21 janvier 2007

Traiter des enfants comme ça, c'est vraiment immonde (mais qu'est-ce qu'on s'amuse!)

J'ai habité pendant trois ans aux États-Unis. C'est une expérience qui a fait de moi un être violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures. Mais ça a valu la peine, puisque j'y ai découvert la National Public Radio et surtout On Point, de loin la meilleure émission de radio qu'il m'ait été donné d'écouter (désolé Mahée, t'es belle pareil).

Depuis que j'habite en Turquie, je continue à être violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures, mais ça fait un peu loin pour capter la radio américaine. Heureusement qu'il y a le merveilleux monde de la balladodiffusion qui me sauve la vie.

Sauf que pour réconcilier ma silhouette filiforme avec la quantité phénoménale de chocolat qui y transite sur une base quotidienne (je me contente la plupart du temps de schnoutte à rabais, mais j'ai récemment fait l'expérience de prunes enrobées de chocolat, fruit exquis de la non moins exquise hospitalité d'un trentième de l'avenir du Québec) il faut que j'en passe, du temps sur le tapis roulant. C'est pourquoi j'enfile les podcasts.

Or donc voici donc l'autre jour que je me tape un On Point à propos de Barack Obama (le charismatique candidat aux présidentielles américaines dont la stratégie pour l'Irak semble touner autour de "je vous l'avais bien dit"), et un des participants fait remarquer que la voix d'Obama est particulièrement apaisante alors que celle d'Hillary Clinton fait plutôt dans l'aigrelet.

Fondu enchaîné (je coupe les vingt minutes qui suivent, au cours desquelles j'admire mon beau corps en action; rien de mieux qu'un peu de talent à la table de montage pour rendre une histoire plus accessible à un lectorat impatient et dénué de sens esthétique). Un autre reportage, cette fois dans le podcast NPR Food: Deux enfants de cinq ou six ans sont invités à faire une critique comparative de quelques chocolats chauds et je remarque deux choses. De un, ils ont visiblement peu d'expérience dans la critique culinaire (je ne veux pas faire d'agisme, mais un enfant de cinq ans, ça peut vraiment être niaiseux) et de deux, la voix d'Hillary n'était pas si désagréable que ça, en fin de compte.

C'est alors que me frappe l'éclair de génie, la question qui tue (et que je me retrouve subitement assis par terre alors que le tapis roule encore, mais c'est une autre histoire): Dans quelle mesure prendrait-on un critique culinaire de cinq ans plus au sérieux s'il avait la voix de Barack Obama?

Je possède une expertise peu commune dans le design d'expériences en psychologie, puisque mon ex faisait son doctorat dans le domaine. D'accord elle a abandonné ses études depuis notre rupture, mais son chum actuel est prof au MIT et pas vous (sauf toi, Noam, si tu me lis). Alors voici mon plan: Deux ordinateurs isolés l'un de l'autre, mais reliés par VoIP. À l'ordi #1, on met un enfant de cinq ans. On ne lui donne pas de détail sur son interlocuteur, et on omet de mentionner que sa voix va être électroniquement changée pour le faire sonner comme Barak Obama.

Pendant que le petit saligaud navigue serré entre caillou.com et quelque site porno spécialisé dans les animaux de la ferme (qui l'intéresse seulement pour les animaux de la ferme), on place un adulte à l'ordi #2 en négligeant également de lui dire que sa propre voix sera altérée pour le faire sonner comme un marmot.

Alors une fois les deux interlocuteurs en place, on les laisse commencer une conversation, préférablement une critique culinaire de chocolat chaud. Oh, et on aura pris soin d'avertir la police avant que ça sorte dans les journaux pour ne pas donner l'opportunité à Mario Dumont nous promettre une autre loi fascisante ("Traiter des enfants comme ça, c'est dégueulasse! Pis les vieux partis se complaisent dans l'immobilisme! Libartoé!").

Je ne pourrai pas mettre l'expérience en pratique puisque je n'ai pas d'enfant de cinq ans à portée de la main (qui s'en serait douté...) Mais si vous en avez l'opportunité, de grâce, faites-le pour moi. Bien sûr, l'exercice risque de ne rien prouver du tout, à part peut-être que pour avoir l'idée de faire subir de telles choses à des enfants il faut vraiment être violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures. Mais envoyez-moi quand même l'enregistrement de la conversation. Ça risque d'être assez amusant.

6 commentaires:

Anonyme a dit...

J'ai trouvé ce texte violent, méprisant, matérialiste, immoral, ultra religieux et complètement ignorant de toutes les autres cultures. Mais c'était bien amusant.

Anonyme a dit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.
Anonyme a dit...

la trentieme de lavenir du quebec te salue! vive les prunes au chocolat LIBRES!

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

;-)

Anonyme a dit...

On pourrait aussi faire lire la critique litéraire à Obama, puis faire lire un de ses discours par un enfant de cinq ans...

En passant, tag!

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Le plus déprimant, c'est que Obama réussirait à soulever les foules même en lisant les oeuvres complètes de Homi Bhabha:

If, for a while, the ruse of desire is calculable for the uses of discipline soon the repetition of guilt, justification, pseudo-scientific theories, superstition, spurious authorities, and classifications can be seen as the desperate effort to “normalize” formally the disturbance of a discourse of splitting that violates the rational, enlightened claims of its enunciatory modality.

(http://denisdutton.com/bad_writing.htm)

(Oh, et tant qu'à parler de misère, je me soumettrai d'ici quelques jours aux devoirs, responsabilités, démarches et formalités qui m'incombent en tant que récipiendaire de la tag.)