14 février 2007

It's just Sylvain against the world, baby

Moi je suis pour ça, les artistes opprimés. Federico Garcia Lorca, Tupac Shakur, Dostoïevski, quand ça souffre, ça m’interpelle. C’est précisément pourquoi je ressens une certaine communauté d’âme avec Sylvain Cossette. Arrêtez de rire, c’est une histoire très très très sérieuse qui explique tout ce qui va mal dans le monde et qui se termine avec la mise au pilori d'un de vos plus grands héros. Ça commence par un flash-back :

Je suis chez moi à Istanbul, sur... dans une pièce que mon frère m'a demandé de ne pas nommer parce qu'il est en croisade contre la scatologie (n'empêche que c'est pas moi qui écoute du Doc Gynéco). Tout à coup, par un hasard absolument incroyable, je tombe sur le numéro du 11 novembre 2006 du Magazine La Semaine. C'est un numéro extraordinaire, comme vous êtes sur le point de découvrir, un numéro qui va changer ma vie. Surtout les pages 24 et 25.

Page 25: Une immense photo de Sylvain Cossette qui affirme, en légende, qu'il a "essayé de faire du bien aux autres". C'est une phrase-choc destinée à accrocher votre attention pour que vous lisiez l'article. Et puisque vous aussi, vous voulez que Sylvain vous fasse du bien, vous lisez l'article en question.

Ce qui nous amène à la page 24, qui nous offre le palpitant récit de la création de "Les 7", la comédie musicale grâce à laquelle il entend faire du bien aux autres. Il s'agit d'"un conte fantastique qui décrit les relations entre sept hommes tous prénommés Martin [...] Mais un jour, la venue d'une jeune fille fera changer les choses."

Je vous vois venir, mais la réponse est non, bande de psychanalystes dégénérés. Autant que possible, j'essaie de m'élever au-dessus du genre de considérations vulgaires qui vous occupent maintenant l'esprit. J'ai un surmoi, moi. Et moi et mon surmoi, on essaie d'aller, genre, dans le niveau du profond.

Et dans le niveau du profond, SylCos nous explique que cette pièce parle d'un retour à des valeurs comme l'amitié, l'amour et la solidarité.

OOOOOOOOOOOOKKKKKKKKKKKK. Stop.

Tant qu’on utilise des formulations positives, on peut dire bien des choses et son contraire sans que personne ne le remarque. De "un Québec fort dans un Canada uni" à "je vis au jour le jour en m'accrochant à mes rêves", y'a vraiment aucune limite aux contradictions qu'on peut faire tenir dans une petite valise. Pour mettre fin à ce fléau, pour comprendre ce qui se cache derrière des affirmations aux apparences innocentes, il faut accepter de voir la réalité en face, de nommer le négatif, de rejeter le positif, bref, de décrire ce monde comme un véritable enfer. Ça tombe bien, je suis bon là-dedans.

Alors qu’est-ce que ça veut dire, dans le cas de Sylvain? S'il affirme qu'il faut retourner à des valeurs comme l'amitié, l'amour et la solidarité, ça doit bien vouloir dire que certains autres ne sont pas de cet avis, non? Contre quoi Sylvain se bat-il? Qui opprime Sylvain?

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais le Magazine La Semaine est l’alpha et l’oméga. Il contient tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la vie, le monde et les valeurs morales sans jamais avoir osé le demander. Eh bien moi, ce que je veux savoir sur la vie, c’est l’identité de l’oppresseur de Sylvain. Et ça tombe bien puisque cette semaine le Magazine La Semaine nous offre plusieurs réponses possibles. Les énergies négatives, par exemple.

Fast-forward d’une soixantaine de pages (pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, le Magazine la Semaine est un magazine relativement épais). Vous tombez sur la papesse du turbinage d'énergies antitoxines dans les enzymes d'alimentation vivante, Solange Laurin N.D. (le N.D., c'est pour "non diplômée"), qui répond à un lecteur l'accusant d'insinuer que les fruits causent le cancer.

Animée par une inexplicable rancune contre les gens en sarrau blanc, la grande prêtresse des noix laissées à tremper dans le gluten par une nuit de pleine lune en remuant trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre (c'est pour la rotation de la terre) répond à son impertinent lecteur: La raison pour laquelle il a cru lire dans sa chronique que les fruits causent le cancer, c'est tout simplement parce que les fruits causent effectivement le cancer. Elle en veut pour preuve l'expertise de la cafétéria de l'Institut Hippocrape de Flooooooride, dont l'autorité ne saurait être contestée puisque : De un, il porte le nom du fondateur de la médecine (celui qui a fondé la médecine en entortillant une couleuvre autour d'un bâton) et que : De deux, elle l'a visité trois fois. Et si jamais vous croyez qu'elle a tort, qu'importe: une judicieuse petite décharge légale dans le bas de la page (...ne doivent pas être considérés comme un avis médical...) vous enlève le droit de poursuivre ladite prêtresse en justice pour vente d'huile de serpent, tout en préservant le droit inaliénable du magazine à faire des profits en publicisant ses propos.

[Certains jours, je me dis que c'est vraiment une bonne chose de faire confiance au bon sens populaire. D'autres jours, je m'étonne de la quantité d'argent qu'on peut faire en supposant le contraire.]

Mais on peut manger des fruits jusqu’à s’en donner le cancer sans pour autant renoncer à l’amour, l’amitié et la solidarité. Qui d’autre trouverait profit dans la défait historique du Bien et de Sylvain Cossette? Serait-ce le "boléro en castor rasé de Zuki" que portait (en page 13) Ima pour la soirée de l’ADISQ?

OK, deux constatations: De un, j’ai quitté le Québec il y a plus de cinq ans et je n’ai aucune idée de qui est cette "Ima". Sauf que, dans "L’enfant sauvage" de Truffaut, le docteur Itard avait nommé un petit handicapé intellectuel "Victor" parce que c’était un des seuls mots qu’il réussissait à prononcer. En d’autres termes, ça s’annonce plutôt mal pour Ima.

Deuxième constatation: Je ne suis pas trop sûr, comme chante un certain, de ce qu'est un "boléro en castor rasé de Zuki". Mais ça sonne vachement pornographique.

Sauf que, il faut l'admettre, les pornographes tombent en amour, les pornographes ont des amis et, diantre, quand les pornographes sont attaqués de toutes parts par les parangons de vertu et d'humilité bien dissimulée, ils savent même faire preuve de solidarité. Il faut donc chercher ailleurs la réponse à notre question: Mais qui donc opprime Syvlain Cossette?

Et si on remplaçait le purement pornographique par le simple mauvais goût? Surprise, une autre alternative s’offre à nous. L'espace d'un instant, j'ai vraiment envie de ne pas vous en dire plus, juste comme ça, pour satisfaire mon instinct de cruauté. Mais je suis un maître de la chtratégie dévoré par le désir de vaincre, alors voici: Allez faire un tour en page 3. L'article s'intitule "Chritiana, évincée du loft: 'David ne m'a pas trahie'"

C'est une entrevue de fond avec "une évincée sensible et déterminée" (ça s’invente pas), à qui son prince charmant a menti à propos d'une histoire de bracelet d'immunité (j'ai pas trop compris le principe, mais ça semble se rapprocher du concept de collier anti-puces). L’évincée en question se présente dans un format dit du "p’tit pétard qui va faire pitié sérieux dans vingt ans" (la stupidité ne s'exfolie que durant la jeunesse, ô jeunes filles nubiles! Si vous voulez être encore belles à 50 ans, lisez des livres!). On la voit sur une photo entourée à gauche de sa mère (pour laquelle, pourrait-on croire en notant son caractère lunaire au niveau du derme, une des valeurs fondamentales est le prix de deux paquets d'Export A vertes) et à droite de son frère de quinze ans (affublé du regard anxieux de l'adolescent dont tous les amis auront bientôt l'occasion de voir sa soeur en train de baiser à la télévision). L’article nous donne aussi accès à une lettre secrète envoyée par un autre participant de Loffe Story, une missive enflammées d'où suintent amour et problèmes de grammaire. On précise qu’il "a fallu du temps à Christiana afin de nous livrer cette lettre, car elle ne voulait pas trahir son David", prouvant par le fait même que la demoiselle en question est sensible aux arguments du genre "Enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc, enwèye-donc [etc.]"

Le mensonge, la manipulation, Télévision Quatre Saisons, le lucre et la fornication (tous tout nus dans le même lit) : Est-ce donc là ce contre quoi se bat Sylvain Cossette?

Eh bien oui et non. J'ai passé des jours et des jours à réfléchir sur la question, et j'ai fini par revenir à l'essentiel, à savoir l'entrevue avec Sylvain. Peu avant la fin de son entretien il nous offre, subtilement, la clé de son oeuvre: "J'ai voulu transmettre des valeurs qui me sont chères. Souvent, on pense en fonction de la popularité."

Bien évidemment, SylCos sait pertinemment qu'il faut penser en fonction de la popularité, puisque c'est l'impopularité qui permet de déterminer qui sont les losers. Mais après avoir vendu des millions d'albums il peut maintenant se concentrer au zen, au tisanes organiques, au partage de la sagesse, bref, à son rôle d'artiste.

Moi, par exemple, je me suis levé un jour en disant que j'allais m'opposer à l'amitié, à l'amour et à la solidarité. Évidemment, personne ne m'a entendu le dire parce que je n'ai pas d'amis, parce qu'il n'y a pas de fille dans mon lit et parce que tout le monde complote contre moi. Mais par la suite, j'ai lu l'article sur Sylvain, et j'ai fini par comprendre: L'oppresseur de Sylvain Cossette, c'est moi.

Je vais essayer d'arrêter, mais je ne vous promets rien.



[Note: Les opinions exprimées dans ce texte ne reflètent pas nécessairement celles de l'auteur, qui ne saurait en être tenu légalement responsable. Eh eh...]






2 commentaires:

Anonyme a dit...

Trois pages sur Sylvain Crossette?! On s'ennuie du Quebec?

Anne O'Neam a dit...

Pour paraphraser la ravissante Monique, "T'es méchant, t'es méchant, t'es méchant,!".
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