20 avril 2007

Changer de personnage

Je devrais le dire ouvertement, mais je n'ose pas. Si je l'avoue publiquement, qu'est-ce que vous allez penser de moi?

* * *

Flashback d'une douzaine d'années. Le référendum de 1995 s'en vient et l'association étudiante de mon Cégep décide de tenir son propre petit référendum. Question double: De un, "Êtes-vous favorable à la souveraineté du Québec?". De deux, "Voulez-vous que votre association étudiante milite en faveur de la souveraineté du Québec?"

Quand j'ai vu la formulation de la deuxième question, j'ai hésité trois minutes et quart puis je me suis dirigé vers le local de l'asso, question de leur demander s'ils s'étouffaient souvent comme ça avec la cohérence. Arrivé sur place, je me suis présenté (honnêtement d'ailleurs) comme un souverainiste et je leur ai demandé pourquoi la seconde question n'offrait de choix véritable qu'à ceux qui avaient voté "Oui" à la première.

J'ai alors eu le bonheur et le privilège de découvrir que le crétinisme de leur motivations dépassait le crétinisme de leur formulation: On n'offrait pas l'option, m'a-t-on dit, parce que personne dans le conseil exécutif n'était prêt à militer activement pour le "Non". On salue la démocratie représentative en passant, et on lui souhaite un prompt rétablissement.

Un point à retenir: Je les ai abordés en m'identifiant comme souverainiste.

Il n'y avait dans tout le Cégep qu'une seule fédéraliste avouée (dix minutes sur Google m'apprennent qu'elle est devenue avocate et fait aujourd'hui le motton en défendant une multinationale contre les folichonneries syndicales --le monde est vraiment imprévisible). Je n'avais absolument aucune intention de m'identifier comme un de ses semblables.

* * *

Quatre personnages:

Steve est préposé à l'accueil chez Wall-Mart. Une des expériences qui lui apportent le plus de satisfaction est d'entendre un péteux de broue qui parle avec des mots du dictionnaire se faire planter par Jeff.

Marcel est gérant d'une succursale de la Banque Nationale. Il revient d'un séjour de deux semaines en Italie au cours duquel il a joué au golf à tous les jours.

Léonce est professeur de français au Cégep. Dans ses temps libres il récite à haute voix des poèmes de Gaston Miron dans des endroits publics.

Jean-Robert est médecin. Il a passé l'été dernier au Mali, à effectuer bénévolement des opérations à coeur ouvert avec des instrument chirurgicaux biodégradables.


Aucune de ces descriptions ne fait référence à un programme politique et pourtant chaque personnage est facilement identifiable à un des quatre principaux partis politiques québécois. Je ne vous ferai pas l'insulte de préciser lequel est lequel.

* * *

Eh ben voilà, il est là mon problème. En montrant que la droite existait au Québec comme ailleurs, la victoire de l'ADQ (soyons sérieux, c'est effectivement une victoire) a décapité l'argument principal en faveur de la souveraineté du Québec. Dans notre village d'Astérix, y'a pas mal de bustes de César cachés dans les tiroirs.

Au cours des dernières semaines, la question qui m'a occupé l'esprit n'était pas de savoir si je crois encore que la souveraineté est la meilleure option. Non, ce qui me tracasse, c'est de savoir à quel personnage on risque de m'identifier si jamais j'admets que je pourrais voter contre l'indépendance du Québec.


Mais si il faut que je me mette à pratiquer tout de suite, vous êtes mieux de pas roter le balloney, ma gang de fendants de clique du Plateau.

9 commentaires:

Jonathan Ruel a dit...

Je ne suis pas d'accord que chacun des personnages est facilement identifiable à un parti. Quand j'ai lu la description de Léonce, j'ai pensé à QS, comme c'est Amir Khadir qui récite du Gaston Miron... Mais clairement, Jean-Robert ne marche pas avec le PQ.

vincent a dit...

Devenue avocate elle défend aujourd'hui une multinationale contre les folichoneries syndicales
Mais c'est Lucien Bouchard...!

Anonyme a dit...

Si les gens sont trop cons pour comprendre la complexite de la realite souverainiste, t'es pas oblige d'en faire une crise existencielle pour autant. La peur de ce que les autres vont penser...? Voyons donc.

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Une des choses que j'essayais de dire, c'est que les opinions politiques sont en grande partie le reflet de identité sociale, beaucoup plus en fait que l'inverse. Changer son opinion politique, c'est changer son identité sociale, et je ne suis pas trop sûr que de prendre la chose au sérieux soit une marque de faiblesse. Ce n'est pas peut-être pas une question existentielle, mais ça n'en est pas loin.

Cela étant dit, j'ai beaucoup d'admiration pour les gens qui terminent leur analyse par "voyons donc".


De plus en plus, en tous cas, depuis que je vote Mario.






("Si on pense trop, on va finir par capoter, là là...")

Anonyme a dit...

On peut facilement avoir une identite sociale complexe et accepter que les autres n'en comprennent pas completement la complexite.

Moi, j'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui concluent une argumentation insecure par un petit commentaire sarcastique (c'est vrai!).

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

http://www.gocomics.com/rallcom/2007/03/03

Anonyme a dit...

http://www.uglypeople.com/voting.php?next=dXBsb2FkZWQvMTEwOTc1L25ld3BpYzI2LmpwZw==

Marc André a dit...

Il y a deux choses que j'ai toujours aimé avec la question de la souveraineté:
1) Le débat est quasi-impossible; je n'ai jamais vu quelqu'un changer de bord [en fait, il y a le cas de Jean-François Simard, ex-libéral, devenu péquiste en 1990, après maintes discussion avec coloc de l'époque]. Les gens restent campés dans leurs positions qui tiennent plus (et ce n'est pas une insulte) de la foi que de la raison.
2) La polarisation entre fédéraliste et souverainiste : il n'y a pas de place pour être ni un ni l'autre. D'ailleurs, lors d'un sondage des étudiants de l'UdeM il y a une dizaine d'année, il n'y avait que ces deux choix; il était inconcevable pour les membres de l'association étudiante (qui avait conçu ledit sondage) que quelqu'un puisse être autre chose.

Quant à Bouchard (par ailleurs ancien ministre Conservateur, tout comme Charest), il s'agit plus d'opportunisme que de souvrainisme...

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

@MAB: C'est surtout ton deuxième élément qui m'intéresse. On devrait effectivement essayer de cerner les causes d'une telle vision binaire, de voir comment elle pourrait débloquer et quelles sont les alternatives. Il me semble que la blogosphère est un bien meilleur endroit qu'un congrès de parti politique pour un tel exercice.

Je vais essayer de ramasser mes idées sur le sujet et les mettre en ligne ici (peut-être d'ici une semaine ou deux?). Je serais aussi vraiment intéressé à lire les tiennes --ou celles de n'importe quel autre bloguiste, d'ailleurs.