22 février 2007

Ah! les artistes...

Qu'est-ce qui fait qu'on peut qualifier quelqu'un d'artiste? La plupart du temps, quand le début de la phrase contient le mot au singulier défini ("Le rôle de l'artiste est...", "L'artiste est par nature..."), la fin de la phrase risque d'être empesée de boulechite. N'empêche, j'ai quand même l'impression qu'une personalité artistique est une personnalité qui a quelque chose d'unique, d'original. Quand on entend parler un vrai artiste, on sent qu'il y a quelque chose de spécial qui se passe, que ses paroles témoignent d'une sensibilité hors du commun. Pas étonnant que Picasso et ses semblables occupent l'essentiel des pages des dictionnaires de citations.

Au risque de me répéter, je tire la quasi-totalité de mon savoir sociologique et moral du Magazine La Semaine. Au-delà des simples entrevues et articles de fond, on y retrouve auss des conversations entre artistes et, bon, je ne voudrais surtout pas me vanter au travers de mes lectures, mais franchement ça bouillonne d'excitation intellectuelle. Tenez, par exemple, extrait d'un message d'artiste à artiste, tiré verbatim de la page 39 du Vol. 2, #43 (2 décembre 2006):


Tu es vraiment une belle personne, entière, authentique et en cheminement. Tu te diriges de plus en plus vers ton essence, vers ta voie. C'est beau de voir ça.

En lisant c'est lignes, on sent tout de suite qu'on a affaire à une toute autre catégorie d'êtres humains. Une sensibilité toute particulière, je vous dis. J'en frissonne encore.




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16 février 2007

Google Images en tant qu'autorité théologique

Dans la catégorie "horreur journalistique", permettez-moi de mettre en nomination cette merveilleuse petite merde pondue par le service de l'information de Radio-Canada. Ce ou cette journaliste a visiblement jugé raisonnable de considérer Google comme l'autorité qui scelle 1400 ans de débats théologiques. Google Images, dois-je le préciser, parce qu'une recherche textuelle aurait demandé un petit peu trop de rigueur.

Dans le même ordre d'idée, les habitants d'un petit village Pakistanais récemment branché à Internet viennent de découvrir que les chrétiens sont une bande de semi-extraterrestes se regroupant en comités internationaux pour rechercher la "clé du cul".
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15 février 2007

Espèce de Jean-Marie Le Pen

Moi, ce qui m'amuse dans la menace de procédures judiciaires initiées par l'ADQ contre Pierre Arcand pour avoir comparé Mario Dumont à Jean-Marie Le Pen, c'est Jean-Marie Le Pen.

Bon, d'accord, Le Pen m'amuse seulement parce que j'aime l'humour noir. Euh... disons l'humour de mauvais goût. Anyways, je me demande ce qui se passerait si Nicolas Sarkozy comparait Jean-Marie Le Pen à Mario Dumont? Est-ce que Le Pen pourrait poursuivre Sarkozy en affirmant quelque chose du genre "Je suis peut-être d'extrême droite, mais je ne suis pas un imbécile?"

Ou, peut-être plus à propos, est-ce que le système judiciaire français permet à Jean-Marie Le Pen de traîner en justice ceux qui le comparent à Jean-Marie Le Pen?
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14 février 2007

It's just Sylvain against the world, baby

Moi je suis pour ça, les artistes opprimés. Federico Garcia Lorca, Tupac Shakur, Dostoïevski, quand ça souffre, ça m’interpelle. C’est précisément pourquoi je ressens une certaine communauté d’âme avec Sylvain Cossette. Arrêtez de rire, c’est une histoire très très très sérieuse qui explique tout ce qui va mal dans le monde et qui se termine avec la mise au pilori d'un de vos plus grands héros. Ça commence par un flash-back :

Je suis chez moi à Istanbul, sur... dans une pièce que mon frère m'a demandé de ne pas nommer parce qu'il est en croisade contre la scatologie (n'empêche que c'est pas moi qui écoute du Doc Gynéco). Tout à coup, par un hasard absolument incroyable, je tombe sur le numéro du 11 novembre 2006 du Magazine La Semaine. C'est un numéro extraordinaire, comme vous êtes sur le point de découvrir, un numéro qui va changer ma vie. Surtout les pages 24 et 25.

Page 25: Une immense photo de Sylvain Cossette qui affirme, en légende, qu'il a "essayé de faire du bien aux autres". C'est une phrase-choc destinée à accrocher votre attention pour que vous lisiez l'article. Et puisque vous aussi, vous voulez que Sylvain vous fasse du bien, vous lisez l'article en question.

Ce qui nous amène à la page 24, qui nous offre le palpitant récit de la création de "Les 7", la comédie musicale grâce à laquelle il entend faire du bien aux autres. Il s'agit d'"un conte fantastique qui décrit les relations entre sept hommes tous prénommés Martin [...] Mais un jour, la venue d'une jeune fille fera changer les choses."

Je vous vois venir, mais la réponse est non, bande de psychanalystes dégénérés. Autant que possible, j'essaie de m'élever au-dessus du genre de considérations vulgaires qui vous occupent maintenant l'esprit. J'ai un surmoi, moi. Et moi et mon surmoi, on essaie d'aller, genre, dans le niveau du profond.

Et dans le niveau du profond, SylCos nous explique que cette pièce parle d'un retour à des valeurs comme l'amitié, l'amour et la solidarité.

OOOOOOOOOOOOKKKKKKKKKKKK. Stop.

Tant qu’on utilise des formulations positives, on peut dire bien des choses et son contraire sans que personne ne le remarque. De "un Québec fort dans un Canada uni" à "je vis au jour le jour en m'accrochant à mes rêves", y'a vraiment aucune limite aux contradictions qu'on peut faire tenir dans une petite valise. Pour mettre fin à ce fléau, pour comprendre ce qui se cache derrière des affirmations aux apparences innocentes, il faut accepter de voir la réalité en face, de nommer le négatif, de rejeter le positif, bref, de décrire ce monde comme un véritable enfer. Ça tombe bien, je suis bon là-dedans.

Alors qu’est-ce que ça veut dire, dans le cas de Sylvain? S'il affirme qu'il faut retourner à des valeurs comme l'amitié, l'amour et la solidarité, ça doit bien vouloir dire que certains autres ne sont pas de cet avis, non? Contre quoi Sylvain se bat-il? Qui opprime Sylvain?

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais le Magazine La Semaine est l’alpha et l’oméga. Il contient tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la vie, le monde et les valeurs morales sans jamais avoir osé le demander. Eh bien moi, ce que je veux savoir sur la vie, c’est l’identité de l’oppresseur de Sylvain. Et ça tombe bien puisque cette semaine le Magazine La Semaine nous offre plusieurs réponses possibles. Les énergies négatives, par exemple.

Fast-forward d’une soixantaine de pages (pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, le Magazine la Semaine est un magazine relativement épais). Vous tombez sur la papesse du turbinage d'énergies antitoxines dans les enzymes d'alimentation vivante, Solange Laurin N.D. (le N.D., c'est pour "non diplômée"), qui répond à un lecteur l'accusant d'insinuer que les fruits causent le cancer.

Animée par une inexplicable rancune contre les gens en sarrau blanc, la grande prêtresse des noix laissées à tremper dans le gluten par une nuit de pleine lune en remuant trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre (c'est pour la rotation de la terre) répond à son impertinent lecteur: La raison pour laquelle il a cru lire dans sa chronique que les fruits causent le cancer, c'est tout simplement parce que les fruits causent effectivement le cancer. Elle en veut pour preuve l'expertise de la cafétéria de l'Institut Hippocrape de Flooooooride, dont l'autorité ne saurait être contestée puisque : De un, il porte le nom du fondateur de la médecine (celui qui a fondé la médecine en entortillant une couleuvre autour d'un bâton) et que : De deux, elle l'a visité trois fois. Et si jamais vous croyez qu'elle a tort, qu'importe: une judicieuse petite décharge légale dans le bas de la page (...ne doivent pas être considérés comme un avis médical...) vous enlève le droit de poursuivre ladite prêtresse en justice pour vente d'huile de serpent, tout en préservant le droit inaliénable du magazine à faire des profits en publicisant ses propos.

[Certains jours, je me dis que c'est vraiment une bonne chose de faire confiance au bon sens populaire. D'autres jours, je m'étonne de la quantité d'argent qu'on peut faire en supposant le contraire.]

Mais on peut manger des fruits jusqu’à s’en donner le cancer sans pour autant renoncer à l’amour, l’amitié et la solidarité. Qui d’autre trouverait profit dans la défait historique du Bien et de Sylvain Cossette? Serait-ce le "boléro en castor rasé de Zuki" que portait (en page 13) Ima pour la soirée de l’ADISQ?

OK, deux constatations: De un, j’ai quitté le Québec il y a plus de cinq ans et je n’ai aucune idée de qui est cette "Ima". Sauf que, dans "L’enfant sauvage" de Truffaut, le docteur Itard avait nommé un petit handicapé intellectuel "Victor" parce que c’était un des seuls mots qu’il réussissait à prononcer. En d’autres termes, ça s’annonce plutôt mal pour Ima.

Deuxième constatation: Je ne suis pas trop sûr, comme chante un certain, de ce qu'est un "boléro en castor rasé de Zuki". Mais ça sonne vachement pornographique.

Sauf que, il faut l'admettre, les pornographes tombent en amour, les pornographes ont des amis et, diantre, quand les pornographes sont attaqués de toutes parts par les parangons de vertu et d'humilité bien dissimulée, ils savent même faire preuve de solidarité. Il faut donc chercher ailleurs la réponse à notre question: Mais qui donc opprime Syvlain Cossette?

Et si on remplaçait le purement pornographique par le simple mauvais goût? Surprise, une autre alternative s’offre à nous. L'espace d'un instant, j'ai vraiment envie de ne pas vous en dire plus, juste comme ça, pour satisfaire mon instinct de cruauté. Mais je suis un maître de la chtratégie dévoré par le désir de vaincre, alors voici: Allez faire un tour en page 3. L'article s'intitule "Chritiana, évincée du loft: 'David ne m'a pas trahie'"

C'est une entrevue de fond avec "une évincée sensible et déterminée" (ça s’invente pas), à qui son prince charmant a menti à propos d'une histoire de bracelet d'immunité (j'ai pas trop compris le principe, mais ça semble se rapprocher du concept de collier anti-puces). L’évincée en question se présente dans un format dit du "p’tit pétard qui va faire pitié sérieux dans vingt ans" (la stupidité ne s'exfolie que durant la jeunesse, ô jeunes filles nubiles! Si vous voulez être encore belles à 50 ans, lisez des livres!). On la voit sur une photo entourée à gauche de sa mère (pour laquelle, pourrait-on croire en notant son caractère lunaire au niveau du derme, une des valeurs fondamentales est le prix de deux paquets d'Export A vertes) et à droite de son frère de quinze ans (affublé du regard anxieux de l'adolescent dont tous les amis auront bientôt l'occasion de voir sa soeur en train de baiser à la télévision). L’article nous donne aussi accès à une lettre secrète envoyée par un autre participant de Loffe Story, une missive enflammées d'où suintent amour et problèmes de grammaire. On précise qu’il "a fallu du temps à Christiana afin de nous livrer cette lettre, car elle ne voulait pas trahir son David", prouvant par le fait même que la demoiselle en question est sensible aux arguments du genre "Enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc [etc.]"

Le mensonge, la manipulation, Télévision Quatre Saisons, le lucre et la fornication (tous tout nus dans le même lit) : Est-ce donc là ce contre quoi se bat Sylvain Cossette?

Eh bien oui et non. J'ai passé des jours et des jours à réfléchir sur la question, et j'ai fini par revenir à l'essentiel, à savoir l'entrevue avec Sylvain. Peu avant la fin de son entretien il nous offre, subtilement, la clé de son oeuvre: "J'ai voulu transmettre des valeurs qui me sont chères. Souvent, on pense en fonction de la popularité."

Bien évidemment, SylCos sait pertinemment qu'il faut penser en fonction de la popularité, puisque c'est l'impopularité qui permet de déterminer qui sont les losers. Mais après avoir vendu des millions d'albums il peut maintenant se concentrer au zen, au tisanes organiques, au partage de la sagesse, bref, à son rôle d'artiste.

Moi, par exemple, je me suis levé un jour en disant que j'allais m'opposer à l'amitié, à l'amour et à la solidarité. Évidemment, personne ne m'a entendu le dire parce que je n'ai pas d'amis, parce qu'il n'y a pas de fille dans mon lit et parce que tout le monde complote contre moi. Mais par la suite, j'ai lu l'article sur Sylvain, et j'ai fini par comprendre: L'oppresseur de Sylvain Cossette, c'est moi.

Je vais essayer d'arrêter, mais je ne vous promets rien.



[Note: Les opinions exprimées dans ce texte ne reflètent pas nécessairement celles de l'auteur, qui ne saurait en être tenu légalement responsable. Eh eh...]






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Le Québec, c'est l'Europe en Amérique

C'est, comment dit-on? ...savoureux. Pierre Arcand, qui semble vouloir devenir le Silvio Berlusconi du Québec, compare Mario Dumont à Jean-Marie Le Pen.

C'est vrai que le Québec est vachement européen. Je suis juste pas sûr qu'il y ait de quoi en être fiers...
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07 février 2007

Cause toujours, Hérouxvilain

Comme tout le monde, j'ai perdu plus de temps que je n'oserais l'avouer sur YouTube, mais je n'avais jamais envisagé dénoncer quelque vidéo que ce soit en cliquant sur "Flag as inappropriate". Mais quand je suis tombé sur l'horrible petit tapon d'antisémitisme intitulé "Twitz Musik" (l'oeuvre de jeunes entrepreneurs dynamiques qui ont décidé de voler le concept des Têtes à Claques en remplaçant le "pas très drôle et plutôt insignifiant" par du "pas drôle du tout et haineux"), j'y ai repensé à deux fois. Pas pour poser un geste politique important, non, simplement pour être en paix avec ma conscience.

Il y environ deux mois, j'ai eu une conversation avec un collègue néerlandais sur le racisme dans nos pays respectifs. Il me disait qu'aujourd'hui, aux Pays-Bas, la classe politique tient un discours qui aurait été impensable il y a dix ans, avant les boutefeux du genre de Pym Fortuyn, Ayaan Hirsi Ali, Théo Van Gogh et son assassin Bohammed Bouyeri, un discours dans lequel être ouvertement raciste n'est plus interdit. Non pas que l'opinion publique ait soudainement découvert l'intolérance. Non, c'est plutôt qu'on dit aujourd'hui tout haut ce que tout le monde pensait tout bas il y a dix ans.

Je lui ai répondu que je doutais qu'une telle chose puisse arriver au Québec. Bien sûr, l'ignorance court les rues chez moi comme ailleurs. Mais j'étais convaincu que le Québec peut compter sur l'omniprésence d'une certaine pensée de gauche et surtout sur la conscience de ses propres origines immigrantes pour éviter les dérapages sérieux.

J'avais tort.

J'ai regardé la prestation d'André Drouin à TLMP, via YouTube. Le type fait preuve d'une stupidité qui choquerait la moule moyenne. Ce n'est pas un crime, je vous l'accorde. Mais il est dangereux parce que sa connerie est une connerie revendicatrice. Il a une vision du monde complètement déformée, dans laquelle il est dans la nature du Musulman d'imposer le voile aux employées de la Caisse Pop du village, et n'écoute que ceux qui confirment ses délires de persécution et la prétendue justesse de sa croisade. Il tient cette vérité comme allant de soi que la guerre et autres formes de violence font partie de certaines cultures (mais pas de celle de la MRC Mékinac, qui a pourtant historiquement préféré aux Normes de Vie des Amérindiens la simplicité d'un génocide).

Pire encore, il semble complètement inconscient des conséquences de ses prises de position publiques. D'accord, nous sommes encore loin des déportations de masse et des escadrons de la mort. Mais je serais curieux de savoir comment se porte ces jours-ci la moyenne quotidienne de petites blagues méprisantes envoyées vers le seul collègue Musulman au bureau, comment se traduit le débat dans les cours d'écoles secondaires (là où l'affirmation "le débat est allé trop loin" a une forte tendance à laisser la place au genre de pression psychologique qui pousse au suicide). Si on lui faisait la remarque, Drouin serai d'abord surpris puis s'efforcerait probablement de ne pas y penser. Le fait que son action puisse avoir des conséquences négatives lui est totalement inconcevable.

C'est peut-être un effet de ma mémoire défaillante, mais le Hérouxvilain et les Twitz sont les deux exemples les plus clairs de racisme québécois dont je puisse me souvenir. Je les ai reçus coup sur coup, en pleine gueule, et je vous mentirais si j'affirmais que mes sentiments à l'égard de mon appartenance à la nation québécoise aujourd'hui n'ont pas changé depuis une semaine.

C'est pourquoi, quand j'ai appris le Congrès Islamique Canadien et le Forum Musulman Canadien menaçaient de déposer une plainte à la Commission des Droits de la Personne, ma première réaction a été une espèce de joie perçante, celle qui vient avec le sentiment de vengeance.

Puis j'y ai repensé.

Je l'ai déjà dit ailleurs, il est facile de défendre le droit à la liberté d'expression pour les gens avec qui nous sommes d'accord, pour la leader démocrate qui lutte contre une junte militaire ou pour un écrivain mis en prison pour avoir affirmé son homosexualité. Mais le vrai test, celui qui nous fait comprendre si cette liberté est un principe solide ou tout simplement une arme de rhétorique à géométrie variable, c'est celui des cas qui nous répugnent. C'est de défendre David Irving, mis en prison en Autriche pour ses idées, même si ses idées impliquent que l'holocauste est une invention. C'est de dénoncer l'antisémitisme version locale des Twitz sans empêcher qui que ce soit d'en contempler le contenu dégoûtant. C'est de refuser d'imposer le bâillon à André Drouin sous prétexte qu'à force de vomir de la haine il en finit par avoir une haleine de rat crevé.

Au delà de la simple honnêteté intellectuelle, il y a plusieurs raisons raisons pour les laisser parler. Parce qu'il faut éviter de leur offrir l'auréole des opprimés politiques. Parce que certaines idées autrefois intolérables sont devenues par la suite des symboles de progrès (imaginez, même la Déclaration des Normes de Hérouxville suggère que "les hommes et les femmes ont la même valeur"!) Et surtout parce que, la plupart du temps, ces idées sont intellectuellement difficiles à défendre. Stupides. Crétines. Qu'elles sont indémontrables et facilement démontées. Et qu'il est tout aussi agréable que pertinent et efficace de les ridiculiser.

C'est précisément ce que j'ai essayé de faire il y a quelques jours. C'est aussi ce que réussit ce beau petit site. C'est, encore et surtout, ce que Guy A. Lepage et Dany Turcotte ont magnifiquement accompli à Tout le monde en parle. Et c'est la raison pour laquelle ce ne sera pas moi qui va dénoncer le caractère inapproprié que possède pourtant si visiblement la petite merde pondue par Twitz.tv.
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03 février 2007

L'Étranger (selon des Hérouxvilains)

Si vous avez un peu travaillé avec des sources narratives médiévales en persan (ah non?), vous savez que certains textes en disent plus long sur leur auteurs que sur leurs sujets. Eh ben dans ce rayon-là, on a pondu une pépite y'a pas longtemps, la fameuse Déclaration des Normes de Hérouxville. Alors voici, en primeur, ma petite glose fielleuse sur ce qu'est un Étranger selon les Hérouxvilains (s'cusez, j'ai pas pu m'en empêcher).


[N]ous considérons comme hors norme toute action ou tout geste s’inscrivant à l’encontre de ce prononcé, tels le fait de tuer les femmes par lapidation sur la place publique ou en les faisant brûler vives, les brûler avec de l’acide, les exciser etc. [...] Toute forme de violence à l’endroit des enfants est proscrite.

Dans son pays, l'Étranger (qui, assez curieusement, habite un pays appelé lui aussi l'Étranger) s'amuse beaucoup à raffiner l'art de la cruauté, mais jamais envers les hommes. C’est un pays où on brûle les femmes (mais seulement vivantes), on les lapide sur la place publique (jamais en privé), on les brûle avec de l'acide (je crois que ça fait partie d'un festival dans le village de Borat), on les excise et, parfois, on les et caetera, ce qui laisse place à l'imagination (et aux groupes ethniques qui se sentiraient exclus de cette trop courte liste de sévices). Elles doivent d'autre part se prévaloir de tous ces traitements sans conduire de voiture. Quant aux enfants, on ne prend pas la peine de développer de torture particulière à leur intention: Ils grandissent si vite!

Nous écoutons de la musique et nous buvons des boissons alcoolisées dans les lieux publics ou privés [...]
L'Étranger, qui vient d’un pays où il est interdit de s’amuser, sait instinctivement qu’il ne pourra pas invoquer les Déclaration des Normes de Hérouxville lorsque la police l’arrêtera pour avoir siroté sa bière en marchant sur le trottoir.

Dans [nos hôpitaux et nos CLSC] les patients mangent la nourriture traditionnelle qu’on leur offre. Il est fréquent d’y entendre de la musique, d’y voir des revues, magazines ou journaux ou toute autre forme de contenus multimédias conformes à l’esprit communautaire régissant nos normes de vie.

L'Étranger doit s'attendre à ce que, s'il visite l'hôpital, on lui offre le plat national du Québec, à savoir les patates pilées en poudre et le pain de viande au carton. Il doit aussi lutter contre son instinct qui lui suggère fortement de ne pas finir son assiette, un comportement qui est commun dans son pays.
L'Étranger n’a jamais entendu de musique et refuse d’accepter le magazine La Semaine, pourtant la forme la plus aboutie de l’affirmation de notre culture nationale. Lorsque poussé dans de tels retranchements, il fait preuve d'une réaction instinctive et se met à brûler des femmes avec de l'acide et à les empêcher de conduire. L'Étranger a évidemment l'esprit pratique, puisque la salle d'attente d'un CLSC est l'endroit idéal pour empêcher une femme de conduire.

Depuis plusieurs années, en vertu de la laïcisation de nos écoles, aucun local n’est fourni pour les prières ou toutes formes d’incantations. D’ailleurs, dans plusieurs de nos écoles il n’y a plus aucune prière. On y enseigne de plus en plus la science et de moins en moins la foi.
L'Étranger prie parfois, mais la plupart du temps préfère s'adonner à des incantations, y ajoutant au gré de sa fantaisie sacrifices d'animaux, fabrication d’homuncules et danse du ventre. Il comprend que, quand même, les Hérouxvilains se laissent la porte ouverte à imposer la prière dans QUELQUES écoles, mais surtout pas aux incantations magiques. L'Étranger ne prend toutefois pas note de la légère amertume avec laquelle avec laquelle les conseillers municipaux DÉMOCRATIQUEMENT ÉLUS ajoutent qu'on enseigne de moins en moins la religion dans les écoles (ceci est un texte démocratique, le résultat d'un consensus qui le dispense d'être cohérent).

Lors de votre arrivée chez nous vous verrez des garçons et des filles se baigner ensemble dans la même piscine par exemple. Ne soyez pas surpris car, pour nous, c’est normal.
L'Étranger imagine que Hérouxville est un paradis tropical... ou alors il arrive toujours entre fin juin et début août.

Dans les piscines publiques nous avons des gardiens et des gardiennes de sécurité. Il est fréquent de voir un gardien en devoir lorsqu’ensemble (sic) baigneurs et baigneuses s’amusent. Toutes les lois adoptées pour permettre de tels phénomènes l’ont été en suivant un processus rigoureusement démocratique.

L'Étranger, dans son pays, est habitué à voir des sauveteurs, des maîtres-nageurs ou des lifeguards protéger les baigneurs de la noyade. Il comprend toutefois que la démocratie justifie tout, y compris la présence autour de la piscine d’hommes et de femmes refusés (et refusées) par l’École Nationale de Police de Nicolet.

Depuis toujours, chez nous, un policier peut questionner, aviser, sermonner, signifier une infraction, indépendamment à un homme ou une femme. [...] Pour respecter les lois votées démocratiquement nous acceptons d’avoir notre photo sur les passeports, carte d’assurance maladie et permis de conduire.
L'Étranger vient d’un pays où la police n’a aucun droit. La seule chose qu'il ne puisse supporter est qu'on le prenne en photo ce qui, on le sait bien, n'est un moyen pour le gouvernement de lui voler son âme.

Dans nos familles les garçons et les filles mangent ensemble, à la même table, la même nourriture. Ils peuvent manger toutes sortes de viandes, fruits et légumes. Ils n’ont pas à manger exclusivement de la viande ou exclusivement des légumes. Et ils peuvent manger des deux en tout temps de l’année.

Chez l'Étranger, les hommes mangent de la viande de janvier à juin et des légumes de juillet à décembre. Les femmes suivent le calendrier inverse, et se nourrissent à l'étable. Si l'Étranger est chrétien et qu'il espère qu'on le laissera s’adonner à quelque forme de jeûne que ce soit pendant le Carême, il se met le doigt dans l'oeil.

Si les enfants mangent de la viande de boeuf, à titre d’exemple, ils ne chercheront pas à savoir la provenance du boeuf, qui l’a tué, à quel endroit, de quelle façon ou quel jour. Dans nos familles, ce qui est ingurgité par la bouche sert exclusivement à nourrir le corps. L’âme se nourrit autrement.

L'Étranger (et, lorsqu'il ne l'a pas battu à mort, son enfant) est prêt à renverser toutes les normes sociales pour vérifier que sa nourriture est d'origine organique. Il a aussi l’ambition démesurée de retirer un plaisir psychologique du bon goût de ses aliments. Avec toute la saloperie de propagande de la Di Stasio, on serait étonné du contraire. L'Étranger est sous l’emprise de l'insidieuse propagande des Italiens qui, comme par hasard, sont aussi des Étrangers.

La certitude nous habite, comme personnes élues et élus, que nous saurons donner à ces nouveaux arrivants l’assurance que les conditions de vie qu’ils ont fuies dans leur pays ne sauront se reproduire ici.
L’Étranger est un être complexe, dans la mesure où il passe la moitié de sa vie à fuir des conditions de vie et l’autre moitié à tenter de les recréer à l’autre bout du monde. Il a toutefois retenu la leçon de son ancien Président À Vie, selon laquelle le fait d’être élu augmente significativement la capacité d’avoir raison.

Voilà, c’est tout, et c’en est déjà trop. Oh, j’oubliais : Dans la version anglaise, la section "À propos des femmes" devient "Our women", comme dans l'expression "Y viennent nous voler nos femmes".

Mais autrement, ça complète le portrait de ce qu'est un étranger pour le Hérouxvilain: Un être profondément violent, mais seulement envers les plus faibles, un être qui a horreur du bonheur et qui est capable des plus horribles réactions lorsqu'il y est confronté, un être qui s'adonne à des activités incompréhensibles qui semble avoir quelque chose à voir avec la sorcellerie.

Merde, je viens de comprendre. Pour les Hérouxvilains, l'Étranger, c'est Gargamel.
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