06 mars 2007

Programme I: ADQ

Ainsi donc, notre petit tour d'horizon (l'horizon est bien bas, ne l'oubliez pas) des programmes politiques débute, alphabétiquement, par celui de l'ADQ.

L'ADQ qui, dans son programme politique, pose la question:


"Saviez-vous que... [...] Depuis 1976, tous les gouvernements successifs promettent à tour de rôle une décentralisation qui est restée au stade d’un simulacre ?" (p. 20)

Se présentant comme l'incarnation du changement, le parti de Mario Dumont propose une... décentralisation du gouvernement.


En fait, l'ADQ porte le concept d'autonomie à un niveau qui frise l'obsession psychopathologique. On respecte l'autonomie des parents, des régions, des directeurs d'école (voir plus bas) et des professionnels de la santé. Un texte ancien, le "Protocole des Sages de Rivière-du-Loup", contient d'ailleurs cette sage pensée: "Offre à ton prochain son autonomie. Nul ne pourra par la suite t'accuser de manquer de leadership ou d'agir de façon totalement irresponsable." C'est du moins ce que l'on raconte, les deux pieds réchauffés par la truie, dans les sombres landes du Bas Saint-Laurent.

Plus généralement, quand on prend connaissance du programme "autonomiste" de l'ADQ, on réalise rapidement qu'il s'agit de faire la souveraineté du Québec sans se séparer du Canada: Le Québec deviendrait ainsi un "état autonome" plutôt qu'une province, on n'aurait plus qu'un seul rapport d'impôt et on promulguerait une constitution Québécoise à laquelle, en toute logique, les activités du gouvernement fédéral en sol québécois serait soumises. Ces transformations ne peuvent évidemment se faire sans l'accord du gouvernement fédéral.

En d'autres termes, l'ADQ tient à obtenir la même chose que le PQ mais de façon négociée. Mettre fin aux "chicanes constitutionnelles", vous disiez?

Mais l'ADQ est aussi le seul parti à promettre de la rigueur intellectuelle. Sans blague:

"Un gouvernement qui se soucie réellement de la réussite des jeunes ne doit pas se contenter de politiques de nivellement par le bas, mais plutôt encourager la culture de l’effort et de la rigueur." (p. 11)


L'ADQ est tournée vers l'avenir. C'est pourquoi cette rigueur sera l'apanage exclusif des futures générations. Entre-temps, on nous affirme (à la page précédente, rien de moins) que

"Les pays scandinaves fonctionnent avec des effectifs ministériels qui correspondent à 10 % du nombre de fonctionnaires du ministère québécois de l’Éducation" (p. 10)

...sans qu'on s'embête trop de préciser s'il s'agit d'un total ou d'une moyenne des pays Scandinaves, de quels niveaux scolaires il est question, si ledit ensemble inclut la Finlande ou pas et, plus généralement, d'où sort cette statistique que l'on espère visiblement ne pas voir vérifiée par personne.

Mais l'ADQ est d'abord et avant tout un parti inclusif. C'est pourquoi le programme affirme que
"Tous ceux et celles qui vivent au Québec sont des Québécois, sans exception" (p. 3)

L'affirmation a plusieurs conséquences, mais j'en retiens deux. D'une part, il est possible d'être québécois sans être canadien: Suffit d'être un étudiant étranger à McGill ou à l'UdM. Et de deux, les féministes on gagné: On abolit les Québécoises pour traiter tout le monde comme des hommes.

Gagné, vraiment? Pas tout à fait, il reste un délai. Par exemple, l'ADQ promet de
"renforcer le rôle du directeur de l’école afin qu’il puisse exercer pleinement son leadership en matière de pédagogie et d’administration." (p. 11)

Si la mesure s'avère efficace, on l'étendra aux directrices d'école l'année suivante.

Et, en terminant, une belle grosse citation toute juteuse:
"L’identité du Québec s’est également développée par la contribution exceptionnelle de nos créateurs, de nos chercheurs et de nos entrepreneurs qui, depuis plusieurs années, font la fierté du Québec partout sur le globe. Il faut donc reconnaître cette extraordinaire vitrine qui nous est ainsi offerte de vendre le Québec que nous aimons tant."

C'est une citation qui me touche dans mon profond le plus creux, peut-être parce que je suis moi-même payé pour être un tel chercheurs. Mais je m'avoue un tout petit peu inconfortable devant une telle utilisation du verbe "vendre", en partie parce que je ne suis pas certain du rôle que j'ai à jouer dans ladite transaction (quoi qu'il semble que je fasse partie de la marchandise transigée), mais aussi et surtout parce qu'une des définitions qu'offre mon Petit Robert pour le verbe "vendre" est la suivante:

"Abandonner par intérêt d'argent".




Programme de l'ADQ (pdf)



Voir aussi:
Programme II: PLQ
Programme III: PQ
Programme IV: Québec Solidaire

5 commentaires:

LeDétaché a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
LeDétaché a dit...

Après m'être penché sur vos six commandements, permettez-moi de tenter de me mettre en phase avec vous. Afin de ne pas réveiller en vous l'amertume que provoque chez vous à la vision d’une langue bâclée. Je vais tenter de vous écrire d’une façon un peu plus soutenue. Cependant, pour des contraintes de temps et beaucoup d’autres raisons qui sont fort probablement inexcusables, je ne crois pas être en mesure de vous soumettre ce commentaire sans aucune coquille. Voici donc pour votre plus grand plaisir (je l’espère) ma très humble opinion.

Tout d’abord, j’ai bien apprécié ce billet. Les citations choisies suivies de votre interprétation colorée furent très divertissantes. J’entrevois avec grand enthousiasme les prochaines critiques des autres programmes.

Je tiens toutes fois à noter que le soulignement (deux fois plutôt qu’une) de l’utilisation du masculin ne mérite peut-être pas autant d’attention. Bien que les commentaires m’ont bel et bien fait sourire, j’ai toujours trouvé que l’utilisation du masculin et féminin dans un texte ou encore en débat des chefs rend la communication un peu lourde. C’est à croire que l’auditoire n’est pas apte à faire la présomption que les deux genres peuvent s’appliquer et que le ton est neutre. Je trouve que cette civilité est un peu désuète et semble être souvent forcée par les intérêts électoraux. Je dois cependant admettre que l’absence d’un avis indiquant la forme utilisée peut choquer certaines personnes.

Voici donc mes deux centimes de Yeni Türk Lirası.

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

;-)

Effectivement, quand il/elle devient une obsession(ne), le/la politiquement correct et politiquement correcte finit par être irritant(e), c'est le moins qu'on puisse dire.

Mais il est souvent possible d'utiliser des formulations qui évitent tout simplement le problème. En transformant les 'hommes' et les 'femmes' en 'personnes', par exemple. Ou alors rajouter une note en petits caractères au bas de la 27e et dernière page, ce qui n'est pas le cas ici... Mais j'ai surtout l'impression que, à l'ADQ, c'était un choix conscient, peut-être pas anti-féministe, certainement pas anti-femmes, mais très probablement anti-politiquement correct. J'en suis fort aise, dans la mesure où ils tolèrent qu'on les pointe du doigt...
Anyways, prochaine étape: PLQ!

mat a dit...

Salut,
Nous sommes 6 québécois à venir passer le week-end à Istanbul du 22 au 25 mars, si tu veux boire une bière avec nous ca pourrait être cool!

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Sûr!

Courielle-moi à trepanistan@gmail.com, on arrangera ça!