15 janvier 2007

L'impression de connaître le Sri Lanka

De deux choses l'une: ou bien nous avons multiplié notre capacité d'apprentissage par mille depuis dix ans (nous, c'est à dire les êtres humains qui naviguent sur les internettes); ou bien l'impression de savoir croît beaucoup, beaucoup plus vite que le savoir lui-même.

Je devais être au secondaire, début des années ‘90. J’avoue ne pas me rappeler de quel cours il s'agissait, m'enfin, je devais lire et présenter un article de journal, le genre de travail que les écoles publiques nous imposent pour s'assurer que personne ne se plaint d'avoir à faire un effort. Je me souviens par contre très bien de l'article de La Presse que j'avais choisi, un article qui parlait de la disparition d’une bonne partie de la population d’une ville du nord du Sri Lanka. Je répète : disparition. L’armée sri-lankaise avait repris repris du terrain sur les rebelles tamouls, était entrée dans la ville et quelque chose comme la moitié de la population n’était tout simplement plus là.

J’étais intrigué, évidemment. On le serait à moins: Comment des milliers de personnes peuvent-elles ainsi « disparaître »? Avaient-elles été tuées? Avaient-elles fuit l’arrivée d’une armée considéré comme ennemie? L’article, pour autant que je puisse m’en rappeler, ne donnait aucun détail.

Je n’ai pas cherché la réponse sur Wikipedia. Je n’ai pas demandé l'avis du New York Times. Je n’ai pas passé les heures suivantes à scruter les résultats de recherche de Google pour plus de détails. Non, j’habitais dans un monde totalement différent de celui dans lequel vous lisez ces lignes, un monde où l’information se divisait en deux catégories: Celle dont on choisissait le sujet, à la bibliothèque, et celle que d'autres filtraient et choisissaient pour nous, dans les bulletins d'information télévisés et les journaux imprimés. La bibliothèque de mon village comptait probablement trois ou quatre livres où apparaissaient les mots « Sri Lanka » (dont un dictionnaire des noms propres) et le Sri Lanka n’avait aucun intérêt pour le chef d’antenne du Téléjournal de Radio Canada. Alors j’ai fait ce qui est aujourd’hui (et deviendra de plus en plus) difficile à imaginer : J’ai accepté mon ignorance.

À l’intérieur des cinq minutes qui suivent votre lecture de ce texte, vous serez probablement en mesure de retracer l’incident sri lankais auquel je fais référence, son « qui », son « quand », son « où », son « pourquoi » et ses conséquences. Vous aurez accès aux faits bruts, aux opinions d'analystes, aux opinions de partisans, aux opinions de partisans qui se présentent comme des analystes et aux opinions de partisans présentés comme des faits bruts, le tout vous donnant un point de vue éclairé sur l'événement et son contexte, de quoi vous préparer à l'expliquer à quelqu'un qui n'en connaît rien.

Cinq minutes. Dans cinq minutes, vous connaîtrez assez bien l’histoire du Sri Lanka contemporain pour l'enseigner.

2 commentaires:

Jean-Jean Lavérité a dit...

L'enseignement c'est pour les ceuzes qui ont un doctorat, BON!

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Félicitations mon Jean-Jean, t'as tellement bien compris ce que je voulais dire que j'ai du sang qui me coule des oreilles.

[soupir]