21 septembre 2007

Progrès, décadence et deux litres de Coke aux cerises

Vous me demandez quelle compagnie symbolise selon moi le mieux les États-Unis? Non non, ne protestez pas: Vous êtes toujours là, dans ma tête, à me poser des questions et boire mes opinions comme les chats employés d'une fromagerie boivent le petit lait. Et vous vous attendez à ce que je vous réponde "Coca-Cola" ou "McDonald's".

Que non, fichtre non.

Pour moi, la compagnie américaine par excellence, c'est 7-Eleven, la chaîne de dépanneurs qui a inspiré les Kwik-E-Mart des Simpsons.

Je n'avais jamais vu une telle chose avant d'arriver aux États-Unis. Pas qu'il n'y en ait pas ailleurs, j'en ai rencontré deux ou trois à Istanbul par la suite. Mais à Istanbul, les Kwik-E-Mart 7-Eleven vendent des döner kebabs. Et je ne suis pas capoté au point de choisir de la bouffe turque comme le grand symbole de l'Empire Américain.

Or donc 7-Eleven. C'est comme chez Dédé le Dépanneur, comme disait Plume Latraverse, t'achètes d'la réglisse rouge, du lait pis des comiques; du Kraft Dinner, du beurre pis des lastiques; des confitures, du Quik pis des Glosettes; d'la soupe en cannes pis du papier de toilette [etc. etc.]

Sauf que. De la liqueur. Pas juste un p'tit peu. Dans la population de goblets qui habitent près de leurs distributrices de boissons gazeuses, on trouve le bien nommé le Big Gulp (on dit bonjour au Big Gulp), qui contient 44 oz. Traduction: 1,3 litre. Avec une paille, et buvez votre coke au cerises avant que les bubulles disparaissent. Le Big Gulp n'est même pas le plus grand format, titre qui revient à son grand frère Double Gulp (qui va te casser la gueule, s'il est capable de se lever), près de deux litres de plaisir liquide. Et c'est sans compter les Go-Go Taquitos et autres variations sur le thème du hot-dog recuit saturé de gras. J'ai encore mal à l'estomac, bien des années plus tard.

Mais je ne peux pas nier avoir eu beaucoup de plaisir en compagnie de cette faune. En fait, ça a beau vous lever le coeur, le fait est que ce genre de bouffe-là, c'est bon (j'ai pas dit raffiné, j'ai dit bon; lâchez votre snobisme pavlovien de côté deux minutes et laissez votre Homer intérieur s'exprimer). Et sur le pouce, c'est super pratique.

Le 7-Eleven est un symbole, donc, mais pas exactement de ce que vous croyez. C'est d'abord et avant tout le symbole de tout un système culturel, économique et social, la forme la plus extrême du principe qui organise la plupart de la vie des Occidentaux: Si ça rend la vie plus facile, c'est bien. Répondeur téléphonique, siège ergonomique, services d'aide à l'emploi, systèmes de navigation GPS: à peu près toutes les innovations qui entrent dans nos vies ont pour objectif de rendre lesdites vies plus confortables. Certaines ont des effets secondaires néfastes (mon déménagement en Turquie, loin du 7-Eleven, m'a permis de stabiliser ma masse corporelle sous la barre des 275 livres), d'autres non (la haine que j'éprouve envers les produits Apple est une haine gratuite, sans aucune base rationelle).

Tout cela pour dire que nous élevons la facilité au niveau d'un idéal, peut-être pas l'idéal ultime mais certainement un facteur important pour différencier un mode de vie souhaitable d'un autre qui l'est moins. Et c'est à ce moment de l'histoire qu'on voit se pointer les petites dents tranchantes (et la grosse haie de moustache) de mononcle Friedrich.

Parce que Mononcle Friedrich, il dit que la facilité ramollit son homme (cent ans plus tard, il aurait rajouté "sa femme" aussi). Il dit que la facilité est la pire chose pour émousser la pulsion de vie qui devrait nous guider. Mononcle Friedrich, il a ceci de commun avec un autre méchant malade, Mononcle Osama (un méchant malade beaucoup moins excusable, mais on peut pas avoir tort tout le temps): Il n'a pas peur d'utiliser l'adjectif "dégénéré". Je vous expliquerais bien ce que ça veut dire, "dégénéré", mais ça me tente pas, là, c'est trop difficile pis y'a un film comique qui passe à Super Écran. D'ailleurs je pense que je vais me faire venir une pizza, je file pas pour cuisiner.

Ouaip, si 7-Eleven est le symbole des États-Unis dans mon esprit, c'est parce que c'est l'incarnation de la décadence, parce que c'est l'étendard derrière lequel le monde occidental en entier suit l'exemple américain sur l'autoroute à six voies (cinq d'un bord, une de l'autre) qui mène vers une vie plus confortable, l'étandard que le reste du monde tente aussi désespérément de suivre.

Mais si jamais vous avez l'occasion de goûter aux Go-Go Taquitos avec un bon petit deux litres de coke aux cerises, profitez-en, ça vous fera comprendre le sens profond de l'expression "assez écoeurant, merci".

* * *

Bravo à ceux qui ont compris ce que je voulais dire la semaine dernière: Si on a déjà été un petit peuple isolé et intolérant, rien ne garantit qu'on ne peut pas redevenir un petit peuple isolé et intolérant... ou que notre sentiment de supériorité actuel soit totalement étranger à notre passé de flambeau du Catholicisme en Amérique du Nord.

* * *

En réponse à Marc-André (qui demande comment j'expliquerais ce que je fais dans la vie à un jeune enfant): Je cherche toutes sortes de petits indices, comme un détective, pour essayer de découvrir comment les gens pensaient dans l'ancien temps.

Cela étant dit, certains documents incriminants suggèrent que c'est mieux de ne pas me laisser interagir avec des enfants en bas âge.

Et comme j'aime foutre la merde et imposer des défis insurmontables à tout le monde, je passe la tag à Jonathan (dont le travail sur la théorie des cordes demeure incompréhensible à 99,9% de la population adulte).

Eh eh.


1 commentaire:

Jonathan Ruel a dit...

Hahaha, il ne me dérange même pas ton tag, surtout que je viens de changer de superviseur et que je vais maintenant travailler (toujours en théorie des cordes) sur la description des trous noirs. Maintenant je vais avoir un référant « concret » pour les non-spécialistes. Je vais écrire ça plus tard cette fin de semaine.