09 novembre 2007

Une saison dans la vie des Québécois

Un spectre hante le Québec: Le spectre d'Hérouxville. Toutes les petites âmes, de l'ADQ à Françoise David, se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer les accommodements déraisonnables et sauvegarder les valeurs fondamentales du Québec. On en a des opinions divergentes, mais tous s'accordent pour désigner l'énoncé des "Normes de vie" d'Hérouxville -avec son interdiction formelle de lapider et brûler des femmes avec de l'acide sur le territoire de la municipalité- comme la genèse de cette discussion.

Comme bien des genèses, le texte original du document est loin de ce qu'est devenu le débat. Non seulement parce que le texte lui-même a changé (les références à la lapidation et à l'acide sont disparues --y'en a qui ont peur de rien), mais aussi parce qu'on a un peu oublié que son objectif premier était d'expliquer ce qu'est la vie au Québec. Tentative d'explication épouvantablement maladroite, certes (à moins que, pour vous, être Québécois se résume à des garçons et des filles qui se baignent ensemble dans des piscines publiques et un étalage de boucher qui inclut "boeuf, poulet, agneau, porc, etc."), mais tentative quand même.

Dans un pays ordinaire, ce genre de tentative de définition collective (immédiatement suivie d'une critique virulente) serait en bonne partie la responsabilité d'une certaine élite littéraire, un groupe d'écrivains politiques à la V.S. Naipaul, Toni Morrison ou Orhan Pamuk. Mais le Québec n'est pas un pays ordinaire. C'est un pays avec relativement peu d'histoire et encore moins de littérature. Quand j'explique à des amis étrangers que les écrivains québécois se tiennent loin des thèmes politiques, la plupart croient que je me fous de leur gueule. Si seulement... D'accord, il est excusable pour le Québec de ne pas avoir d'écrivain nobélisable du calibre de Naipaul, Morrison ou Pamuk (quoi que, faut vraiment pas avoir lu Pamuk pour lui donner un Prix Nobel). Mais qu'aucun de nos écrivains ne tente de le devenir, c'est franchement pathétique.

Anyways, si ce n'est pas votre première visite sur ce blogue, vous savez que j'ai réponse à tout. Pas d'exception dans ce cas-ci. J'ai trouvé le texte qui tue, celui qu'on devrait faire lire aux immigrants pour leur expliquer comment ça se passe par chez-nous plutôt que de leur imposer les divagations d'une bande de conseillers municipaux effrayés par la religion arabe. Et c'est pourquoi la prochaine lecture imposée par Immigration-Québec sera... [Roulement de tambour]: Une saison dans la vie d'Emmanuel, de Marie-Claire Blais.

Oui, enseignons ce que nous sommes à cette bande d'exciseurs, de lapidoptères, d'opposants à la saine cohabitation des hommes et des femmes sur les pistes de ski de fond, expliquons-leur de quoi est fait notre peuple. Disons-leur ce qui est bon, les familles de 16 enfants, la haine sourde qui traverse les générations, la résignation à une vie morne comme le ciel d'une toile de Lemieux, l'Église catholique qui embaume les cadavres, l'intimité qui se transforme toujours en viol et la mort qui se glisse sous la porte la cuisine avec le vent d'hiver.

Et dormez tranquille, je peux confirmer que les Hérouxvillains avaient raison: Une saison dans la vie d'Emmanuel ne contient absolument aucune invitation à brûler des femmes avec de l'acide.


Aucun commentaire: