28 octobre 2008

Sans censurer la censure

Quand j'ai essayé de passer les grilles de l'Ambassade l'autre jour, ce ne sont pas pas mes gardes de sécurité habituels ("Nom d'utilisateur! Mot de passe! Bienvenue monsieur l'Ambassadeur!") qui m'ont accueilli. Non, c'est plutôt une barrière inattendue, le message suivant, en grosses lettres rouges: "Bu siteye erişim mahkeme kararıyla engellenmiştir", "L'accès à ce site est interdit par décision de tribunal". Deux ligne supplémentaires, l'une en turc et l'autre en anglais, ajoutent que l'accès au site a été suspendu conformément à la décision 2008/2761 de la 1ère cour criminelle de paix de Diyarbakir, République de Turquie. Et quand je parle de "ce site", c'est évidemment de Blogspot dont il est question, pas seulement de l'Ambassade.

J'ai été un peu surpris, parce que, bon, soyons polis, mais il reste que le petit juge local de Diyarbakir (dans le Sud-Est de la Turquie, longtemps le centre chaud du séparatisme kurde et par le fait même de la lutte du gouvernement contre le séparatisme kurde), il a l'air d'en mener large, pour bloquer ainsi l'accès de tout le pays à un des sites les plus populaires des internettes.

N'empêche que ce n'est pas tout à fait nouveau. Depuis quelques mois, les juges turcs semblent prendre un malin plaisir à interdire des sites webs à gauche et à droite. La victime la plus célèbre est Youtube (on travaille plus efficacement en Turquie depuis mai dernier), mais il y en a des dizaines d'autres --dont plusieurs (incluant "video.google.com") ont vu leur accès permis à nouveau. Les raisons de cette censure varient, incluant les habituels références à la pornographie et la prostitution juvénile, mais aussi aux insultes dirigées contre la mémoire d'Atatürk et des modes d'emploi un peu trop explicites pour les terroristes en herbe. À ma connaissance, il n'y a pas eu de cas où l'insulte à la religion musulmane ait été invoquée directement --désolé pour ceux qui aiment tout expliquer avec la phrase "ouin mais c'est un pays musulman". Dans le cas de Blogspot, il s'agissait d'une chaîne de télé par câble qui s'opposait à la rediffusion illégale de ses canaux à travers un blogue.

Je suis un farouche partisan de la liberté d'expression. C'est un des principes les plus essentiels pour mon travail et pour ce que je considère une société sinon en santé, du moins capable de se guérir se ses propres maux. Et ce dont je suis un farouche partisan, c'est du principe lui-même, pas de son application à tous ceux qui ont les mêmes opinions que moi. Ceux qui affirment que l'anorexie est un choix de vie raisonnable, ceux qui nient l'Holocauste, ceux qui crient sur tous les toits que l'Islam est par nature terroriste, ce sont des merdes humaines. Mais encore plus dangereux qu'une merde humaine est une merde humaine qui développe un complexe de persécution. Si leurs idées sont indéfendables, qu'on leur réponde avec des arguments, qu'on les ridiculise. La censure est la pire preuve de faiblesse intellectuelle.

Et pourtant, ceci n'est pas une dénonciation de la censure dont Blogspot (et moi-même, par extension) a été victime. Non, à ce juge de Diyarbakir, je dis simplement fais comme tu veux, fais comme chez vous, peut-être que la décision était la bonne. Peut-être est-ce la chose à faire dans un pays comme la Turquie --peu importe ce que l'expression "un pays comme la Turquie" puisse vouloir dire.

Depuis quelques mois, les choses chauffent par ici. Les uns tentent de rendre illégal le parti au pouvoir. Les autres tentent de trainer en justice un groupe qui avait peut-être pour objectif un coup d'état --ou alors n'existait tout simplement pas. Le cours de la lira turque s'en ressent, et on a par moments l'impression que la situation pourrait se transformer en une crise politique aux conséquences graves.

Il y a un mouvement qui s'organise contre la censure d'internet, en Turquie. Un mouvement par des Turcs, pour les Turcs. Et si jamais les choses tournent mal, si jamais les religieux ou les militaires ou les nationalistes ou les terroristes finissent par décider qu'un peu d'abus de pouvoir ou même de violence serait nécessaire, ces mêmes Turcs, ces citoyens de la République de Turquie, risquent d'en subir les pleines conséquences. Conséquences légales, conséquences physiques, ou alors quelque variation sur le thème de l'exil. Et moi, de mon côté, je serai de retour chez moi, et je cultiverai mes tomates sans trop me préoccuper de la merde que j'ai laissée derrière moi. Un peu comme les vaillants petits castors qui sont allé manifester pour le Tibet l'été dernier, et qui n'ont pas senti le besoin de partager les coups de matraques distribués sur les rues de Lhasa, à la suite des émeutes qu'ils ont encouragées. Le courage de prendre position n'a rien de courageux quand on laisse aux autres le soin de subir les conséquences.

L'accès à Blogger vient tout juste d'être rétabli en Turquie. Et moi, c'est mon devoir de non-citoyen de me fermer la gueule, et de parler de la poutre plantée dans mon propre pays.


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11 octobre 2008

Programme IV: Parti Conservateur

Le programme du Parti Conservateur du Canada se présente comme modeste, et fait des efforts louables pour se prouver comme tel. C’est ainsi que parmi les promesses principales qu’on y fait se trouvent celle de lutter contre le fléau de la falsification des pompes à essence (p. 7), aider les millions d’aînés canadiens qui reçoivent des paiements de sécurité sociale du gouvernement des États-Unis (p. 10) et de promulguer une loi antipourriel (p. 6) qui, on s’en doute, aura un effet purificateur immédiat sur le comportement des hackers roumains. Et même quand on s’attaque à des problèmes plus sérieux, les promesses restent modestes. Ainsi, on promet de faire quelque chose à propos du manque de médecins et de personnel infirmier là où il en manque, en se gardant bien de mentionner quelque mesure concrète que ce soit (p. 34).

Cela ne veut pourtant pas dire que le programme est vide de contenu, mais plutôt que ce contenu apparait sous forme de sous-entendus. Ainsi, il ne faut pas chercher trop longtemps pour se rendre compte que l’affirmation selon laquelle « Les gens qui travaillent fort, qui paient leurs impôts et qui respectent les règles [et, serait-on tenté d’ajouter, qui vont à l’église] s’en sortent. » (p. 2), s’adresse précisément aux maudits BS qui ne devraient pas avoir le droit de se plaindre. De la même manière, si « Un gouvernement conservateur réélu fera plus pour renforcer la sécurité de notre système de justice », c’est bien entendu pour protéger le système de justice contre les abus des citoyens, et non les citoyens contre les abus du système de justice. Quand on annonce qu’un des objectifs du parti est d’ « Instaurer une fierté pour l’histoire et l’identité canadienne », on n’oublie certainement pas que le verbe « instaurer » ne s’applique que dans les cas où la chose en question n’existe pas auparavant. Et quand on affirme qu’un «gouvernement conservateur réélu dirigé par Stephen Harper présentera une législation pour tenter d'améliorer la représentation à la Chambre des communes en fonction de la population pour les provinces de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, tout en protégeant le nombre de sièges des autres provinces. » (p. 25) c’est aux gens du Québec et des Maritimes qui ont échoué leurs cours de mathématiques qu’on s’adresse principalement.

Cette promesse de réduire le poids politique relatif du Québec, on aurait pourtant pu la laisser en-dehors de la version francophone du programme. Bien sûr, la version anglaise et la version française sont très similaires (les gens qui ont échoué leurs cours de langue seconde sont nombreux, mais pas assez pour assurer une majorité au Parti Conservateur), mais pas totalement identiques. Ainsi, on a remplacé deux photos, aux pages 14 et 19, et en voyant les pancartes arborant des slogans unilingues dans la version anglaise, on se demande pourquoi on n’a pas réussi à trouver de photos de partisans brandissant des slogans en français. Peut-être est-ce simplement parce que les adéquistes avec des coupes Longueuil Conservateurs québécois fons sistematicman dé fôte d’hortografe s’ur lé pankart.

Et parlons-en des photos. Si Stéphane Dion se cache à l’avant-dernière page du programme de son parti, Harper apparait sur la majorité des pages du sien (23 fois en 44 pages). Un peu comme si le reste de son parti était une source constante d’embarras. Remarquez, les petits enfants blancs qui l’accompagnent dans le tiers de ses photos sont certainement moins dangereux, politiquement parlant, qu’une troupe de députés qui limite la plupart de ses interventions dans les médias nationaux à ce genre littéraire classique qu’est la présentation d’excuses pour des propos déplacés.

Et, comme tous les autres partis, celui des Conservateurs fait quelques promesses qui laissent perplexe. On promet ainsi d’ouvrir un bureau commercial en Mongolie (pays qui a un produit national brut correspondant à moins du tiers de celui du Dakota du Nord; p. 16), d’investir « 50 millions de dollars dans la capacité d'abattage partout au pays afin de soutenir l'industrie de l'élevage et l'industrie laitière, et les autres éleveurs » (en oubliant un peu vite que l’abattage d’une vache réduit sa production laitière d’environ 100%; p. 21) et on va « aider les jeunes qui risquent de tomber aux mains de gangs... », en les envoyant dans en prison, loin des autres criminels (p. 3).

Mais, bon, quand même, à force de lire j’ai réussi à trouver une raison de voter pour les Conservateurs. À la page 37, on affirme qu’un « gouvernement conservateur réélu dirigé par Stephen Harper adoptera une législation permettant aux Canadiens touchés par le terrorisme de poursuivre les promoteurs d'organisations terroristes ».

Si ce n’est pas d’être « touché par le terrorisme » de voir le gouvernement du Canada se servir de Bin Laden pour m’imposer des procédures de sécurité interminables, totalement inutiles et franchement humiliantes à chaque fois que je passe par un aéroport, je me demande bien ce que c’est.

J’appelle mon avocat tout de suite.


Voir aussi:

Programmes, édition fédérale
Programme I: NPD
Programme II: Parti Libéral du Canada
Programme III: Bloc Québécois


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09 octobre 2008

Programme III: Bloc Québécois

Imaginez-vous dans une occasion mondaine, un cocktail, une réunion des Bisons des Prairies, bref, le genre d'occasion où vous êtes obligés d'être poli envers tous et chacun. Et imaginez que quelqu'un s'approche de vous, et vous tienne à peu près ce langage:

« Le 23 novembre 2005, le Bloc Québécois avait demandé une motion unanime pour le projet de loi C-301 visant la pleine rétroactivité : l’acceptation de cette motion aurait permis d’accélérer l’adoption de la loi. Il aurait permis d’annuler les restrictions concernant les versements mensuels rétroactifs des suppléments de revenu et des prestations, permettant ainsi un paiement rétroactif complet. Tous les députés présents à la Chambre des communes avaient voté pour la motion, sauf que la motion n’a pas été adoptée puisqu’une députée libérale a indiqué au président de la Chambre qu’elle ne voulait plus voter pour le projet. Aujourd’hui, les conservateurs peuvent bien rejeter sur les libéraux la responsabilité de cette injustice, mais ils n’ont pas non plus la décence de la réparer. »

Bienvenue à la page 160-1 de la Plateforme électorale du Bloc Québécois. Et ne cherchez pas mieux ailleurs, ça reste aussi assommant tout au long des 232 pages du programme.

Ouaip, le Programme du Bloc Québécois est un de ces casse-couilles qui vous expliquent qu'il est responsable de tout ce qui va bien, qu'il n'a rien à voir avec tout ce qui va mal, et que quand certains résultats sont mitigés sans être mauvais, il est possible de prendre le crédit pour la partie flatteuse de la phrase, en mettant le désastre qui commence après la virgule sur le compte des méchants Conservateurs. Le Bloc, en fait, se perd tellement dans les détails que le seul pays pour lequel il semble avoir quelque chose comme un plan d’ensemble cohérent n’est ni le Québec, ni le Canada mais bien l’Afghanistan (pp. 210-4).

Le Bloc se présente d’abord timidement comme un parti rassembleur puisque, « [p]our les Québécois, fédéralistes comme souverainistes, c’est le Québec d’abord. » (p. 6) Puis il passe les deux cent vingt-cinq pages suivantes à soupirer que « la nation québécoise pourra difficilement maîtriser le développement du Québec tant que ce dernier sera une province canadienne et que le Canada tiendra dans ses mains plusieurs de nos leviers essentiels de développement » (p. 15). Et quand il affirme qu’il « a un rôle majeur à jouer pour faire avancer la cause souverainiste » (p. 23), disons que les fédéralistes doivent se demander s’ils filent vraiment pour être rassemblés.

Et même quand on parle de défense de valeurs québécoises qui font soi-disant consensus au Québec (« valeurs québécoises » que bien des disciples de Mario ne semblent pas partager, d’ailleurs), la défense qu’en fait le Bloc va parfois trop loin et justifie certains choix douteux, comme exemple quand il se vante de faire la promotion de « l’utilisation sécuritaire de l’amiante » (p. 11). On se permet aussi des interprétations pour le moins originales de l’histoire. Par exemple, lorsqu’on affirme que le Parlement du Bas-Canada, rassemblé pour la première fois en 1792, est « l’un des plus anciens parlements du monde » et que cela donne au Québec une quelconque autorité morale en matière de démocratie (p. 16) on oublie que des « parlements » (peut-être pas tous démocratiques au sens libéral, mais parlements quand même) étaient nombreux en Europe médiévale, et du reste que le Haut-Canada avait lui aussi une assemblée législative élue à la même époque. De la même manière, cette petite perle : « Le Canada est un pays souverain, et lorsque la Chambre des communes est unanime, tout est dit. Pourquoi en serait-il autrement pour le peuple québécois ? » (p. 19) La réponse, évidemment, est simple : Parce que le peuple du Québec lui-même s’est prononcé à deux reprises par référendum pour que ce ne soit pas le cas.

Dans certains cas, toutefois, la subjectivité du Bloc québécois fait un peu peur. Quand on affirme que la Cour suprême du Canada, « dont tous les juges sont nommés par Ottawa, n’a pas l’impartialité requise pour trancher un litige entre Québec et Ottawa » (p. 30), on attaque directement la légitimité de l’institution responsable de faire du Canada un État de droit. Et si on rajoute un peu plus tard que « le Bloc Québécois a conçu une stratégie qui intègre les moyens dont dispose le gouvernement fédéral. Un plan qui pourrait être exécuté pleinement, dès demain, dans un Québec souverain » (p. 81), l’assiettée de mauvaise foi qu’on m’a offerte pour que je me compromette en faveur des fédéralistes exhale un fumet qui rappelle les beaux jours de la crainte arriérée de Monsieur Lévesque et de ses amis les terroristes unilatéraux.

Oh, et enfonçons le clou : comme le NPD, le Bloc affirme que «la ministre a éliminé le mot ‘égalité’ des objectifs du Programme de promotion de la femme», il suffit d’aller voir le Programme de promotion de la femme, Lignes directrices en matière de financement pour 2008-2009 pour découvrir que le terme « égalité » tient une place centrale à la fois dans l’énoncé du mandat du Programme et dans la description des critères de financement par celui-ci.

Mais en fin de compte, avec le Bloc Québécois, tout se résume à l’histoire de la paille et de la poutre. Et quand il affirme que « les politiques culturelles du gouvernement fédéral ont souvent pour utilité de promouvoir l’identité, la fierté et l’unité canadiennes » et que le « soutien de l’État à la culture doit pourtant être libre de tout objectif politique » (p. 54), faut-il vraiment s’étonner que ce passage suive immédiatement une page entière d’arguments résumés, quelques lignes plus loin, par la promesse que le « Bloc Québécois déposera son projet de loi sur la reconnaissance d’un cinéma national québécois »? Une poutre, euh, je veux dire, un projet de loi tout ce qu’il ya de plus apolitique, bien sûr…




Voir aussi:

Programmes, édition fédérale
Programme I: NPD
Programme II: Parti Libéral du Canada
Programme IV: Parti Conservateur


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02 octobre 2008

Programme II: Parti Libéral du Canada

On parle parfois de la performance d'un parti ou d'un gouvernement en terme scolaires, se demandant s'ils méritent ou non la note de passage. Mais, monsieur le professeur, est-ce que vous enlevez des points pour les fautes? Le programme du Parti Libéral du Canada, dans le cadre de son Tournant vert, espère que non.

Est-ce que c’est normal d’avoir un paragraphe qui finit par une virgule, dès la troisième page de son programme? Un autre par un virgule-point (« ,. », p. 53)? Des lignes qui commencent par des points-virgules (pp. 43, 52 et 69)? Un paragraphe qui commence par un guillemet fermant (p. 49)? Autrement, on parle de « grands parents » sans trait d’union (sans doute des parents de sept pieds, p. 72), on nous assure que le vérificateur général « sveillera » (p. 7), on répète un paragraphe de huit lignes, mot pour mot, deux fois sur la même page (p. 38) et on se permet de donner le nom de « Stephen harper » sans majuscule pour le nom de famille (p. 4). On m’a toujours dit qu’il n’y avait rien de plus mortel qu’une faute de frappe dans une demande d’emploi. Peut-être la règle est-elle différente quand l’emploi qu’on demande, c’est celui de premier ministre du Canada.

M’enfin, on les comprend, les libéraux. De un, les fautes de frappe, ça détourne l’attention de la personnalité de leur chef. D’ailleurs, la photo de Stéphane Dion ne fait son apparition qu’à la page 82 (sur 86), bien après la présentation de membres beaucoup plus populaires de son parti tels que l’ours polaire (p. 39), le bébé joufflu (p. 46) et le monsieur tout excité d’être sur le point de subir une coloscopie (p. 42).

Et de deux, ils doivent se concentrer sur leur Tournant vert, la réponse universelle qu’ils ont trouvée à tous les problèmes, du niveau des impôts sur le revenu au financement des universités. Et les Libéraux (tout comme, si vous voulez mon avis, la plupart des écologistes amateurs) semblent considérer que les thèmes écologiques justifient tous les glissements de logique, toutes les petites faussetés qui peuvent être utile à leur argument. On affirme, par exemple que « Actuellement, les sources d'énergie renouvelables représentent moins de 5 % de l'électricité produite au Canada. » (p. 30). Bien sûr, on peut reprocher certains effets polluants à l’hydro-électricité, qui constitue environ 60% de l’électricité produite au Canada. Mais la qualifier de non-renouvelable, vraiment? Est-ce que le Parti Libéral du Canada prévoit qu'y mouillera pus pantoute pantoute, pour remplir les réservoirs?

On propose de créer des options de financement pour « l’édification de réseaux de distribution d’énergie propre ». Puisqu’il n’est certainement pas ici question de combustible fossiles, parlerait-on de fils qui savent faire la différence entre l’électricité qui vient des éoliennes et celles des centrales à charbon? De la même manière, à la page 17 on précise que quand on parle des investissements dans les infrastructures des régions éloignées prévues dans le Tournant vert, il « ne s’agit pas seulement de routes et de ponts ». Autrement dit, ce plan ‘écologique’ ne consiste ‘pas seulement à promouvoir la pollution’. Impressionnant. Et pour les fins observateurs, dites-moi, qu’évoque pour vous cette photo d’une femme (ingénieure, suppose-t-on), qui tient un plan de construction devant quelques éoliennes, à la page 11? Si les éoliennes sont déjà construites, on peut en conclure qu’elle a d’autres projets. Et ses projets de construction (sur ce qui semble être une terre agricole), ne peuvent que limiter l’efficacité desdites éoliennes. Ouaip, pas besoin de substance cohérente quand la teinte générale tire sur le vert.

J’ai été tellement ébahi par la performance environnementale du Parti Libéral que j’en ai été incapable de comprendre le tableau de la page 15, à propos des investissements dans les infrastructures. Remarquez, l’incohérence ne vient peut-être pas de mon côté : Un des items dans la colonne de gauche (« Programmes d’infrastructures ») est « 25 milliards de $ par province par an ». Les éléments correspondants à ce dernier dans les deux colonnes de droite (respectivement « Infrastructure [milliards de $], Somme totale après 4 ans » et « Infrastructure [milliard de $], Somme totale après 10 ans ») sont de... 1,3 et 3,3. Depuis quand est-ce que 25 milliards fois dix provinces fois quatre ans égale 1,3 milliard?!?

Ébahi, aussi, par les solutions proposées à la violence faite aux femmes :
« Pour lutter contre [la violence faite aux femmes] et mettre fin à l’acceptation sociale de ceux qui incitent à la haine contre les femmes, un gouvernement libéral commencera par amender le Code criminel de façon à inclure le sexe de la personne dans les dispositions concernant l’incitation à la haine. » (p. 51)

Remarquez qu’on ne parle pas de crime haineux, on parle d’incitation à la haine. Parce que, c’est bien connu, la paix règnerait sur les foyers si seulement on interdisait ces publicités, pourtant si appréciées, qui font la promotion de la violence conjugal

Et pour finir, cette petite perle, qui donne une bonne idée de la perspective historique du parti :

« La dernière fois que le Canada a dû relever un défi de [l’ampleur des changements climatiques], c’était lors de la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, tous les pans de la société canadienne, pouvoirs publics, travailleurs, entreprises et citoyens ordinaires, ont répondu à l’appel et se sont mobilisés d’un bout à l’autre du pays pour faire front. » (p. 27)


Alors dites-moi, si vous vous souvenez de la crise de la conscription, est-ce que ce passage signifie qu’on ne considère pas le Québec comme faisant partie de « tous les pans de la société canadienne »?


Dans cette série:

Programmes, édition fédérale
Programme I: NPD
Programme III: Bloc Québécois
Programme IV: Parti Conservateur


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