02 novembre 2007

La Vérité sort de la bouche de Jos Binne

Si j'étais exilé sur une île déserte et qu'on ne me permettait d'apporter qu'une chose, je choisirais la Commission Bouchard-Taylor. Une commission, deux commissaires, au-dessus d'une centaine de mémoires. C'est assez d'entertainment pour me durer le reste de ma vie. C'est aussi une source de savoir inépuisable, une source à laquelle j'avais vraiment besoin de m'abreuver.

Et à force de m'abreuver, j'ai enfin atteint le stade ultime de la sagesse, j'ai découvert où habite la Vérité. La Vérité habite le Québec. En fait, elle loge dans le cerveau de ces Jos Binne que j'ai vus intervenir à la Commission, dans un isolement humide qui favorise sa germination.

Les Jos Binne, ils s'inquiètent de ce symbole de l'oppression des femmes qu'est l'imposition du foulard islamique. ÉVIDEMMENT que c'est une forme d'oppression qu'on impose aux femmes musulmanes. Presque toutes les phrases qui le mentionnent commencent par "nous savons tous que", "bien sûr" et autres "il va sans dire".

"Il va sans dire"? À mon avis, il devrait peut-être aller en disant. En disant par exemple d'où il tient cette information exclusive. En disant aussi comment il explique que les victimes dont il est question ici ont surtout peur d'être sauvées.

J'ai habité la Turquie pendant trois ans, un pays à 98% musulman. Si vous lisez les journaux turcs, vous verrez presque chaque jour s'y étaler un débat qui fait rage autour du foulard islamique. Cherchez, dans ce débat, quelles sont les différentes opinions à propos de l'imposition du foulard.

Cherchez, vous ne trouverez pas. Le débat porte sur l'interdiction de porter le voile dans les universités et les édifices du gouvernement, absolument pas sur son imposition à qui que ce soit par qui que ce soit. Remarquez, la moitié de l'opinion publique en Turquie est formée de femmes musulmanes. C'est peut-être ce qui explique pourquoi ladite opinion publique (à part quelques laïcistes extrémistes qui, s'ils étaient québécois, seraient Pierre Falardeau) considère que lesdites femmes sont capables de s'habiller elles-mêmes. Qu'elles sont dotées du libre arbitre. Qu'une approche dans le genre SPCA ("pauv'-p'tit-minou-t'es-tout-crotté-tu-fais-
pitié-tu-peux-rien-faire-tout-seul-y'a-juste-
moi-pour-te-sauver") est au mieux de mauvais goût et au pire profondément méprisante.

Vous me direz que la violence conjugale est loin d'être rare en Turquie. Tout à fait exact. Je dirais même plus, dans un contexte où le mari est beaucoup plus souvent qu'au Québec le seul salarié de la maison, de nombreuses victimes sont retenues prisonnières par dépendance économique, forcées de tolérer l'intolérable. Mais la dépendance économique n'est pas un caractère fondamental de l'Islam.

Petit exercice: Essayez de trouver une pratique sociale ou un trait culturel qui:
-Dépasse le domaine du strictement spirituel;
-Est omniprésent en Indonésie, en Azerbaïdjan et dans le nord du Nigéria; et
-Est inconnu Thaïlande, en Géorgie et dans le sud du Nigéria.

Si vous trouvez quoi que ce soit, félicitations, vous venez de découvrir un caractère essentiel de l'Islam. Allez partagez votre découverte avec le Jos Binne susmentionné, "il va sans dire" qu'il le savait déjà. Et venez aussi me le dire, parce que moi ça fait seulement onze ans que j'étudie le monde musulman et je serais totalement incapable d'identifier un tel caractère essentiel.

Remarquez, à force d'écouter les compte-rendus quotidiens de la Commission, la Vérité va peut-être finir par me rentrer dans le coco.


Aucun commentaire: