discours essentialiste est la conviction que, dans l'histoire du Québec, la religion est un phénomène pathologique et extérieur à nous. Que le rôle central qu'a joué l'Église catholique dans l'éducation (et donc la transmission de la culture) au Québec comme un phénomène superficiel, un gros trou noir qui n'a joué aucun rôle dans ce que le Québec est aujourd'hui. Que la fréquentation de l'église par nos propres grands parents est le résultat soit d'une oppression extérieure, soit une trahison de la patrie, soit une forme de maladie mentale, mais certainement pas une expression de leur culture --une culture dont la nôtre est une descendante directe (forcément, hé!).

Les principes de laïcité qu'on veut imposer aux "minorités exotiques" (l'expression est vulgaire, mais décrit bien l'image que l'on a des gens qu'elle désigne) à travers la Commission Bouchard-Taylor, on doit prétendre y tenir mordicus pour qu'ils deviennent des principes qui guident nos lois. Et si on y tient mordicus sans y réfléchir, on doit l'appliquer de façon égalitaire, à l'Église catholique comme aux autres religions. Si on interdit aux étudiants de reprendre un examen à cause du Yom Kippour ou de l'Aïd al-Fitr, il devient difficile de donner congé à tout le monde pour le Vendredi Saint.

En d'autres termes, après avoir renié un pan entier de son passé, le Québec est en train d'en effacer les dernières traces vivantes par inadvertance, par effet secondaire de la haine que nous professons envers certaines religions qui nous sont étrangères (indépendamment de notre ouverture envers les gens qui les pratiquent). Et tout cela avec une conviction aveugle que ce qui existe maintenant est la seule base possible pour l'avenir.

Torpinne. Encore heureux que toute la pathologie se soit évaporée avec la Révolution Tranquille.

* * *

Ouaip, je suis de retour, comme promis. Deux changement -relativement mineurs- pour cette année:

De un, "L'Ambassade du Trépanistan" n'est plus "à Istanbul". J'ai retraversé la mare et j'habite maintenant les États-Unis. L'endroit précis est secret d'état, mais disons qu'il y a des grosses chances pour qu'on gagne la Série Mondiale et le Superbowl dans les prochains mois. Yankees suck!

De deux, je deviens hebdomadaire. C'était déjà plus ou moins le cas l'an dernier, mais c'est maintenant officiel, les billets de l'Ambassadeur paraissent les vendredis.

Une chose ne change pas: Je continue à être ben, ben content que vous veniez jeter un coup d'oeil à mes p'tits papiers...


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18 juin 2007

La fin de l'Ambassade du Trépanistan à Istanbul

Je suis tellement à la mode que ça en devient suffoquant. Regardez: Il y a deux ou trois ans tout le monde a fondé son petit blogue et j'ai fait de même. Maintenant la mode est plutôt au billet larmoyant qui annonce qu'on met un terme à son petit blogue. Ergo ce que vous avez devant les yeux.

C'est, à strictement parler, la fin de l'Ambassade du Trépanistan à Istanbul. Mais pas la fin de l'Ambassade. Non, en fait l'Ambassade du Trépanistan (mieux connue sous le nom de "je") déménage.

Je passe l'été à Montréal, et j'ai bien l'intention de le passer dans un état de délicieux engourdissement. Ce blogue ne se voulant ni délicieux ni engourdi, je mets donc la machine sur "pause" jusqu'à septembre, avec ce qui sera dorénavant l'Ambassade du Trépanistan dans la Grosse Ville Américaine (tant qu'à être à la mode, autant faire comme tout le monde et changer les noms propres par des Noms Communs Avec des Lettres Majuscules). Entre temps, je continue à lire les commentaires et courriels, et je vous offre un condensé de ce dont je m'ennuierai et ce dont je ne m'ennuierai pas d'Istanbul.


Je vais m'ennuyer de l'appel à la prière. Qu'on y prête l'oreille ou non, qu'on y prête de l'importance ou non, pendant deux minutes, cinq fois par jour, les quatorze millions de stambouliotes partagent une expérience commune: une bribe de poésie qui vient les chercher où qu'ils soient. À Montréal on met dix pour cent de la ville dans une rue une fois par été et on parle d'un événement rassembleur. Pffff...


Je vais m'ennuyer des vendeurs de CDs et DVDs pirates. Pourquoi louer quand vous pouvez acheter... avant même que le film sorte en salle? Avec en prime un vendeur fin cinéphile, dont le regard désapprobateur me rappelle à l'ordre quand je me laisse tenter par une grosse production hollywoodienne.

Je ne m'ennuierai pas de la hiérarchie sociale. La plupart des touristes qui visitent la Turquie pour la première fois ne la remarquent pas, parce qu'ils confondent rang élevé (que leur vaut leur statut d'étranger) et gentillesse universelle. Mais l'absence totale de respect qu'on se permet pour le serveur, la femme de chambre ou quiconque est considéré comme moins important devient rapidement très, très lourde pour un égalitariste québécois.

Je vais m'ennuyer des déjeuners. Tomate, concombre, olives, salami, fromage, pain, parfois un oeuf cuit dur et du miel. J'ai essayé de continuer la pratique ailleurs mais ça n'a jamais fonctionné. Le déjeuner est mon ancrage géographique le plus profond.

Je ne m'ennuierai pas des déjeuners. Si vous saviez combien de fois j'ai rêvé de mes deux oeufs tournés-crevés bacon (aaaaah, bacon!). Je retourne dans le merveilleux monde du surplus protéinique. Et -aaaaaaaaah!- du bacon.

Je vais m'ennuyer du barbier. Pour deux ou trois dollars, c'est la barbe mais c'est aussi un massage facial. Ce que vous venez de laisser tomber par terre? C'est seulement votre stress.

Je ne m'ennuierai pas de la bouffe. D'accord, la nourriture en Turquie est loin d'être mauvaise. Mais la diversité, même à Istanbul, est encore un luxe. Si je vais au mexicain, c'est parce que je file nachos. Pas parce que je veux impressionner tout le monde avec une nouvelle expérience interculturelle.

Je ne m'ennuierai pas de l'architecture. Béton béton béton béton. Ceux qui doutent que Montréal soit extraordinairement belle feraient bien d'aller prendre une marche dans un quartier résidentiel d'Istanbul. Ou de n'importe quelle autre ville de Turquie, d'ailleurs.

Je vais m'ennuyer de la densité de population. Même un beau samedi soir, les rues de Montréal me semblent toujours désertes. C'en est presque angoissant. Istiklâl Caddesi est large comme St-Laurent, piétonne (la plupart du temps) et couverte à chaque soir d'une foule assez compacte pour empêcher toute marche rapide.

Mais par-dessus tout, je vais m'ennuyer de la mer. Si le centre géographique de New York est un parc et celui de Montréal une montagne, le centre d'Istanbul est un bras de mer. De pouvoir se taper une petite croisière et du vent marin à vingt minutes d'avis, c'est un luxe extraordinaire.



À septembre,
L'Ambassadeur


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11 juin 2007

Ginette Reno, gouverneure générale du Canada (ou comment l'humanité oublie son enfance)

Peut-être que tout le monde est comme ça. Plus le temps passe, plus les expériences s'accumulent et plus les quelques souvenirs qui me restent de mon enfance ressemblent à des histoires que quelqu'un d'autre m'a raconté.

Peut-être que tout le monde est comme ça. Mais à ce point-là? J'en doute.

Rares sont les adultes qui habitent le même monde qu'ils habitaient enfants. Les individus changent, bien sûr, mais ils migrent aussi constamment vers une nouvelle époque. Si ce n'était pas le cas, l'Histoire n'existerait pas.

Et pourtant, il y migration et migration. Vers l'âge de huit ans, j'ai fait partie d'une équipe de hockey mineur parce qu'il aurait été impensable de faire autrement dans mon village (for the record: un match seulement, qu'on a perdu 12 à 1; j'étais défenseur, d'où le "un match seulement"). Ne pas essayer aurait été aussi impensable que d'aller s'installer, je sais pas, moi, à Istanbul.


* * *

La page couverture du magazine 7Jours vol. 16, no. 52 (22 octobre 2005) est ornée de photos de Ginette Reno, Marc Dupré, Stéphane Rousseau, Michaëlle Jean, Lise Dion et Isabelle Boulay. J'ai montré ladite page couverture à un certain nombre de mes amis et collègues ici, en leur demandant qui de ces six augustes personnages représente aujourd'hui la reine Elizabeth II dans le système politique canadien. La plupart des votes sont allés à Ginette Reno, quelques-uns à Stéphane Rousseau, absolument aucun à Michaëlle Jean. Certains présenteraient ça comme un argument pour ne pas donner le droit de vote aux étrangers.

N'empêche que ça donne une idée de la distance entre moi ti-boutte de huit ans et moi vieux con de trente ans, surtout quand la plupart de ceux qui voient Ginette Reno gouverneure Générale me connaissent mieux pour la piètre qualité de mes jeux de mots en turc que pour mon incompétence au hockey (les deux sont également humiliants, croyez-moi).

Et je me prends à croire que, bien plus que le temps qui passe, bien plus que l'âge, bien plus que les kilos de fumée de pot qui me sont passés par les poumons, c'est précisément cette distance culturelle entre moi ti-boutte et moi vieux con qui m'empêche de me souvenir de celui que j'étais il y a vingt ou vingt-cinq ans.

Je vous ai déjà parlé de ma job? Moi, on me paye (pas beaucoup, n'ayez crainte) pour que j'essaie de découvrir la vision du monde de paysans médiévaux. En fait de distance culturelle, c'est difficile de faire mieux. Mais si je peux honnêtement me sentir étranger à ce que j'étais autrefois avant même d'avoir atteint la moitié de mon espérance de vie, quelles sont les chances qu'on puisse comprendre quoi que ce soit aux points de vue qui avaient court il y sept siècles?

Peut-être que tout le monde est comme ça, que tout le monde oublie son enfance. Mais l'humanité entière? C'est encore pire.


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01 juin 2007

La Grande Clarté

Je croyais que Google Earth avait atteint la limite d'avancement personnel, que tout ce que ma vie pouvait contenir de science-fiction se limitait à la capacité de zoomer sur ma maison à partir de l'espace.

Erreur.

Vous voulez vraiment être n'importe où, n'importe quand et en choisissant votre angle? Ça y est, c'est fait. Ça s'appelle Google Street View et ça vous permet une promenade en trois dimensions dans des quartiers entiers de New York, de San Francisco ou de Las Vegas. N'importe quel coin de rue, zoomer sur n'importe quel immeuble, name it.

Dans une discussion sur un blogue que je lis plus souvent que je ne devrais, une internaute affirmait avec effroi que le système permet de se placer devant son appartement et que, en zoomant sur sa fenêtre, on peut apercevoir son chat. Horreur, stupeurs et tremblements. C'est la vie privée qui vient de manger toute une claque.

Minute, moumoute, ont répondu les autres. N'importe quel bozo peut se rendre sur ladite rue et jeter un coup d'oeil à travers sa fenêtre si elle laisse les rideaux ouverts. D'ailleurs, d'où vient ce ridicule conservatisme --que dis-je, cette attitude réactionnaire?

Au niveau rationnel, ce rappel hystérique au droit à la vie privée est effectivement exagéré. Au niveau émotif, il me reste encore quelques petites réticences à moi aussi. Comme avec MySpace, FaceBook et toutes les autres formes d'autopromotion sur le web, d'ailleurs. J'ai une vie normale, moi, je reste anonyme à l'Ambassade parce que je ne veux pas que ce blogue empiète sur la réalité.

"Une vie normale": Chacun a ses standards. Dans ce cas précis, les standards d'un type de plus de trente ans: Don't trust [that] anyone over thirty [will understand you]. Je suis récemment tombé sur cet article absolument génial qui tente d'expliquer aux vieux comme moi la raison pour laquelle la jeunesse d'aujourd'hui (ouaip, jeunesse d'aujourd'hui) se sent si à l'aise de publiciser sa vie sur les internettes. Non mais vous n'avez pas peur, les jeunes, que tout le monde puisse vous voir, comme ça? Réponse simple: Non. Réponse sensée: Prévenir un internaute de quinze ans des dangers des pédophiles-tueurs-voleurs de cartes de crédit qui rôdent sur le net, c'est comme obséder sur les assassins de ruelle qui vont vous tomber dessus quand vous arriverez à New York. D'accord, le danger n'est pas totalement absent, mais s'il vous dit que môman, là, arrête-donc de capoter pour rien, ce n'est pas non plus de la pure insouciance. Nous capotons vraiment pour rien, sans même réaliser que notre attitude est parfaitement irrationelle.

Je suis un des derniers représentants de la génération qui n'a pas grandi avec Internet, un des derniers à arriver à l'université sans adresse courriel. Google Street View, Second Life, ça m'intéresse et je crois comprendre mais ça reste extérieur à ce que je suis. Au cas où vous n'auriez pas remarqué, ce blogue n'est pas un blogue mais bien une chronique hebdomadaire, comme celles du temps où l'on publiait des magazines sur du papier. Ça en dit beaucoup plus long sur mon âge que la photos (photoshoppée;-) qui prétend me représenter en haut à droite de cette page.

Je suis de l'ancienne génération, une génération qui ressemble beaucoup plus à la précédente qu'à la suivante. Le changement vient après nous, pas avec nous. En ce sens, je me sens beaucoup plus proche de l'expérience de mes grands-parents que de celle de mes parents: Quand j'aurai 75 ans, j'aurai passé beaucoup plus de temps à essayer de comprendre les bizarreries des plus jeunes qu'à essayer de justifier mes propres bizarreries à mes parents. Y'a rien qui les choque, mes parents. Z'étaient des z'hippies --z'ou presque.

Google Street View nous permet de voyager dans l'espace, mais est figé dans le temps. Dans le monde contemporain, pour être exact. Moi, ce que je voudrais, c'est pouvoir voir le monde comme certains le voyaient il y a quarante ans. En trois dimensions, en choisissant mon angle, en pouvant zoomer sur les sujets qui m'intéressent.

On dit, avec un zeste d'exagération, que l'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Les Gaulois sont des barbares, disent les sources romaines. Les Amérindiens sont des sauvages, affirment les premiers Européens. Il me semble que c'est tout à fait le même phénomène en ce qui concerne la Révolution Tranquille. Les gagnants, les grands artisans et bénéficiaires de ladite Révolution ont été les baby-boomers, ceux-là même par lesquels on apprend que tout ce qui existait auparavant n'était qu'une merde obscurantiste. "Avant nous la Grande Noirceur". Ça s'invente pas.

Eh bien moi, je suis comme tout le monde, je cherche les personnages de l'histoire qui me ressemblent le plus. Je cherche les personnages qui réalisent dans un frisson d'horreur que les p'tits jeunes, non-mariés, préadolescents se réfugient à quinze ou vingt pour vivre tout nus dans le bois avec des chèvres, téléchargeant de la porno hardcore sur des sites pirates en faisant du macramé. Je cherche des personnages dont les capacités de compréhension sont poussées au-delà de leur limites quand ils sont confrontés avec des enfants qui voient leur mère en triangle sous l'effet du LSD et placent leur journal intime à la portée de n'importe quel internaute pédophile ukrainien. Je cherche des personnages qui n'essaient même plus de comprendre quand la jeunesse pose des bombes pour créer un nouvel ordre social et va assister à des concerts dans un environnement virtuel.

Je cherche l'autre histoire, celle du Monde dont le point de vue est mort avec la Révolution Tranquille, l'histoire que personne ne raconte.
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24 mai 2007

I'll Always be a Francophone

J'ai l'air de rien, comme ça, mais je suis un anglophone.

Enfin, je sais pas. Pas sûr, pas certain. Qu'est-ce que ça veut dire, être anglophone?

Au cours des cinq dernières années, à part les étés passés à Montréal, j'ai dû tenir 75% de mes conversations en anglais, 20% en turc et le reste en français. Je lis et j'écris des trucs académiques à peu près dans la même proportion et je pense en anglais beaucoup, beaucoup plus souvent qu'en français. Environ 90% des gens que je ne connaissais pas il y a dix ans et que je considère maintenant comme des amis seraient incapables de lire mon blogue ou les nouvelles que j'écris parce que je les écris en français.

On le remarque et on me pose la question. On me demande pourquoi je m'obstine à ne pas vouloir écrire en anglais. Et je réponds toujours que, pour un Québécois, choisir une langue plutôt que l'autre ça veut dire bien plus que choisir une langue plutôt que l'autre. C'est une grosse soupière pleine de sous-entendus politiques.

Mais n'importe quel insignifiant sait que le sous-entendu est un signifiant qui dissimule son signifié. C'est pas comme s'il n'y avait pas de signifié du tout. So what exactly would it mean if I were not to give a rat's ass about French?

* * *

Une question m'est passée par la tête l'autre jour, une question que je n'ai jamais entendue au Québec: Serait-il souhaitable que l'anglais disparaisse à Montréal? Que Montréal devienne une francophone stricte? Je sais, je sais, ça ne risque pas d'arriver. Mais, juste pour l'exercice: Bon ou mauvais?

C'est une question qui rend mal à l'aise (qui ME rend mal à l'aise, en tous cas) parce que les deux réponses sont des pièges. Si on répond "oui", on se trouve à demander ce qui correspond essentiellement à une forme de génocide culturel, la destruction d'une communauté qui s'est implantée alors que Montréal n'était pas beaucoup plus qu'un village.

Si on répond "non", on se retrouve à vouloir limiter les ambitions du mouvement nationaliste québécois, un travail dont le Reste du Canada s'est fort bien chargé dans les dernières décennies. En fait, les moments où le Québec s'est lui-même freiné dans son élan sont précisément les moments historiques qui nous ont le plus chauffé les fesses. Je ne connais personne, souverainiste ou fédéraliste, d'assez masochiste pour affirmer que deux référendums perdus ont fait du bien au Québec.

Du reste, si on dit non, où est-ce qu'on place la limite? À partir de quel moment devrait-on décider que la Loi 101 est trop efficace?

* * *

"Conjecture", que vous me dites, rien de cela ne risque d'arriver. L'anglais n'est pas près de disparaître à Montréal; la majorité des immigrants et trois cent millions de voisins sont là pour nous le rappeler. Et c'est précisément là où je voulais en venir.

Ce sont les circonstances qui nous permettent de ne pas imposer de limites à notre rhétorique. On peut tout vouloir et le clamer bien fort précisément parce que nous savons que nous ne l'obtiendrons pas.

Mais les circonstances peuvent changer. Je pourrais vous donner des exemples de peuples qui ont vécu dans une amitié relative pendant des siècles avant de s'entre-génocider. Je préfère soulever un problème, celui de l'existence-même de ces circonstances qui nous empêchent de nous poser des questions, qui nous dispensent de définir nos objectifs politiques avec précision.

* * *

Les circonstances peuvent changer, je disais. J'ai grandi au Bas Saint-Laurent, dans un milieu où parler couramment anglais était une forme d'exotisme.À douze ans, on m'aurait demandé si j'avais peur de devenir anglophone que j'aurais répondu d'un long ricanement. Ouais, c'est ça, et je vais devenir éleveur de gnous, tant qu'à y être.

J'ai grandi dans un environnement qui m'assurait discrètement que je ne serais jamais quoi que ce soit d'autre qu'un Québécois francophone. Je me suis dirigé vers une université anglophone sans me poser de questions, j'ai déménagé aux États-Unis sans me poser de questions et je me suis retrouvé en train de me demander si je mentais en m'affichant publiquement comme francophone. "Yes sir I'm a French speaker". Une fausse déclaration dans un recensement est un crime punissable par la loi.

Le mouvement souverainiste québécois a grandi dans des conditions qui ne lui ont jamais demandé de se mettre en question, avec assez d'opposition pour lui permettre de n'être qu'une réaction aux forces fédéralistes. Il se retrouve aujourd'hui avec un sérieux problème de définition. Ce problème n'est probablement pas la cause des résultats pitoyables du PQ aux dernières élections, mais il explique en grande partie l'abîme idéologique qui menace de s'installer dans la vie politique québécoise.

Si on avait une meilleure idée d'un Québec idéal, ce ne serait pas un tel casse-tête de proposer un programme pour y parvenir.



M'enfin, ça ne vaut pas la peine de m'écouter. Depuis que je suis viré anglophone, ça m'a rendu fédéraliste à l'os. Un traître à la patrie, eh;-)


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15 mai 2007

On fait quoi, Ti-Menou?

Et maintenant on fait quoi?

Je vous demande ça juste parce que nous ne sommes ni soumis, ni vassalisé, ni inféodé à un autre peuple, même si la voix victimo-schizophrénique est de plus en plus seule à clamer la nécessité de l'indépendance du Québec.

J'ai en tête une scène en noir et blanc, le Vieux Québec filmé par Michel Brault et Claude Jutras en 1961. Des enfants qui courent derrière la calèche d'un couple de touriste américains, l'un d'entre eux qui leur chante "Ti-Menou" pour trois ou quatre sous blancs. Une scène tirée directement du Tiers-Monde, d'un peuple soumis, vassalisé, inféodé.

On chantait "Ti-Menou" pour trois cennes et quart à l'époque. Aujourd'hui on remixe la musique des Beatles pour la présenter à Las Vegas. Moi, je vote pour qu'on sorte Falardeau de son hibernation, de gré ou de force.

Mais on fait quoi?

Je vous demande ça aussi parce que j'en connais pour qui le mouvement souverainiste a atteint son but. J'ai passé quelques années entouré de canadiens-anglais (oh que vous voulez que je rajoute un commentaire, hein?), et je ne compte plus les fois où on a tenté de me faire dire que la souveraineté n'était rien d'autre qu'une menace sans substance, un instrument de négociation.

C'est ridicule, évidemment. Les souverainistes québécois sont tout ce qu'il y a de plus sincères dans leur volonté de ne plus être canadiens. N'empêche que si on s'éloigne des intentions pour se concentrer sur les réalisations, il faut admettre que c'est ce qui est arrivé: C'est à grands coups d'ultimatums qu'on a enlevé son caractère colonial au gouvernement fédéral, c'est en se préparant à mener un pays indépendant qu'on a acquis ce qui nous manquait si cruellement (l'amour propre, le capital, un gérant assez habile pour retenir Céline Dion à l'étranger, etc.)

Et maintenant que c'est acquis, on fait quoi?

Je vous pose la question parce que je crois que l'idéologie souverainiste offre la moitié de la réponse. Parce que pendant quarante ans nous avons été réalistes et demandé l'impossible, et qu'on s'en est ma foi très, très bien sortis.

Je vous pose aussi la question parce que c'est le moment de se poser des questions. Parce que le contexte change et que le paysage idéologique doit nécessairement s'adapter. Parce que si on ne passe pas un peu de temps à remettre les principes en question on risque de se retrouver coincés entre le réalisme tout ce qu'il y a de moins magique du Parti Libéral et le populisme à la "enwèye Jeff 'stie" de l'Action Démocratique. Parce qu'une telle situation n'offrirait aucune alternative valable pour ceux qui espèrent plus pour leur peuple que l'universalité des écrans plasma de 58 pouces. Parce qu'une telle situation serait en fait un terrain fertile pour la régression culturelle. Je n'ai absolument rien contre Bon Cop, Bad Cop, en autant que les mécanismes politiques demeurent pour faire profiter le cinéma d'auteur de son succès. Confiez les mécanismes politiques à Pierre-Karl, vous allez voir où il va nous les mettre.

Il est ces jours-ci de bon ton ton d'affirmer que l'option souverainiste a vécu, que l'idée de transformer le Québec en pays est dépassée. J'ai tendance à être d'accord.

Alors maintenant que le décès a été constaté, on fait quoi?

D'abord on change de ton. La plupart de ceux qui font référence à la fin du mouvement souverainiste le font sur le même ton que s'ils notaient la disparition d'un vieux poisson rouge envers lequel ils n'avaient aucun attachement émotif, un poisson dont la seule particularité était d'encombrer une tablette dans le salon. "Tiens, le PQ n'a plus de raison d'être. On va enfin pouvoir libérer de la place pour s'acheter une tévé plasma 58 pouces."

Mais le mouvement souverainiste a fait le Québec qui existe aujourd'hui, il a créé un horizon assez attirant pour donner aux gens le goût d'évoluer plutôt que de se concentrer sur la "protection des acquis" (expression que l'on utilise quand on est trop poli pour utiliser le mot "stagnation").

Vous croyez vraiment que c'est une bonne idée de remplacer ça par "absolument rien du tout"?

Alors, qu'est-ce qu'on fait?

Moi -mais c'est juste moi, hein- j'ai l'impression qu'il est grand temps qu'on se tape un remue-méninges collectif. Je pense aussi que la plate-forme existe déjà pour ce genre d'échange d'idées.

Tapez "Blogue politique Québec" dans Google, vous obtiendrez plus d'un million de résultats. Si chacun de ces blogues ne consacrait ne serait-ce qu'un seul billet à définir ce que pourrait être un nouveau projet de société (une "troisième voie", un "Québec idéal à bâtir", appelez ça comme vous voulez) plutôt que de se limiter à réagir à l'actualité de la petite politique, on pourrait littéralement rediriger le Québec plutôt que se contenter de l'administrer.

Imaginez si les Bourgault, Lévesque, Vallières et Aquin avaient refusé de s'élever au-delà du "la vente du Mont Orford, c'est tu donc pas écoeurant".

Ouaip, on chanterait encore "Ti-Menou" aux touristes américains.
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08 mai 2007

Dix ans

C'est le 6 mai 1997 -dix ans jour pour jour dimanche dernier- que j'ai mis le pied en Turquie pour la première fois. Pour mon premier vrai voyage, je suis parti tout seul pendant un mois au pays des Grands Méchants Musulmans plutôt que de me taper le traditionnel trois semaines en Europe de l'ouest avec les copains. C'était baveux de ma part, j'en ai payé le prix, mais j'en retire les dividendes encore aujourd'hui.

Tous les détails de cette sordide affaire sont enfouis dans un espace de rangement quelque part aux États-Unis, un carnet de voyage qui décrit la découverte de l'Orient à coups de deux ou trois pages par jour.

* * *

Il en est passé, des cargos ukrainiens qui ne tiennent que par la peinture sous les ponts du Bosphore depuis ce premier voyage. Le jeune con que j'étais à l'époque a commencé sa lente mais certaine transformation en un vieux con (statut beaucoup moins justifiable, mais aussi beaucoup plus agréable, croyez-m'en). Et le vieux con en question s'est mis en tête d'écrire une thèse de doctorat sur la vie quotidienne dans une époque lointaine.

Les carnets de voyage sont probablement la source favorite des historiens qui s'intéressent à la vie quotidienne. Rappelez-vous de la dernière fois où vous avez décrit la composition de base d'une poutine à quelqu'un. Faites un effort, ça vous est sûrement déjà arrivé. Je parie un gros brun que la personne qui écoutait vos paroles enthousiastes avec un dégoût de moins en moins dissimulé (ignorance, ignoble ignorance!) n'avait jamais mis les pieds au Québec.

On ne décrit pas ce que tout le monde connaît. C'est précisément pourquoi les relations de voyages sont souvent les seules sources d'information sur les aspects les plus élémentaires de la vie quotidienne, ceux qui paraissaient les plus évidents aux yeux des locaux.

La période que j'étudie ne fait pas exception. Une bonne partie de nos connaissances à son sujet sont tirées des Voyages d'Ibn Battutah, le plus célèbre voyageur arabe du moyen-âge.

Or à force de lire Ibn Battutah et de le comparer à des sources plus locales, j'ai commencé à avoir des doutes. Puis, de plus en plus, la certitude que mes doutes étaient fondés. Disons-le simplement: Ibn Battutah était un touriste qui ne comprenait pas grand chose à ce qu'il voyait. Le texte qu'il nous a laissé n'est pas un recueil d'observations, mais bien d'interprétations de ce qu'il a vu (si ça vous intéresse, un article vraiment génial à propos de la vision du monde des voyageurs ici). Dans les cas où il m'est possible de le comparer à d'autres sources, il semble être dans le champ beaucoup plus souvent qu'à son tour.

* * *

D'ici quelques mois, j'aurai l'occasion de me rendre au caveau dans lequel reposent les observations du jeune con que j'étais. Bien des cargos ukrainiens sous les ponts du Bosphore, comme je disais. Je voudrais m'asseoir sur le recul que m'ont donné les dix dernières années, sur tout ce que j'ai appris entre-temps (je cite de temps à autre des chansons de groupes turcs des années '70 et '80; c'est une pratique assez rare dans mon village d'origine mais mes amis turcs ont tendance à trouver ça irritant à la longue). Je voudrais reprendre ce journal de voyage et le commenter de façon brutalement honnête.

Ma jeunesse est morte, mesdames et messieurs, et elle est sur le point de se retourner dans sa tombe. J'en ricane déjà.


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04 mai 2007

Sarkozy à Hérouxville

"Quand vous expliquez cela aux habitants de la Cappadocce qui sont Européens, vous aurez fait une seule chose, vous aurez renforcé l'islamisme."
(Nicolas Sarkozy, au cours du débat présidentiel télévisé.)

Avis à tous les lecteurs de ce blogue: Si jamais je vous sers une phrase de ce genre, sachez qu'elle viendra sous la forme d'une grosse beurrée d'ironie. Parce que sans ironie, une telle affirmation est à peu près aussi insensée, incompréhensible et déconnectée de la réalité que de proposer sérieusement de transformer le Québec rural en zoo humain.

(...et quand vous expliquez aux Hérouxvilains que la Clique du Plateau est aussi québécoise qu'eux, vous aurez fait une seule chose, vous aurez renforcé l'ADQ...)
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29 avril 2007

Sauver une culture (Mario, chamelier rebelle)

J'ai eu une longue conversation l'autre jour avec une danoise assez exceptionnelle. Je ne parle pas de pâtisserie, je parle d'une botaniste qui a visité des nomades turcs à chaque été au cours des quinze dernières années.

Des nomades en Turquie, on en voit rarement, même s'ils sont dispersés aux quatre coins du pays. Rarement, en partie parce qu'ils sont en montagne pendant l'été (lorsque la plupart des touristes sont ici) mais surtout parce qu'il y en a de moins en moins. Ceux qui en ont les moyens s'achètent une maison où habiter l'hiver (à -30, une tente en feutre est un logis frisquet), puis un camion pour remplacer les chameaux, puis un lopin de terre (un investissement plus sécuritaire que des moutons), et avant longtemps ils deviennent moins nomades que moi (dix appartements en sept ans, deux de plus à venir dans les six prochains mois).

Triste? En quelque sorte, oui. Un mode de vie qui disparaît, c'est l'expérience humaine qui perd un peu de sa profondeur. Selon mon interlocutrice, le processus de sédentarisation commence avec l'espoir d'améliorer un confort matériel pratiquement nul, mais se termine souvent dans une vague de regrets en pensant au bon vieux temps. C'est pour cette raison que, lors de ses visites, elle évitait de parler de la vie urbaine, de porter des vêtements d'allure trop moderne et de leur offrir des cadeaux en argent. C'est sa façon de ralentir la disparition du mode de vie nomade.

"C'est pour leur propre bien", qu'elle m'a dit.

* * *

La sédentarisation des nomades n'a rien de nouveau en Turquie. En fait, c'est un phénomène qui s'étend sur l'essentiel des mille dernières années, souvent à l'instigation de l'État. Normal: jusqu'au développement de l'aviation, un groupe nomade était une force militaire potentielle capable d'apparaître par surprise sans qu'on puisse prévoir où. C'est aussi, encore aujourd'hui, un groupe d'individus qu'il est très difficile de soumettre à des taxes et impôts conçus par et pour des sédentaires.

À plusieurs reprises, à travers l'histoire de ce qui est aujourd'hui la Turquie, on observe des affrontements entre les divers gouvernements et des groupes nomades. Pendant longtemps, les historiens se sont cassés la tête à essayer de découvrir ce que ces rebelles tentaient d'obtenir. Comme souvent en histoire, c'est en posant la bonne question que la réponse est finalement apparue: L'élément crucial n'est pas ce qu'ils tentaient d'obtenir, mais bien ce qu'ils tentaient de préserver, c'est à dire le seul mode de vie qu'ils connaissaient. Même si celui-ci était matériellement moins confortable que celui des paysans qu'on voulait les voir devenir.

Ça n'a rien d'original, d'ailleurs: les sociétés structurées construisent leur stabilité sur une antipathie naturelle au changement. Vous connaissez cette nation qui changeait sa culture et ses structures politique et économique à tous les cinq ans? Moi non plus, elle est disparue bien avant qu'on puisse écrire son histoire.

* * *

C'est au moins en partie ce qui explique le résultat des dernières élections. Si Mario Dumont s'était présenté comme un partisan du principe du melting-pot, s'il avait affirmé que le Québec devait changer pour s'adapter aux nouvelles influences culturelles apportées par l'immigration, il n'irait pas au travail avec une quarantaine de ses sbires aujourd'hui.

Mais il a fait exactement le contraire: il s'est présenté comme celui par qui le changement ne viendra pas, celui qui offre le plus ferme engagement de conserver la société québécoise telle qu'on la connaît à Hérouxville, en s'assurant que toute adaptation se ferait du côté des nouveaux arrivants.

* * *


Je vous ai déjà dit que j'ai réponse à tout? Ouais, et surtout quand il est question de Mario Dumont. Alors voici ce que je propose: Je propose de fermer les régions. Non pas "fermer" au sens de les vider de force, mais bien de les sceller, d'empêcher qui que ce soit d'en sortir et interdire tout contact avec l'étranger (et l'étranger, dans ce cas, inclut certainement le Plateau) en interdisant l'immigration vers les régions et l'éducation des gens qui y habitent. Si on veut préserver une culture, si on veut empêcher la culture rurale québécoise de disparaître, il faut prendre les grands moyens.

"C'est pour leur propre bien", comme on dit.

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