29 mai 2008

Antoine

Je sors de mon mutisme pour vous raconter une petite histoire, une histoire qui ne finit pas comme elle aurait dû. Ça se passe il y a une quinzaine d'années, dans une polyvalente laide comme il y en a des dizaines au Québec.

Dans ma polyvalente laide, comme dans toutes les polyvalentes laides, il y a des méchants et des gentils. Il y a aussi des compétents et des incompétents. Antoine était le capitaine de la deuxième équipe. Dans le civil, c'est lui qui nous donnait les cours dits d'éducation choix de carrière. Je doute qu'il y soit encore, il était déjà au bord de la retraite à l'époque. Remarquez l'intensité avec laquelle je ne déplore pas cet état de fait.

Un jour, après la classe, je me suis approché d'Antoine pour lui poser une question à propos du showbiz. "Antoine, tsé, là, les spécialistes de toutes sortes de pays qui sont invités aux nouvelles 'à tévé pour répondre à des questions quand y se passe quelque chose dans ces pays-là, là, ben c'est comment qui faut faire pour en devenir un?".

Une retranscription de la scène ne suggèrerait pas beaucoup plus qu'une réponse factuelle. "Ils ont des doctorats en science politique." Mais le ton, oh! le ton... le ton sur lequel il m'a offert sa réponse était un uppercut pour assommer ma deuxième question avant même qu'elle n'arrive. Le ton qu'il a employé, en somme, me disait d'écraser, de revenir à la réalité, bref, ils ont des doctorats et toi ti-gars t'en aura pas, et rêve pas trop à la Ligue Nationale de Hockey non plus.

Je me souviens d'une chronique où Foglia parlait de ces ados talentueux qui sont devenus des adultes quelconques faute d'avoir reçu, pour reprendre son expression, le "coup de pied au cul qui les aurait mis en orbite." C'est à tout ce potentiel laissé en friche que je dédie la conclusion de ma petite histoire:



Dans une semaine exactement j'obtiendrai un doctorat de l'université Harvard.


Mange un char de marde, Antoine.


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