12 octobre 2007

La cérémonie traditionnelle du Falardeau

Quand je me réveille après un cauchemar en plein milieu de la nuit (quelque chose qui met en scène Richard Martineau, je vous expliquerai un jour), quand une voiture me passe sur les pieds et m'arrache un ongle d'orteil, quand il fait tempête et que je m'ennuie de ma maman et que je pleure, j'ai seulement à penser aux délires de colonisés de Pierre Falardeau et autres Raymond Villeneuve. Et soudainement je souris, comme si je venais de prendre une toune de country québécois au sérieux ("Il fait soleil dedans mon coeur/O toi ma douce/Mon p'tit Jésus/Yodlayihi...")

Ce qui me rassure, que dis-je, ce qui me réjouit chez Falardeau et consorts, c'est l'effet de comparaison. Je me souviens d'un cours de CÉGEP où, à la suite d'un débat sur la peine de mort où nous avions contré tous ses arguments, une collègue de classe avait baissé les bras en affirmant que "Eille, si on pense trop, on va finir par capoter". Visiblement, y'en a qui pensent plus que moi.

N'empêche, jouons le jeu, imaginons si le Québec était colonisé. Pas juste une petite ingérence dans nos affaires gouvernementales, une vraie colonisation, avec la mission civilisatrice et tout. Et disons, pour maximiser le réalisme, que ceux qui nous colonisent sont des Indiens d'Amérique du sud.

Or donc les Amérindiens en question débarquent chez nous, mettent le feu au parlement, exilent le Premier Ministre Dumont au Texas (où sa carrière politique continue avec un succès aussi fulgurant qu'improbable), nous convertissent au chamanisme à grands coups d'ingestions forcées de psychotropes et donnent la strappe à quiconque est surpris à parler une autre langue que le quechua à l'école. Le bonheur règne sur le pays, les générations se succèdent dans l'allégresse et la chasse au tapir.

Ou pas. Un siècle plus tard, grosse rupture, une vague postcolonialiste s'empare des autorités Amérindiennes. Et là ça commence à suinter le remords, ça constate que les tentatives d'acculturation n'ont réussi qu'à moitié, ça décide de sauver la culture québécoise traditionnelle. Si vous pensez que la première phase était heavy, attendez un peu qu'on essaye de vous sauver.

"C'est vraiment horrible, la disparition des sociétés traditionnelles", qu'ils disent. "Imaginez toute la richesse de la connaissance sur les débuts du genre humain que l'on y perd, la diversité culturelle qui disparaît quand une langue qui n'est plus utilisée que par quelque grand-mère de Paspébiac pour se parler à elle-même."

Alors on s'assure que chaque paroisse québécoise ait son prêtre (un prêtre CATHOLIQUE, pas hétéroclite) et que chaque paroissien aille à la messe le dimanche. Finies les niaiseries, on vient sauver votre culture, un peu comme on sauve une espèce en voie d'extinction en créant un parc national. Tout changement culturel est une forme de défaite dans la grande guerre contre l'acculturation et l'uniformisation, et après nous avoir foutus dans la merde la société sudamérindienne progressiste fera tout pour nous ramener trois cent ans en arrière.

OK, on revient à la réalité. J'ai vraiment besoin d'expliquer ma métaphore?

"Ben non", que vous me dites (oh mes petits, j'apprécie votre perspicacité, j'apprécie), "on veut seulement qu'ils gardent leurs cultures, les gens du Sud, ça veut pas dire qu'on fait la promotion de l'obscurantisme".

Du genre, tape sur ton bongo et partage ta philosophie d'harmonie avec la terre-mère, mais t'avise pas d'avoir des rôles sociaux différents pour les hommes et les femmes. Tout le débat tourne autour de la différence essentielle entre les "bonnes valeurs traditionnelles" et les "mauvaises valeurs traditionnelles". Les bonnes, ce sont celles qui sont compatibles avec le programme de Québec Solidaire. Exercer une pression extérieure pour les réprimer, c'est du colonialisme et du génocide culturel. Les mauvaises, ce sont celles que QS veut corriger par l'éducation. Les "corriger", c'est une oeuvre de développement. Non non, rien de colonialiste dans cette tendance que l'on a à imposer aux autres de devenir une version idéalisée de nous-mêmes. Les missionnaires jésuites venus convertir les "Sauvages" au 17e siècle pensaient exactement la même chose. La seule différence était dans la classification de tel ou tel trait culturel dans l'une ou l'autre catégorie.

N'empêche, c'est vraiment dommage que le choix entre les "bonnes" et les "mauvaises" valeurs se fasse toujours par le pouvoir colonial. Moi, vu d'ici, vu de l'intérieur d'"un peuple soumis, un peuple vassalisé, un peuple inféodé à un autre", j'aimerais quand même avoir mon mot à dire. Parce que j'ai un peu peur que les autorités coloniales sudamérindiennes se mettent à penser que les idées de Falardeau sont de cette partie de notre culture traditionnelle qu'il faut protéger.

* * *

Oh, et en passant, félicitations à Al Gore. Maintenant que son oeuvre d'éducation a porté fruit, tout le monde a bien hâte de le voir prendre un bateau à voiles pour aller chercher son prix en Norvège.


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