26 septembre 2008

Programme I: NPD

Vous voulez télécharger le programme du NPD? La réponse est non. Non, c'est impossible. Ou alors fichtrement pas pratique, puisqu'il est offert en format html (et sur un fond jaune-orange Réno-Dépot), mais pas .pdf.

M'enfin, quand je dis pas pratique, je parle évidemment de ceux qui veulent en garder une copie pour consultation ultérieure. Parce que pour le parti lui-même, ça permet non seulement de changer les choses en douce quand bon leur semble, mais aussi de recycler des arguments.

C'est ainsi que leur bizarre structure leur permet d'affirmer que les réductions offertes par Harper aux grandes entreprises ont rendu l'éducation inaccessible, favorisé le réchauffement de la planète, empêché la sauvegarde d'emplois en foresterie, encouragé la crise dans le secteur manufacturier, rendu la vie quotidienne incertaine et inabordable, multiplié les escroqueries manigancées par les grandes entreprises contre les consommateurs et rendu les téléphones cellulaires inabordables, et que l'absence des députés libéraux de Stéphane Dion lors de votes-clés est simultanément responsable de la pollution, de l'abandon des objectifs de Kyoto, du piètre état de santé des Canadiens, de la perte d'emplois chez les travailleurs forestiers, de la destruction de la famille et des espoirs des immigrants, de la crise dans le secteur manufacturier, de la pauvreté au Canada, des profits des grandes entreprises, du coût de la vie au Canada, du niveau de vie abysmal des Amérindiens, du fait que votre vote ne compte pas et du manque de places en garderie --comme s'il s'agissait d'autant de faits indépendants.

En fait, pour le NPD les profits excessifs constituent une circonstance aggravante qui mène à un lyrisme un peu déstabilisant. Ainsi, on attribue une partie des profits des banques au "désespoir des pays pauvres" et on affirme que Jack Layton a

"déposé un projet de loi visant à interdire les publicités abusives ciblant les enfants de moins de 13 ans. En général, il s’agit de publicités faisant la promotion de produits alimentaires malsains dont les profits sont massifs."
(comme si un organisme sans but lucratif aurait le droit moral d'annoncer des "biscuits qui font grandir" assaisonnés au DDT).

Le NPD défend la gratuité, même dans les domaines les moins usités, comme en témoigne ce passage:
"Lorsqu’il a conclu un accord de libre-échange avec la Colombie, [Harper] a négocié une clause qui permet à des entreprises reliées aux paramilitaires de payer une simple amende chaque fois qu’ils tuent un syndicaliste."

Le programme du NPD a été rédigé en anglais, et la chose devient rapidement claire à la lecture. C'est peut-être, au moins en partie, parce que la traduction semble elle aussi avoir été confiée à la gent anglophone qu'on y retrouve quelques formulations bizarres. On affirme par exemple que Stephen Harper
"a renié sa promesse électorale visant à protéger le financement de l’éducation postsecondaire en l’allouant par le biais d’un Transfert à l’éducation du Canada, tout comme c’est le cas pour les soins de santé."
(faut vraiment avoir été victime des coupures en éducation pour y comprendre quelque chose), que "seulement 11 pour cent des députées conservatrices soient des femmes" (la plupart des députées conservatrices seraient donc transsexuelles --surprenant que la dénonciation vienne du NPD). On dit aussi que
"Au lieu de s’occuper de l’arriéré du système d’immigration du Canada, il a fait adopter une loi qui donne au ministre de l’Immigration des pouvoirs arbitraires pour faire avancer des gens dans la liste d’attente de 900 000 personnes, ou encore de les éliminer."
(une dénonciation de génocide que le NPD lui-même a mis en italique) et que "un tiers des emplois disponibles exigeront bientôt un apprentissage ou une formation collégiale", sous-entendant le caractère mutuellement exclusif de l'apprentissage et de la formation collégiale (remarquez, c'est peut-être pas faux).

Dans certains cas, toutefois, on peut supposer une manipulation volontaire de la langue, comme quand on rappelle que le NPD a « déposé une motion interdisant l’usage des pesticides à des fins cosmétiques », ce qui, à moins qu'ils essaient d'interdire les rouges à lèvres aux BPC, correspond à une référence aux herbicides à pelouse qui se veut juste assez obscure pour éviter de se mettre à dos le segment électoral pas tout à fait marginal que représentent les propriétaires de pelouses de banlieue.

Le programme n'est pas non plus d'une logique imparable. Par exemple, il dénonce les cibles des Conservateurs en matière d'émission de carbone comme irréalistes, avant (quelques paragraphes plus bas) de se vanter d'en proposer des plus contraignantes.

Parfois, l'information manque, comme quand on affirme que «[a]lors que Dion siégeait au cabinet, les libéraux ont imposé un plafond de 2 pour cent aux dépenses consacrées aux services essentiels » pour les autochtones, il est impossible de déterminer à quoi correspond ce deux pour cent (bien qu'on puisse supposer qu'il corresponde à cinquante pour cent de quatre pour cent, et à cent pour cent de deux pour cent).

De même, quand on rajoute que Jack Layton « a demandé la mise en place de règles obligatoires en matière d’efficacité énergétique pour aider les conducteurs à consommer moins d’essence», rappelons-nous qu'il faut toujours se méfier d'un gouvernement qui pense que les verbes "aider" et "obliger" sont de parfaits synonymes.

Plus sérieusement, certaines affirmation du programme sont carrément hors de cette catégorie de faits qu'on appelle "réalité", comme quand on affirme que le gouvernement Harper "a même retiré le mot « égalité » du mandat de l’agence fédérale qui se penche sur les questions ayant trait aux femmes", alors que la page d’accueil de Condition Féminine Canada affirme que « Son travail vise à faire progresser l'égalité pour les femmes et à éliminer les obstacles à la participation des femmes à la société, en mettant un accent particulier sur l'accroissement de leur sécurité économique et l'élimination de la violence à leur endroit. »

De même, toute sa section sur la santé parle sans arrêt d'un hypothétique système de santé public canadien unique, mentionnant au plus les provinces comme partenaires du fédéral, alors que la santé est clairement et sans ambiguité de juridiction provinciale.

Enfin, la défense que le NPD promet au secteur manufacturier (qui "devrait être le fer de lance d’un avenir prospère et viable") laisse songeur. Bien sûr, on peut chercher les votes des travailleurs d'usine. Mais quand on affirme que "[d]epuis 2002, plus d’un quart de million d’emplois dans le secteur manufacturier ont disparu ou ont été délocalisés outre-mer en raison d’ententes commerciales inéquitables", on admet une vision au mieux simpliste du jeu de la concurrence internationale. En voulant concentrer l'économie sur "la shoppe", on suggère aussi un plan économique qui fait un peu peur, un plan basé sur une logique (la rentabilité n'est pas un facteur pertinent dans le choix des secteurs économiques à développer) qui, poussée à sa limite, pourrait bien valoir des subventions à quelque projet de plantation de canne à sucre dans le sud de l'Ontario.

Dites, puisque je suis un gros amateur de sous-entendus de mauvaise foi, je peux vous poser une question? Quelqu'un à déjà joué à "Professor Layton and the Last Time Travel"?



Voir aussi:

Programmes, édition fédérale
Programme II: Parti Libéral du Canada
Programme III: Bloc Québécois
Programme IV: Parti Conservateur


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