14 mars 2007

Programme III: PQ

Certains des adversaires du Parti Québécois le présentent comme obsédé par l'idée de souveraineté du Québec, qu'il considère comme une panacée. Ces critiques feraient toutefois bien de jeter un coup d'oeil au programme du parti, qui offre une perspective toute différente sur la question.

Selon le programme du PQ, l'indépendance du Québec est le seul objectif politique d'importance réelle, dans la mesure où elle réglera tous nos problèmes.

Nuance.


Mais encore faut-il lire le programme en question, ce qui n'est pas de la tarte. Pour un parti qui se présente comme le plus grand défenseur du français, le style est surprenamment sec et bureaucratique --à mille lieues d'un hommage à la langue.

C'est d'autant plus dommage dans la mesure où ceux qui sont en mesure de lire ce texte sont de moins en moins nombreux. Comme le programme lui-même l'affirme,

"il existe encore une fraction importante de la population qui a moins qu’un diplôme de 9e année" (p. 54)
Puisque, aux dernières nouvelles, le diplôme en question n'est pas décerné au Québec, c'est là un problème qui ne peut qu'aller en empirant.


Évidemment, les solutions au problème sont multiples. On affirme par exemple que
"Le sport d’élite constitue une vitrine privilégiée de la culture d’un pays et un excellent moyen de stimuler la jeunesse à viser l’excellence." (p.25)
C’est précisément ce que disait déjà Mario Lemieux, il y a quelques années, en utilisant toutefois des mots moins compliqués.

(Pour ceux qui l'auraient oublié, Lemieux continue de faire rayonner la culture québécoise en tant que propriétaire des Pingouins de Pittsburgh Pittsburgh Penguins.)


Dans ce flot continu d'abrutissement généralisé, le PQ ne doute pas une seconde de sa solidité intellectuelle. Par exemple, il nous promet que
"les élèves s’initieront à une troisième langue mais après qu’une étude d’impact aura préalablement été menée sur les conséquences pédagogiques de l’intégration d’une troisième langue dans le programme" (p. 21)
Une solidité intellectuelle telle, comme je vous le disais, que les résultats positifs de l'étude sont connus et pris en compte avant même qu'elle ne soit menée.


Moi, pour ma part, j'en perds des bouts.

Le texte du programme, par exemple, débute par la liste d'une douzaine de principes qui guident le parti (pp. 3-5). Or l'énoncé de dix de ces douze principes débute par "Le Québec est et sera..." (le présent faisant référence à l'actuel régime colonial, le futur simple signifiant les lendemains qui chantent après l’accession à la souveraineté). Est-ce que cela veut dire que la souveraineté ne changera rien?

Rien ou presque, bien sûr, puisque selon cette déclaration de principes les deux caractéristiques que le Québec ne possède pas encore sont l'indépendance et la laïcité. Mais l'indépendance est quand même un gros morceau à accepter si elle ne sert qu'à taper sur des prêtres qui sont déjà à genoux (quelle que soit leur motivation).


C'est probablement aussi à cause de ma faible capacité crânienne que j'ignore pourquoi ils insistent sur le fait que
"Entre 1994-1995 et 1999-2000, les transferts fédéraux au Québec pour la santé, l’éducation postsecondaire et l’aide sociale ont été réduits d’une somme cumulative de 7,5 milliards de dollars." (p. 61)
Serait-ce là une attaque contre les capacités de négociation intergouvernementale du parti qui a gouverné de 1994 à 2003?

Le Parti Québécois est un parti fondé sur la démocratie. Et, semble-t-il, plus précisément sur la démocratie populaire. C'est ainsi que la couverture du programme désigne le texte comme un "programme de pays" (puisque les masses laborieusent rêvent d'un pays préprogrammé). Dans le même ordre d'idées, une des étapes de la Longue Marche vers la Souveraineté consiste à "entreprendre un exercice d'éducation et de formation populaires" (p. 13).

Répétez après moi: on divise la population en deux. D'une part le vrai peuple, qui veut voter PQ, et d'autre part les ennemis du peuple, qui n'ont pas encore appris qu'ils veulent voter PQ. Un petit séjour en camp de rééducation devrait leur faire comprendre La Vérité. C'est d'ailleurs probablement le même besoin d'uniformité qui incite le parti à demander le "règlement pacifique des différents (sic)" (p. 51).


Il ne faut toutefois pas pousser la paranoïa trop loin. Quand on affirme que
"Nous constatons, par exemple, que nos habitudes alimentaires génèrent des problèmes de santé tels qu’il est nécessaire d’en faire une priorité." (p.58)
...il s'agit probablement d'André Boisclair qui admet enfin les conséquences de son refus de "roter le baloney".


Il n'est aussi pas toujours nécessaire pour le Parti Québécois de s'imposer avec des méthodes musclées pour remplir ses promesses. Certaines de leurs promesses ne sont que du vent, comme celle de "conférer un statut collectif à l'air" (p. 31)

Si j'étais un petit comique, je m'amuserait du fait que le PQ a le statut collectif à l'air. Mais nous nous devrons de garder notre sérieux devant le cuisant échec qu'essuieront ainsi les compagnies d'air.


Et de la même manière, si le PQ nous promet d'"exiger que tout accord de libre-échange doive exclure de son application [...] le système carcéral adulte ainsi que juvénile" (p. 77), on peut probablement espérer voir l'esclavage aboli chez nous d'ici peu.


Mais le projet du Parti Québécois est d'abord et avant tout un projet rassembleur. Car, comme l'affirme son programme, "Le Québec est et sera solidaire" (p. 4).

À l'issue, il va sans dire, d'une action démocratique. Si je peux moi aussi de m'exprimer de façon aussi libérale.



Programme du Parti Québécois


Voir aussi:
Programme I: ADQ
Programme II: PLQ
Programme IV: Québec Solidaire

1 commentaire:

Anonyme a dit...

merci