02 avril 2007

Trois images dont un masque de plâtre

C'est une histoire que bien des gens racontent ces jours-ci. Certains la présentent comme une bonne blague, d'autres comme une tragédie. Laissez-moi vous en donner ma version, résignée plus que tragique, une version en trois images.

La première est une scène tournée, caméra à l'épaule, durant la Grande Noirceur. Elle montre les Canadiens-Français opprimés par des anglos qui contrôlent leur économie à travers un monopole financier, leur politique à travers Duplessis, leurs âmes à travers l'Église catholique.

Celui qui regarde l'écran rumine, sous son collier de barbe, une vérité toute simple: Le Québec est un pays colonisé et, comme ses frères africains, est sur le point d'accéder à la libération. L'oppression -morale, économique, linguistique- n'a qu'une source, le colonialisme britannique. Se libérer du Canada anglais, c'est régler tous les problèmes.

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La deuxième image est une figure de style au centre d'une chanson engagée, quarante ans plus tard. Elle affirme que le Québec, bien loin d'un peuple ordinaire, est un village d'Astérix qui résiste contre l'immense vague de droite venue du sud, un argumentaire unique en terre d'Amérique.

L'oppression a disparu mais l'opposition demeure: On vise encore l'indépendance qui permettra au Québec d'élever sa voix contre le concert conservateur qui saisit le continent.

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La troisième image est un masque de plâtre. Les traits du visage qu'il représente restent à définir mais, on le voit déjà, en seront exclus le privilège de se prétendre opprimés (à moins d'être d'allégeance politique schizophréniste ou de s'appeler Pierre Falardeau --ou plus probablement les deux à la fois) et celui de se croire différents du reste de l'humanité --ou des voisins américains.

La Révolution Tranquille? Elle est apparue avec le Rock'n Roll. L'explosion des coûts de la santé? Rien de local, on en parle à tous les jours dans les médias américains. La fameuse vague conservatrice? Clinton et Bouchard on désamorcé la gauche mainstream de l'intérieur, les Républicains de George W. et la horde de propriétaires de garages (de grrrrrros garages) de Mario l'ont achevée de l'extérieur.

Difficile de continuer à s'afficher comme des nègres blancs quand on contrôle la moitié de Las Vegas. Difficile de s'arroger le monopole de la gauche du continent quand l'ADQ reçoit huit fois plus de votes que Québec Solidaire.

Ce masque de plâtre qui se solidifie lentement, il ressemble drôlement au masque mortuaire du mouvement souverainiste québécois.



2 commentaires:

Marc André Bélanger a dit...

Mais le Québec doit continuer à se sentir opprimer (surtout s'il ne l'est pas); c'est à la source de notre incroyable créativité. Si nous n'avions pas le sentiment d'oppression, je doute que nous serions un des peuples avec la portée culturelle la plus vaste (per capita, s'entend). Tarkoski le notait, à regret, l'écrivain opprimé, s'il n'en meurt pas, est le plus créatif.

Au Québec, nous avons le meilleur des deux mondes : le sentiment d'oppression qui nourrit notre créativité, et l'absence (relative) d'oppression qui en assure la liberté.

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Le sentiment d'oppression est bon pour la production artistique, certes, mais ça peut aussi devenir un moteur de monstruosités au plan politique.

De toute façon, je ne suis pas certain que l'illusion pourra survivre très longtemps... à moins d'être sélectifs et de n'opprimer que les artistes (eh eh). Tiens, c'est une idée, aux prochaines élections moi aussi je vote pour mon concessionnaire Chrysler, euh, l'ADQ;-)