16 novembre 2007

Dis merci, le jeune

Or donc il y a une bande de petits gauchistes barbus qui manifestent à l'UQAM pour empêcher les frais de scolarité d'augmenter. OK, "bande de petits gauchistes barbus", vous vous dites que le vieux con que je suis devenu va se mettre à cracher sur notre belle jeunesse.

Eh ben non. Moi je suis pour ça, la jeunesse --c'est pas parce que j'ai perdu la mienne dans un recoin poussiéreux de bibliothèque que ça me donne une raison d'être contre. Pire encore, je suis plutôt sympathique à leurs revendications. En fait, leurs problèmes viennent de la même source que les miens: C'est le même sous-financement du système universitaire qui pousse à une augmentation des frais de scolarité et qui me pousse à rester aux États-Unis parce qu'il n'y a pas de job pour moi au Québec (je suis une fuite de cerveau, et ça coule plutôt vers la droite). Tant qu'il n'y a pas de ressources à partager, on demeure victimes du même bourreau. Après, j'espère bien que les autorités universitaires mettront leurs priorités à la bonne place pour que je ramasse le motton.

Sauf que moi, vous me connaissez, j'aime pas vraiment ça être d'accord avec les gens --même temporairement. Et heureusement j'ai réussi à trouver quelque chose qui me chicote dans le discours des étudiants de l'UQAM.

Flashback de deux générations. Deux de mes grands-parents grandissent dans un milieu rural, familles immenses, obligés de quitter l'école avant le secondaire pour des raisons économiques. Rien de très original pour l'époque, seulement la tragédie personnelle et résignée de deux personnes brillantes, travaillantes, qui seraient allées jusqu'à l'université avec enthousiasme et grand succès si seulement le système dans lequel elles sont nées avait rendu la chose possible. Mais non, va travailler à l'atelier, aide ta mère à tenir maison, sinon c'est la famille en entier qui va s'écraser sous son propre poids. Petites tragédies comme il y en a eu des millions d'autres au Québec, donc, et comme il y en a des milliards d'autres ailleurs dans le monde.

Fast-forward de soixante-dix ans. Le Québec est devenu l'endroit en Amérique du Nord où l'éducation universitaire est la plus abordable. Une université comme McGill, aux États-Unis, imposerait des frais de scolarité de 20,000$ par an. Ici, c'est dix fois moins.

Je ne crois pas qu'on doive nécessairement prendre le système universitaire américain en exemple, même s'il est le meilleur au monde en termes de niveau académique. N'empêche. Il faut quand même constater la chance extraordinaire que nous avons, le cadeau exceptionnel que la société québécoise s'est donné à elle-même. Et c'est justement là que j'ai ma petite irritation. Oui la hausse proposée des frais de scolarité va rendre encore plus difficile la vie de gens que leurs études universitaires mettent déjà dans une situation financière précaire. Mais ces mêmes personnes, ailleurs dans le monde ou dans la génération de mes grands-parents, n'auraient jamais même osé imaginer avoir accès à une formation universitaire.

Ce dont je parle ici, c'est un sens de la responsabilité. Le simple respect pour ceux qui n'ont pas notre chance. Le Québec devrait être, de très loin, la société la plus scolarisée en Amérique du Nord. Les étudiants des universités québécoises devraient avoir la gratitude tatouée sur le front et travailler comme des malades pour profiter du cadeau que leur fait le système.

Mais un cadeau, c'est un cadeau. Ça vaut toujours moins cher quand on nous l'a donné. Ce qui m'enrage, en fait, c'est que la qualité du travail des étudiants québécois augmenterait probablement si on augmentait les frais de scolarité. À 20,000$ par année, ça deviendrait beaucoup plus difficile de se dire que bah, tsé, là là si je passe pas ce cours-là, ben j'vas en prendre un autre, faut pas capoter, là là, chus juste pas super motivé, c'est pas de ma faute...

OK, lumière verte, vous pouvez maintenant commencer à me traiter de fasciste. Mais j'ai rien contre les revendications des petits gauchistes barbus. J'aimerais seulement qu'une espèce d'impression de gratitude les motive aussi radicalement que la grève pendant le reste de l'année scolaire.


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