14 septembre 2007

Fondamentalisme chronologique (grand papa go home!)

OK, si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire que le fondamentalisme est une pathologie, et que la Commission Bouchard-Taylor est là pour nous en débarrasser.

Ou l'exprimer. La grande majorité des opinions qu'on entend jusqu'à maintenant sur le sujet se basent, implicitement ou explicitement, sur le principe que des valeurs telles l'égalité homme-femme définissent l'essence de la nation québécoise. Et je suis d'accord: le Québec d'aujourd'hui montre très large consensus qui affirme le droit universel à suivre le modèle traditionnel masculin (tout en sous-entendant sa supériorité intrinsèque sur le modèle traditionnel féminin --parlez-en aux hommes et aux femmes qui croient que leurs enfants méritent plus d'attention que leurs carrières).

Mais ce Québec, ce n'est pas le Québec dans lequel mes parents on grandi. Il y a moins de cinquante ans, les "valeurs fondamentales et intrinsèques" dont il est question ici (et que l'on érige en barrage contre certaines minorités) étaient loin de faire l'unanimité, ou même de rassembler plus qu'une minorité d'opinions. C'est précisément ce qui me tape sur les rognons, l'idée que le discours dominant actuel est le seul qui contribue à nous définir, que tout ce qui est venu avant n'était qu'une aberration qui n'a rien à voir avec notre nature profonde et surtout que l'état actuel des choses est destiné à demeurer intact jusqu'au Big Crunch. C'est, en d'autres termes, un manque flagrant de perspective historique, et ça relève du même processus psychologique d'aveuglement qui caractérise l'intégrisme et le totalitarisme.

OK non non non. Le chapelet en famille, les livres à l'index, les orphelins de Duplessis, je ne veux pas plus que vous y revenir. N'empêche que l'attitude essentialiste dont je parle ici a pour effet de rendre malsaine la relation que l'on entretient avec notre propre histoire.

C'est d'abord et avant tout une ignorance qui engendre l'ignorance. Si l'histoire sociale du Québec se résume à "Avant" et "Après" la Révolution Tranquille, on peut se permettre d'affirmer que pas grand' chose n'a changé dans la culture québécoise entre 1608 et 1960. Et si on affirme que pas grand' chose n'a changé dans la culture québécoise entre 1608 et 1960, on a vraiment une connaissance superficielle de l'histoire du Québec.

Mais ce sont surtout les ramifications de la place qu'on donne ainsi à la laïcité qui m'inquiètent. Sous-entendue dans tout ce beau discours essentialiste est la conviction que, dans l'histoire du Québec, la religion est un phénomène pathologique et extérieur à nous. Que le rôle central qu'a joué l'Église catholique dans l'éducation (et donc la transmission de la culture) au Québec comme un phénomène superficiel, un gros trou noir qui n'a joué aucun rôle dans ce que le Québec est aujourd'hui. Que la fréquentation de l'église par nos propres grands parents est le résultat soit d'une oppression extérieure, soit une trahison de la patrie, soit une forme de maladie mentale, mais certainement pas une expression de leur culture --une culture dont la nôtre est une descendante directe (forcément, hé!).

Les principes de laïcité qu'on veut imposer aux "minorités exotiques" (l'expression est vulgaire, mais décrit bien l'image que l'on a des gens qu'elle désigne) à travers la Commission Bouchard-Taylor, on doit prétendre y tenir mordicus pour qu'ils deviennent des principes qui guident nos lois. Et si on y tient mordicus sans y réfléchir, on doit l'appliquer de façon égalitaire, à l'Église catholique comme aux autres religions. Si on interdit aux étudiants de reprendre un examen à cause du Yom Kippour ou de l'Aïd al-Fitr, il devient difficile de donner congé à tout le monde pour le Vendredi Saint.

En d'autres termes, après avoir renié un pan entier de son passé, le Québec est en train d'en effacer les dernières traces vivantes par inadvertance, par effet secondaire de la haine que nous professons envers certaines religions qui nous sont étrangères (indépendamment de notre ouverture envers les gens qui les pratiquent). Et tout cela avec une conviction aveugle que ce qui existe maintenant est la seule base possible pour l'avenir.

Torpinne. Encore heureux que toute la pathologie se soit évaporée avec la Révolution Tranquille.

* * *

Ouaip, je suis de retour, comme promis. Deux changement -relativement mineurs- pour cette année:

De un, "L'Ambassade du Trépanistan" n'est plus "à Istanbul". J'ai retraversé la mare et j'habite maintenant les États-Unis. L'endroit précis est secret d'état, mais disons qu'il y a des grosses chances pour qu'on gagne la Série Mondiale et le Superbowl dans les prochains mois. Yankees suck!

De deux, je deviens hebdomadaire. C'était déjà plus ou moins le cas l'an dernier, mais c'est maintenant officiel, les billets de l'Ambassadeur paraissent les vendredis.

Une chose ne change pas: Je continue à être ben, ben content que vous veniez jeter un coup d'oeil à mes p'tits papiers...


4 commentaires:

mat a dit...

bien heureux que l'ambassade reouvre ses portes!

merci pour ce billet qui devrait etre traduit en jouale et expliqué aux nuls qui racontent nimporte quoi et qui parlent a travers leur chapeau

je suis passé par la belle province cet été et franchement jen ai eu marre dentendre sans cesse les juifs ceci les arabes cela

putain de bordel le probleme ce nest pas les etrangers cest les connards de locaux avec moins de 10 de QI

comment occulter ses propres problèmes et faiblesses en faisant de la reverse psycologie...

au plaisir de te lire vendredi!

Votre Dévoué Ambassadeur a dit...

Eh eh... heureux d'être de retour moi aussi! Les idées, c'est comme le sucre: Quand on les garde trop longtemps enfermées dans un espace humide et confiné (genre replis de cerveau), ça finit par fermenter...

...et ça puire!;-)

Anonyme a dit...

Heureux de vous retrouver, monsieur l'ambassadeur. Votre dialectique tarabiscotée me manquait. En ce qui a trait à votre localisation et aux indices qui nous la laissent deviner, vous avez oublié de dire qu'en plus du Superbowl et de la Série Mondiale, les chances sont excellentes pour aller chercher la coupe Stanley. Go, Red Wings, go!

marc andré a dit...

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