03 février 2007

L'Étranger (selon des Hérouxvilains)

Si vous avez un peu travaillé avec des sources narratives médiévales en persan (ah non?), vous savez que certains textes en disent plus long sur leur auteurs que sur leurs sujets. Eh ben dans ce rayon-là, on a pondu une pépite y'a pas longtemps, la fameuse Déclaration des Normes de Hérouxville. Alors voici, en primeur, ma petite glose fielleuse sur ce qu'est un Étranger selon les Hérouxvilains (s'cusez, j'ai pas pu m'en empêcher).


[N]ous considérons comme hors norme toute action ou tout geste s’inscrivant à l’encontre de ce prononcé, tels le fait de tuer les femmes par lapidation sur la place publique ou en les faisant brûler vives, les brûler avec de l’acide, les exciser etc. [...] Toute forme de violence à l’endroit des enfants est proscrite.

Dans son pays, l'Étranger (qui, assez curieusement, habite un pays appelé lui aussi l'Étranger) s'amuse beaucoup à raffiner l'art de la cruauté, mais jamais envers les hommes. C’est un pays où on brûle les femmes (mais seulement vivantes), on les lapide sur la place publique (jamais en privé), on les brûle avec de l'acide (je crois que ça fait partie d'un festival dans le village de Borat), on les excise et, parfois, on les et caetera, ce qui laisse place à l'imagination (et aux groupes ethniques qui se sentiraient exclus de cette trop courte liste de sévices). Elles doivent d'autre part se prévaloir de tous ces traitements sans conduire de voiture. Quant aux enfants, on ne prend pas la peine de développer de torture particulière à leur intention: Ils grandissent si vite!

Nous écoutons de la musique et nous buvons des boissons alcoolisées dans les lieux publics ou privés [...]
L'Étranger, qui vient d’un pays où il est interdit de s’amuser, sait instinctivement qu’il ne pourra pas invoquer les Déclaration des Normes de Hérouxville lorsque la police l’arrêtera pour avoir siroté sa bière en marchant sur le trottoir.

Dans [nos hôpitaux et nos CLSC] les patients mangent la nourriture traditionnelle qu’on leur offre. Il est fréquent d’y entendre de la musique, d’y voir des revues, magazines ou journaux ou toute autre forme de contenus multimédias conformes à l’esprit communautaire régissant nos normes de vie.

L'Étranger doit s'attendre à ce que, s'il visite l'hôpital, on lui offre le plat national du Québec, à savoir les patates pilées en poudre et le pain de viande au carton. Il doit aussi lutter contre son instinct qui lui suggère fortement de ne pas finir son assiette, un comportement qui est commun dans son pays.
L'Étranger n’a jamais entendu de musique et refuse d’accepter le magazine La Semaine, pourtant la forme la plus aboutie de l’affirmation de notre culture nationale. Lorsque poussé dans de tels retranchements, il fait preuve d'une réaction instinctive et se met à brûler des femmes avec de l'acide et à les empêcher de conduire. L'Étranger a évidemment l'esprit pratique, puisque la salle d'attente d'un CLSC est l'endroit idéal pour empêcher une femme de conduire.

Depuis plusieurs années, en vertu de la laïcisation de nos écoles, aucun local n’est fourni pour les prières ou toutes formes d’incantations. D’ailleurs, dans plusieurs de nos écoles il n’y a plus aucune prière. On y enseigne de plus en plus la science et de moins en moins la foi.
L'Étranger prie parfois, mais la plupart du temps préfère s'adonner à des incantations, y ajoutant au gré de sa fantaisie sacrifices d'animaux, fabrication d’homuncules et danse du ventre. Il comprend que, quand même, les Hérouxvilains se laissent la porte ouverte à imposer la prière dans QUELQUES écoles, mais surtout pas aux incantations magiques. L'Étranger ne prend toutefois pas note de la légère amertume avec laquelle avec laquelle les conseillers municipaux DÉMOCRATIQUEMENT ÉLUS ajoutent qu'on enseigne de moins en moins la religion dans les écoles (ceci est un texte démocratique, le résultat d'un consensus qui le dispense d'être cohérent).

Lors de votre arrivée chez nous vous verrez des garçons et des filles se baigner ensemble dans la même piscine par exemple. Ne soyez pas surpris car, pour nous, c’est normal.
L'Étranger imagine que Hérouxville est un paradis tropical... ou alors il arrive toujours entre fin juin et début août.

Dans les piscines publiques nous avons des gardiens et des gardiennes de sécurité. Il est fréquent de voir un gardien en devoir lorsqu’ensemble (sic) baigneurs et baigneuses s’amusent. Toutes les lois adoptées pour permettre de tels phénomènes l’ont été en suivant un processus rigoureusement démocratique.

L'Étranger, dans son pays, est habitué à voir des sauveteurs, des maîtres-nageurs ou des lifeguards protéger les baigneurs de la noyade. Il comprend toutefois que la démocratie justifie tout, y compris la présence autour de la piscine d’hommes et de femmes refusés (et refusées) par l’École Nationale de Police de Nicolet.

Depuis toujours, chez nous, un policier peut questionner, aviser, sermonner, signifier une infraction, indépendamment à un homme ou une femme. [...] Pour respecter les lois votées démocratiquement nous acceptons d’avoir notre photo sur les passeports, carte d’assurance maladie et permis de conduire.
L'Étranger vient d’un pays où la police n’a aucun droit. La seule chose qu'il ne puisse supporter est qu'on le prenne en photo ce qui, on le sait bien, n'est un moyen pour le gouvernement de lui voler son âme.

Dans nos familles les garçons et les filles mangent ensemble, à la même table, la même nourriture. Ils peuvent manger toutes sortes de viandes, fruits et légumes. Ils n’ont pas à manger exclusivement de la viande ou exclusivement des légumes. Et ils peuvent manger des deux en tout temps de l’année.

Chez l'Étranger, les hommes mangent de la viande de janvier à juin et des légumes de juillet à décembre. Les femmes suivent le calendrier inverse, et se nourrissent à l'étable. Si l'Étranger est chrétien et qu'il espère qu'on le laissera s’adonner à quelque forme de jeûne que ce soit pendant le Carême, il se met le doigt dans l'oeil.

Si les enfants mangent de la viande de boeuf, à titre d’exemple, ils ne chercheront pas à savoir la provenance du boeuf, qui l’a tué, à quel endroit, de quelle façon ou quel jour. Dans nos familles, ce qui est ingurgité par la bouche sert exclusivement à nourrir le corps. L’âme se nourrit autrement.

L'Étranger (et, lorsqu'il ne l'a pas battu à mort, son enfant) est prêt à renverser toutes les normes sociales pour vérifier que sa nourriture est d'origine organique. Il a aussi l’ambition démesurée de retirer un plaisir psychologique du bon goût de ses aliments. Avec toute la saloperie de propagande de la Di Stasio, on serait étonné du contraire. L'Étranger est sous l’emprise de l'insidieuse propagande des Italiens qui, comme par hasard, sont aussi des Étrangers.

La certitude nous habite, comme personnes élues et élus, que nous saurons donner à ces nouveaux arrivants l’assurance que les conditions de vie qu’ils ont fuies dans leur pays ne sauront se reproduire ici.
L’Étranger est un être complexe, dans la mesure où il passe la moitié de sa vie à fuir des conditions de vie et l’autre moitié à tenter de les recréer à l’autre bout du monde. Il a toutefois retenu la leçon de son ancien Président À Vie, selon laquelle le fait d’être élu augmente significativement la capacité d’avoir raison.

Voilà, c’est tout, et c’en est déjà trop. Oh, j’oubliais : Dans la version anglaise, la section "À propos des femmes" devient "Our women", comme dans l'expression "Y viennent nous voler nos femmes".

Mais autrement, ça complète le portrait de ce qu'est un étranger pour le Hérouxvilain: Un être profondément violent, mais seulement envers les plus faibles, un être qui a horreur du bonheur et qui est capable des plus horribles réactions lorsqu'il y est confronté, un être qui s'adonne à des activités incompréhensibles qui semble avoir quelque chose à voir avec la sorcellerie.

Merde, je viens de comprendre. Pour les Hérouxvilains, l'Étranger, c'est Gargamel.

Aucun commentaire: