15 mai 2007

On fait quoi, Ti-Menou?

Et maintenant on fait quoi?

Je vous demande ça juste parce que nous ne sommes ni soumis, ni vassalisé, ni inféodé à un autre peuple, même si la voix victimo-schizophrénique est de plus en plus seule à clamer la nécessité de l'indépendance du Québec.

J'ai en tête une scène en noir et blanc, le Vieux Québec filmé par Michel Brault et Claude Jutras en 1961. Des enfants qui courent derrière la calèche d'un couple de touriste américains, l'un d'entre eux qui leur chante "Ti-Menou" pour trois ou quatre sous blancs. Une scène tirée directement du Tiers-Monde, d'un peuple soumis, vassalisé, inféodé.

On chantait "Ti-Menou" pour trois cennes et quart à l'époque. Aujourd'hui on remixe la musique des Beatles pour la présenter à Las Vegas. Moi, je vote pour qu'on sorte Falardeau de son hibernation, de gré ou de force.

Mais on fait quoi?

Je vous demande ça aussi parce que j'en connais pour qui le mouvement souverainiste a atteint son but. J'ai passé quelques années entouré de canadiens-anglais (oh que vous voulez que je rajoute un commentaire, hein?), et je ne compte plus les fois où on a tenté de me faire dire que la souveraineté n'était rien d'autre qu'une menace sans substance, un instrument de négociation.

C'est ridicule, évidemment. Les souverainistes québécois sont tout ce qu'il y a de plus sincères dans leur volonté de ne plus être canadiens. N'empêche que si on s'éloigne des intentions pour se concentrer sur les réalisations, il faut admettre que c'est ce qui est arrivé: C'est à grands coups d'ultimatums qu'on a enlevé son caractère colonial au gouvernement fédéral, c'est en se préparant à mener un pays indépendant qu'on a acquis ce qui nous manquait si cruellement (l'amour propre, le capital, un gérant assez habile pour retenir Céline Dion à l'étranger, etc.)

Et maintenant que c'est acquis, on fait quoi?

Je vous pose la question parce que je crois que l'idéologie souverainiste offre la moitié de la réponse. Parce que pendant quarante ans nous avons été réalistes et demandé l'impossible, et qu'on s'en est ma foi très, très bien sortis.

Je vous pose aussi la question parce que c'est le moment de se poser des questions. Parce que le contexte change et que le paysage idéologique doit nécessairement s'adapter. Parce que si on ne passe pas un peu de temps à remettre les principes en question on risque de se retrouver coincés entre le réalisme tout ce qu'il y a de moins magique du Parti Libéral et le populisme à la "enwèye Jeff 'stie" de l'Action Démocratique. Parce qu'une telle situation n'offrirait aucune alternative valable pour ceux qui espèrent plus pour leur peuple que l'universalité des écrans plasma de 58 pouces. Parce qu'une telle situation serait en fait un terrain fertile pour la régression culturelle. Je n'ai absolument rien contre Bon Cop, Bad Cop, en autant que les mécanismes politiques demeurent pour faire profiter le cinéma d'auteur de son succès. Confiez les mécanismes politiques à Pierre-Karl, vous allez voir où il va nous les mettre.

Il est ces jours-ci de bon ton ton d'affirmer que l'option souverainiste a vécu, que l'idée de transformer le Québec en pays est dépassée. J'ai tendance à être d'accord.

Alors maintenant que le décès a été constaté, on fait quoi?

D'abord on change de ton. La plupart de ceux qui font référence à la fin du mouvement souverainiste le font sur le même ton que s'ils notaient la disparition d'un vieux poisson rouge envers lequel ils n'avaient aucun attachement émotif, un poisson dont la seule particularité était d'encombrer une tablette dans le salon. "Tiens, le PQ n'a plus de raison d'être. On va enfin pouvoir libérer de la place pour s'acheter une tévé plasma 58 pouces."

Mais le mouvement souverainiste a fait le Québec qui existe aujourd'hui, il a créé un horizon assez attirant pour donner aux gens le goût d'évoluer plutôt que de se concentrer sur la "protection des acquis" (expression que l'on utilise quand on est trop poli pour utiliser le mot "stagnation").

Vous croyez vraiment que c'est une bonne idée de remplacer ça par "absolument rien du tout"?

Alors, qu'est-ce qu'on fait?

Moi -mais c'est juste moi, hein- j'ai l'impression qu'il est grand temps qu'on se tape un remue-méninges collectif. Je pense aussi que la plate-forme existe déjà pour ce genre d'échange d'idées.

Tapez "Blogue politique Québec" dans Google, vous obtiendrez plus d'un million de résultats. Si chacun de ces blogues ne consacrait ne serait-ce qu'un seul billet à définir ce que pourrait être un nouveau projet de société (une "troisième voie", un "Québec idéal à bâtir", appelez ça comme vous voulez) plutôt que de se limiter à réagir à l'actualité de la petite politique, on pourrait littéralement rediriger le Québec plutôt que se contenter de l'administrer.

Imaginez si les Bourgault, Lévesque, Vallières et Aquin avaient refusé de s'élever au-delà du "la vente du Mont Orford, c'est tu donc pas écoeurant".

Ouaip, on chanterait encore "Ti-Menou" aux touristes américains.

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