08 mars 2007

Programme II: PLQ

Le Parti Libéral du Québec est dans une situation unique. Contrairement aux autres partis, qui essaient de nous convaincre que nous vivons en enfer, il doit démontrer à son électorat que ce dernier habite en fait le paradis.

C'est là une tâche, soyons honnêtes, plus facile pour le PLQ que, disons, pour le PLSR (Parti Libéral du Sri Lanka). Mais le PLQ doit aussi se présenter comme l'origine de cet état nirvanesque. Fort heureusement, l'histoire est une substance malléable. Par exemple, le programme affirme que,

"...notre nation doit continuer de s’affirmer et de se distinguer comme elle le fait depuis 400 ans" (p. 63)

...et ce malgré les perfides insinuations de votre prof d'histoire péquisse, qui prétend que le plus gros de ces quatre siècles s'est passé dans un état de subordination coloniale.

Le PLQ possède aussi une personnalité forte, comme l'énonce parfaitement cette citation de Claude Ryan:
"Être libéral, c’est vouloir en même temps le progrès de l’individu et celui de la société. Ces valeurs forment un tout. C'est ensemble, et non séparément, qu’elles donnent au Parti libéral sa physionomie propre." (p. 7)

Le parti se distingue donc très nettement du PQ (dont le programme demande l'arrêt du progrès de l'individu), à celle de l'ADQ (qui réclame à grands cris la régression de la société) et celui de Québec Solidaire (inconfortable à l'idée d'une physionomie propre).

Cette personnalité forte, elle trouve sa source dans la liste des "défis auxquels le Québec fait face", à savoir le vieillissement de la population, la concurrence internationale, le développement durable et le défi des finances publiques (p. 4). À part un développement durable -que son caractère décoratif dispense d'être défini- le reste semble pour le moins lucide (et c'est pas un compliment).

De même, tout au contraire de l'ADQ qui promet de la rigueur intellectuelle dans un avenir éloigné, le PLQ a la ferme intention de baisser les standards ou, comme le programme l'affirme si joliment, de "rendre notre culture plus accessible" (p. 68). C'est pourquoi, et je cite:
"Nous prenons sept engagements en éducation.
ENGAGEMENT No 5: FAVORISER LA RÉUSSITE SCOLAIRE" (p. 27)

Je cite dans le texte, sans rien couper entre les phrases. Moi, si j'étais eux, je commencerais par l'engagement numéro cinquante-douze, 'apprendre à compter'

(D'accord, c'est un cheap shot, mais je n'ai absolument pas trafiqué la citation, vérifiez vous-mêmes).

Le PLQ, c'est aussi le véhicule politique de la demi-vérité discutable. C'est le seul des quatre gros partis à inclure dans son programme des graphiques tronqués, ces merveilleuses petites représentations visuelles qui réussissent à donner l'impression que 9,3 est le double de 7,7 (on les retrouve aussi sur les armoiries de la République Démocratique de la Malhonnêteté Intellectuelle). On compte, au total, pas moins de huit de ces petites merdes dans le programme libéral (pp. 9, 14, 35, 43 et 44).

C'est malhonnête, ou c'est inquiétant: La diminution de la taille de la fonction publique, par exemple, est projetée pour les sept prochaines années (p. 14), comme si une des promesse du PLQ était de rester au pouvoir après la fin de son nouveau mandat. Non seulement le PLQ ne promet pas d'élections à date fixe, il sous-entend même qu'y'en aura pas, des élections.

De la même manière, le programme nous affirme que
"Contrairement à l’idée reçue, l’investissement privé est en progression au Québec. Ainsi, pour les 2 dernières années dont les résultats sont finaux, soit 2004 et 2005, les investissements des entreprises ont représenté 11,5 % du PIB au Québec contre 11,3% du PIB pour le Canada (sans l'Alberta qui bénéficie d'une conjoncture unique)." (p. 48)

...ce par quoi, je suppose, on veut dire qu'il n'est pas de mise d'affirmer que l'économie albertaine est plus active que la nôtre puisque que l'économie albertaine est plus active que la nôtre.

Mais tout n'est pas perdu, car il y a aussi un humour raffiné au PLQ, ou à tout le moins chez la personne déléguée pour rédiger les pages environnementales. C'est ainsi qu'on apprend que

"L’environnement n’a jamais été une priorité pour le PQ. Il a gouverné à vue, sans vision d’ensemble." (p. 56)

...ce qui est, à vue de nez, une manière de voir visiblement peu visionnaire, mais qui nous fait aussi voir qu'être visionnaire n'a rien à voir avec avoir des visions.

Et, finalement,

"Même la Politique nationale de l’eau, pourtant annoncée en grande pompe, n’était pas accompagnée du financement nécessaire à sa mise en oeuvre." (p. 56)


Car, comme nous le rappelle Jean Charest, à quoi peut bien servir la grande pompe quand on siphonne le budget?...


Programme du Parti Libéral du Québec


Voir aussi:
Programme I: ADQ
Programme III: PQ
Programme IV: Québec Solidaire

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Alors... le PQ ça vient?