01 mars 2007

Impression soleil couchant

Je suis un être bon. D'accord, d'accord, pas tout le temps, mais quand je pense pouvoir en tirer profit, oui. Et là, justement, j'ai envie. D'être un être bon. Lors laissez-moi répondre cette bonté à vos pieds. Et ramassez-la. Parce que la bonté, même ma bonté à moi, c'est bon pour vous.

Vous me demandez, ô êtres dubitatifs! comment serai-je bon pour vous aujourd'hui. Cessez vos supplications et laissez-moi m'exprimer: Aujourd'hui, je serai bon en vous décrivant une scène de rêve, une scène féerique, une scène dont VOUS êtes le héros (ou l'héroïne, je n'ai rien contre la drogue):

Alors vous voilà, vous avez payé, oui vous avez acquitté votre droit de passage. Votre présence parmi cette foule est donc parfaitement légitime et, avec elle, vous vous écoulez du salon des passagers vers l'extérieur, vers le quai. Vous embarquez vous aussi, mais choisissez de ne pas vous joindre à cette majorité qui emprunte l'escalier. Vous préférez vous glisser le long de la banquette qui longe le bord, à tribord, vers la proue, au ras des flots.

Il est 17h05 et le bateau vient de quitter la rive européenne d'Istanbul en direction de Kadiköy. À ce moment le vent vous frappe, beaucoup plus froid que sur la terre ferme. Pendant un instant vous envisagez de retraiter vers la cabine où, on vous l'a dit, il fait chaud.

Puis vous levez les yeux et, d'un coup, vous comprenez que L'Ambassadeur ne vous avait pas menti: Devant vous s'élève une masse d'un gris-bleu presque uniforme. Seuls les mots de votre informateur vous permettent de tracer les lignes entre les bâtiments mythiques: Süleymâniye, palais de Topkapi, Sainte-Sophie, la Mosquée Bleue. Et derrière cet assemblages aux limites de l'abstrait, le ciel le plus extraordinaire qu'il vous ait été donné d'admirer, un écran rose si gonflé de lumière que vous vous attendez à le voir exploser d'un moment à l'autre.

J'aurais pu plaquer une photo sur votre écran. Mon talent extraordinairement limité de photographe vous aurait -faussement- convaincu que vous comprenez de quoi je parle. Mais aujourd'hui je suis bon, je vous l'ai déjà dit, et je fais mieux:

Je vous dis quand être où.

Lorsque j'étais au secondaire, "à quatre heures en avant des bus" voulait dire "m'en vas te casser 'a yeule". Mais ce ne sont là qu'erreurs de jeunesse. Aujourd'hui, si je vous dit "à cinq heures dans le bateau pour Kadiköy", ça signifie plutôt que vous allez en tomber sur le cul.

1 commentaire:

mat a dit...

je l'ai fait!
merci au toi cher gourou pour ces soirées de rires et de bonnes bouffes!
a bientot à Paris?