18 juin 2007

La fin de l'Ambassade du Trépanistan à Istanbul

Je suis tellement à la mode que ça en devient suffoquant. Regardez: Il y a deux ou trois ans tout le monde a fondé son petit blogue et j'ai fait de même. Maintenant la mode est plutôt au billet larmoyant qui annonce qu'on met un terme à son petit blogue. Ergo ce que vous avez devant les yeux.

C'est, à strictement parler, la fin de l'Ambassade du Trépanistan à Istanbul. Mais pas la fin de l'Ambassade. Non, en fait l'Ambassade du Trépanistan (mieux connue sous le nom de "je") déménage.

Je passe l'été à Montréal, et j'ai bien l'intention de le passer dans un état de délicieux engourdissement. Ce blogue ne se voulant ni délicieux ni engourdi, je mets donc la machine sur "pause" jusqu'à septembre, avec ce qui sera dorénavant l'Ambassade du Trépanistan dans la Grosse Ville Américaine (tant qu'à être à la mode, autant faire comme tout le monde et changer les noms propres par des Noms Communs Avec des Lettres Majuscules). Entre temps, je continue à lire les commentaires et courriels, et je vous offre un condensé de ce dont je m'ennuierai et ce dont je ne m'ennuierai pas d'Istanbul.


Je vais m'ennuyer de l'appel à la prière. Qu'on y prête l'oreille ou non, qu'on y prête de l'importance ou non, pendant deux minutes, cinq fois par jour, les quatorze millions de stambouliotes partagent une expérience commune: une bribe de poésie qui vient les chercher où qu'ils soient. À Montréal on met dix pour cent de la ville dans une rue une fois par été et on parle d'un événement rassembleur. Pffff...


Je vais m'ennuyer des vendeurs de CDs et DVDs pirates. Pourquoi louer quand vous pouvez acheter... avant même que le film sorte en salle? Avec en prime un vendeur fin cinéphile, dont le regard désapprobateur me rappelle à l'ordre quand je me laisse tenter par une grosse production hollywoodienne.

Je ne m'ennuierai pas de la hiérarchie sociale. La plupart des touristes qui visitent la Turquie pour la première fois ne la remarquent pas, parce qu'ils confondent rang élevé (que leur vaut leur statut d'étranger) et gentillesse universelle. Mais l'absence totale de respect qu'on se permet pour le serveur, la femme de chambre ou quiconque est considéré comme moins important devient rapidement très, très lourde pour un égalitariste québécois.

Je vais m'ennuyer des déjeuners. Tomate, concombre, olives, salami, fromage, pain, parfois un oeuf cuit dur et du miel. J'ai essayé de continuer la pratique ailleurs mais ça n'a jamais fonctionné. Le déjeuner est mon ancrage géographique le plus profond.

Je ne m'ennuierai pas des déjeuners. Si vous saviez combien de fois j'ai rêvé de mes deux oeufs tournés-crevés bacon (aaaaah, bacon!). Je retourne dans le merveilleux monde du surplus protéinique. Et -aaaaaaaaah!- du bacon.

Je vais m'ennuyer du barbier. Pour deux ou trois dollars, c'est la barbe mais c'est aussi un massage facial. Ce que vous venez de laisser tomber par terre? C'est seulement votre stress.

Je ne m'ennuierai pas de la bouffe. D'accord, la nourriture en Turquie est loin d'être mauvaise. Mais la diversité, même à Istanbul, est encore un luxe. Si je vais au mexicain, c'est parce que je file nachos. Pas parce que je veux impressionner tout le monde avec une nouvelle expérience interculturelle.

Je ne m'ennuierai pas de l'architecture. Béton béton béton béton. Ceux qui doutent que Montréal soit extraordinairement belle feraient bien d'aller prendre une marche dans un quartier résidentiel d'Istanbul. Ou de n'importe quelle autre ville de Turquie, d'ailleurs.

Je vais m'ennuyer de la densité de population. Même un beau samedi soir, les rues de Montréal me semblent toujours désertes. C'en est presque angoissant. Istiklâl Caddesi est large comme St-Laurent, piétonne (la plupart du temps) et couverte à chaque soir d'une foule assez compacte pour empêcher toute marche rapide.

Mais par-dessus tout, je vais m'ennuyer de la mer. Si le centre géographique de New York est un parc et celui de Montréal une montagne, le centre d'Istanbul est un bras de mer. De pouvoir se taper une petite croisière et du vent marin à vingt minutes d'avis, c'est un luxe extraordinaire.



À septembre,
L'Ambassadeur


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