28 janvier 2007

Moi, si j'étais le boss...

Si j'étais le boss, j'irais directement au conseil municipal de Montréal (parce que si j'étais le boss, je ne ferais certainement pas de la politique municipale à plein temps) et je ferais adopter une motion qui dirait:

"Les gens originaires de Hérouxville sont les bienvenus à Montréal à condition de ne pas affirmer la supériorité de la race blanche, de ne pas commettre de crimes haineux et de ne pas participer à des opérations de nettoyage ethnique."

Vous aurez peut-être l'impression que c'est un message d'intolérance. En fait, c'est le contraire. S'ils ne sont pas racistes, ils n'ont aucune raison d'être choqués, non? Et pour les autres, il est plus que temps que quelqu'un mette ses culottes. Au cas où. On sait jamais. C'est le gros bon sens, il me semble.
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25 janvier 2007

Mes cinq choses à moi

OK, ça j'aime pas ce genre de chose, je l'admets d'emblée. Mais comme la demande tag vient d'un bloguiste qui a une forte tendance à avoir quelque chose à dire et qui n'a pas l'habitude de nous raconter qu'il est allé au gym, ou au lac, ou que la voisine est venue emprunter du sucre et mautadine que sa robe fait cheap, je vais m'y soumettre. Alors voilà, cinq choses que la plupart d'entre vous ne sait pas à mon sujet:

1) Mon nom. Vous ne savez pas mon nom
OK, cé jusse une joke, là...

1) J'ai déjà été de gagnant, au niveau de ma classe, d'un concours de dessins commandité par Desjardins. Je devais avoir dix ans et le dessin me représentait, moi, en train d'empêcher mon p'tit frère de se jeter devant un autobus scolaire en marche. J'ai encore le dessin et, quand je le regarde, je me demande vraiment pourquoi ils l'ont choisi. M'enfin, mon p'tit frère est encore en vie, ne s'est jamais jeté devant un autobus en marche et est plus frétillant que jamais, j'ai pas de quoi me plaindre.

2) J'ai une ligne simienne à la main droite. Selon les experts que vous consultez (pédiatres néonatalogistes ou chiromanciens), ça peut vouloir dire que je suis probablement soit dévoré par l'ambition, soit atteint de trisomie 21. Vous ai-je déjà dit que deux tiers des visites que reçoit ce blogue est composé de gens qui cherchaient le site web du magazine La Semaine sur Google? CQFD.

3) J'ai vraiment une très haute opinion de moi-même
Ok, ok, il faut quelque chose que vous ne savez pas encore...

3) J'ai déjà passé 48 heurs à Niagara Falls sans jamais voir les chutes. Je suppose que c'est digne d'une mention dans le livre des records Guiness. Essayez de battre mon record, ça me rassurerait d'en trouver de plus pathétiques que moi.

4) Dans la mesure du possible, je me paie un voyage en Asie à chaque semaine, habituellement pour prendre le thé dimanche après midi. Le plus beau jardin de thé d'Istanbul surplombe du haut d'une falaise l'entrée du Bosphore. De chez moi, c'est vingt minutes de bateau suivies d'une petite marche d'un quart d'heure sur le bord de la mer. Vue sur la vieille ville, petite brise maritime: Quand il fait beau, c'est absolument génial.

5) J'ai déjà fabriqué un mur de gnous. En visitant les bouquinistes du St-Laurent, je suis tombé sur un livre pour enfants sur les gnous (quand même surprenant de voir que presque tous les livres sur les gnous sont des livres pour enfants, comme si les adultes ne ressentaient aucune empathie pour ce qui semble être l'animal le plus déprimé au monde). Je n'ai rien de Martha Stewart, mais j'ai quand même réussi à découper toutes les images et les ai habilement juxtaposées pour couvrir un petit bout de mur. Quand j'ai déménagé, mon coloc' qui gardait l'appartement a eu tôt fait de faire disparaître le troupeau. Le bon goût des autres me perdra.

Et voilà, j'ai fait ma part.
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23 janvier 2007

Projection

Depuis vendredi dernier, il y a des manifestations quotidiennes à Istanbul pour dénoncer la violence nationaliste, des milliers de gens qui mettent temps et énergie pour exprimer un point de vue largement répandu dans la société turque.

Depuis vendredi dernier, le site des nouvelles de Radio-Canada, probablement l'organe de presse francophone non-européen le mieux outillé pour la couverture internationale, a publié deux nouvelles à propos de la Turquie: "Un journaliste abattu" et "Un suspect arrêté". Depuis, plus rien.

J'en tire deux conclusions:

De un, j'ai enfin trouvé la réponse à cette horrible question que l'on m'a posée à quelques reprises au cours des dix dernières années: "Pourquoi est-ce que vous pensez que nous, les Turcs, sommes des barbares?"
Ça s'appelle faire de la projection.

De deux, si vous voulez qu'on entende votre point de vue partout dans le monde, n'essayez pas de vous limiter à une action politique légitime. Tuez quelqu'un.

[Mise à jour: OK, ça a pris du temps, mais ça a finalement été corrigé.]

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21 janvier 2007

Traiter des enfants comme ça, c'est vraiment immonde (mais qu'est-ce qu'on s'amuse!)

J'ai habité pendant trois ans aux États-Unis. C'est une expérience qui a fait de moi un être violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures. Mais ça a valu la peine, puisque j'y ai découvert la National Public Radio et surtout On Point, de loin la meilleure émission de radio qu'il m'ait été donné d'écouter (désolé Mahée, t'es belle pareil).

Depuis que j'habite en Turquie, je continue à être violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures, mais ça fait un peu loin pour capter la radio américaine. Heureusement qu'il y a le merveilleux monde de la balladodiffusion qui me sauve la vie.

Sauf que pour réconcilier ma silhouette filiforme avec la quantité phénoménale de chocolat qui y transite sur une base quotidienne (je me contente la plupart du temps de schnoutte à rabais, mais j'ai récemment fait l'expérience de prunes enrobées de chocolat, fruit exquis de la non moins exquise hospitalité d'un trentième de l'avenir du Québec) il faut que j'en passe, du temps sur le tapis roulant. C'est pourquoi j'enfile les podcasts.

Or donc voici donc l'autre jour que je me tape un On Point à propos de Barack Obama (le charismatique candidat aux présidentielles américaines dont la stratégie pour l'Irak semble touner autour de "je vous l'avais bien dit"), et un des participants fait remarquer que la voix d'Obama est particulièrement apaisante alors que celle d'Hillary Clinton fait plutôt dans l'aigrelet.

Fondu enchaîné (je coupe les vingt minutes qui suivent, au cours desquelles j'admire mon beau corps en action; rien de mieux qu'un peu de talent à la table de montage pour rendre une histoire plus accessible à un lectorat impatient et dénué de sens esthétique). Un autre reportage, cette fois dans le podcast NPR Food: Deux enfants de cinq ou six ans sont invités à faire une critique comparative de quelques chocolats chauds et je remarque deux choses. De un, ils ont visiblement peu d'expérience dans la critique culinaire (je ne veux pas faire d'agisme, mais un enfant de cinq ans, ça peut vraiment être niaiseux) et de deux, la voix d'Hillary n'était pas si désagréable que ça, en fin de compte.

C'est alors que me frappe l'éclair de génie, la question qui tue (et que je me retrouve subitement assis par terre alors que le tapis roule encore, mais c'est une autre histoire): Dans quelle mesure prendrait-on un critique culinaire de cinq ans plus au sérieux s'il avait la voix de Barack Obama?

Je possède une expertise peu commune dans le design d'expériences en psychologie, puisque mon ex faisait son doctorat dans le domaine. D'accord elle a abandonné ses études depuis notre rupture, mais son chum actuel est prof au MIT et pas vous (sauf toi, Noam, si tu me lis). Alors voici mon plan: Deux ordinateurs isolés l'un de l'autre, mais reliés par VoIP. À l'ordi #1, on met un enfant de cinq ans. On ne lui donne pas de détail sur son interlocuteur, et on omet de mentionner que sa voix va être électroniquement changée pour le faire sonner comme Barak Obama.

Pendant que le petit saligaud navigue serré entre caillou.com et quelque site porno spécialisé dans les animaux de la ferme (qui l'intéresse seulement pour les animaux de la ferme), on place un adulte à l'ordi #2 en négligeant également de lui dire que sa propre voix sera altérée pour le faire sonner comme un marmot.

Alors une fois les deux interlocuteurs en place, on les laisse commencer une conversation, préférablement une critique culinaire de chocolat chaud. Oh, et on aura pris soin d'avertir la police avant que ça sorte dans les journaux pour ne pas donner l'opportunité à Mario Dumont nous promettre une autre loi fascisante ("Traiter des enfants comme ça, c'est dégueulasse! Pis les vieux partis se complaisent dans l'immobilisme! Libartoé!").

Je ne pourrai pas mettre l'expérience en pratique puisque je n'ai pas d'enfant de cinq ans à portée de la main (qui s'en serait douté...) Mais si vous en avez l'opportunité, de grâce, faites-le pour moi. Bien sûr, l'exercice risque de ne rien prouver du tout, à part peut-être que pour avoir l'idée de faire subir de telles choses à des enfants il faut vraiment être violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures. Mais envoyez-moi quand même l'enregistrement de la conversation. Ça risque d'être assez amusant.

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15 janvier 2007

L'impression de connaître le Sri Lanka

De deux choses l'une: ou bien nous avons multiplié notre capacité d'apprentissage par mille depuis dix ans (nous, c'est à dire les êtres humains qui naviguent sur les internettes); ou bien l'impression de savoir croît beaucoup, beaucoup plus vite que le savoir lui-même.

Je devais être au secondaire, début des années ‘90. J’avoue ne pas me rappeler de quel cours il s'agissait, m'enfin, je devais lire et présenter un article de journal, le genre de travail que les écoles publiques nous imposent pour s'assurer que personne ne se plaint d'avoir à faire un effort. Je me souviens par contre très bien de l'article de La Presse que j'avais choisi, un article qui parlait de la disparition d’une bonne partie de la population d’une ville du nord du Sri Lanka. Je répète : disparition. L’armée sri-lankaise avait repris repris du terrain sur les rebelles tamouls, était entrée dans la ville et quelque chose comme la moitié de la population n’était tout simplement plus là.

J’étais intrigué, évidemment. On le serait à moins: Comment des milliers de personnes peuvent-elles ainsi « disparaître »? Avaient-elles été tuées? Avaient-elles fuit l’arrivée d’une armée considéré comme ennemie? L’article, pour autant que je puisse m’en rappeler, ne donnait aucun détail.

Je n’ai pas cherché la réponse sur Wikipedia. Je n’ai pas demandé l'avis du New York Times. Je n’ai pas passé les heures suivantes à scruter les résultats de recherche de Google pour plus de détails. Non, j’habitais dans un monde totalement différent de celui dans lequel vous lisez ces lignes, un monde où l’information se divisait en deux catégories: Celle dont on choisissait le sujet, à la bibliothèque, et celle que d'autres filtraient et choisissaient pour nous, dans les bulletins d'information télévisés et les journaux imprimés. La bibliothèque de mon village comptait probablement trois ou quatre livres où apparaissaient les mots « Sri Lanka » (dont un dictionnaire des noms propres) et le Sri Lanka n’avait aucun intérêt pour le chef d’antenne du Téléjournal de Radio Canada. Alors j’ai fait ce qui est aujourd’hui (et deviendra de plus en plus) difficile à imaginer : J’ai accepté mon ignorance.

À l’intérieur des cinq minutes qui suivent votre lecture de ce texte, vous serez probablement en mesure de retracer l’incident sri lankais auquel je fais référence, son « qui », son « quand », son « où », son « pourquoi » et ses conséquences. Vous aurez accès aux faits bruts, aux opinions d'analystes, aux opinions de partisans, aux opinions de partisans qui se présentent comme des analystes et aux opinions de partisans présentés comme des faits bruts, le tout vous donnant un point de vue éclairé sur l'événement et son contexte, de quoi vous préparer à l'expliquer à quelqu'un qui n'en connaît rien.

Cinq minutes. Dans cinq minutes, vous connaîtrez assez bien l’histoire du Sri Lanka contemporain pour l'enseigner.
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06 janvier 2007

Con vaincu

"Soyez vous mêmes", qu'ils disaient, "soyez originaux, ne suivez pas le troupeau". Je déteste ce genre de vérité absolue qui prétend être une médaille sans revers. Boulechite.

Ma mémoire me quitte lentement, mais ce devait être lors de ma dernière année de CÉGEP, il y a une dizaine d'années. Quelques profs enthousiastes avaient organisé un "concours de philosophie" et, un après-midi où la plupart de mes distingués collègues se concentraient sur quelque projet aux ambitions intellectuelles modestes (fumer un gros bat devant la tévé), une dizaine d'entre nous nous étions volontairement enfermés dans une salle de classe.

Un concours de philosophie? Oui mam'zelle, dans la grande lignée de ceux qui ont mis Kant sur la mappe (une histoire de lampadaires, si je ne m'abuse): On vous donne une question et vous délibérez, élaborez, dissertez et concluez, le tout de façon brillante et concise. Je portais des lunettes, je détestais les sports, vous vous doutez bien que j'étais excité.

Sur chacun de nos pupitres, un cahier attendait fébrilement d'être couvert de nos petites opinions enflées. La porte de la classe s'est refermée. Tout était prêt, alors on nous a lancé la question en question:

"'La conviction d'avoir raison est une preuve suffisante de vérité.' Discutez."

Première constatation: Eille man, cé full con comme question, la réponse est full évidente.
Deuxième constatation: Tout le monde autour de moi s'est déjà mis à écrire comme une bande de forcenés (dans la mesure où les forcenés écrivent assez vite pour se disloquer les phalanges).

Je me mets donc à é-ta-blir un plan ar-bo-ri-fè-re de mon ar-gu-men-ta-tion a-vec des pré-mis-ses et une con-clu-sion. On m'aurait demandé d'établir l'index et la table des matières d'une recette de sauce à spaghetti que je n'aurais pas plus eu l'impression de perdre mon temps.

J'ai donc gratté mon papier pendant un quart d'heure avec un enthousiasme constamment déclinant, me demandant bien quelle genre de technicalité finirait par départager le vainqueur. du reste de notre groupe. L'orthographe? Une citation de Heidegger, dans le texte, en allemand? Une argumentation boiteuse? Comment était-il possible de mal argumenter sur un tel sujet?

Et puis j'ai cliqué.

J'ai demandé un cahier supplémentaire, j'ai écrit une phrase, j'ai remis mon cahier et je suis sorti avant tous les autres.

Inutile de vous donner de faux espoirs; je sais bien que vous êtes tous des fans de moi et que vous voulez que je gagne à tous les coups et que vous allez acheter un poster avec ma grosse face dès qu'il y en aura de disponible sur le marché (en attendant que sortent le dessin animé et le jeu vidéo, surveillance parentale fortement conseillée), mais autant vous le dire tout de suite, je n'ai pas gagné.

Non, celui qui a gagné a fait exactement ce que j'avais refusé de faire. Il a commencé par définir le concept de vérité, a développé en détail son argumentation à propos de tout ce qu'implique la conviction et la différence entre l'être en soi et l'être pour soi et la subjectivité et l'intersubjectivité et l'objectivité, s'est bâti une argumentation d'une élégance fulgurante et a fait l'unanimité parmi les juges. Je le sais, parce que le type en question a par la suite été mon coloc pendant trois ans. Il a fait un bacc en philo puis une maîtrise en philo, enseigne aujourd'hui la philo dans un cégep montréalais et j'ai l'impression tenace que ses étudiants sont chanceux de l'avoir (surtout qu'il m'affirme ne jamais porter ses t-shirts d'Iron Maiden en classe).

Anyways. Sur mon cahier à moi, il n'y avait qu'une seule phrase, comme je vous le disais. L'avantage de faire court, c'est que dix ans après je m'en souviens encore, mot pour mot: "Je suis absolument convaincu que la conviction d'avoir raison n'est PAS une preuve suffisante de vérité."

J'aurais pu rajouter une deuxième phrase "Et vlan dans les dents!", tellement j'étais fier de ma petite astuce. Mais, comme je vous l'ai dit, je n'ai pas gagné le premier prix. Je n'ai pas gagné le deuxième prix, d'ailleurs, ni le troisième. Quand je suis allé demandé aux membres du jury, tous des éminences du départment de philo de mon CÉGEP, on me l'a avoué candidement: Parmi les neuf ou dix participants, je m'étais classé dernier.

Frustré? Ouaip. À l'époque, très. Aujourd'hui, encore un tout petit peu. Disons surtout que je n'ai été pas excessivement impressionné par l'ouverture d'esprit du jury en question. Mais ça a quand même été l'occasion d'une superbe leçon de vie. Et la voilà, l'immorale morale de l'histoire: On dit aux p'tits jeunes "Sois toi-même, sois original, ne suis pas le troupeau!" Très bien. Mais des fois, l'originalité, c'est la recette magique pour se faire humilier.
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