02 octobre 2008

Programme II: Parti Libéral du Canada

On parle parfois de la performance d'un parti ou d'un gouvernement en terme scolaires, se demandant s'ils méritent ou non la note de passage. Mais, monsieur le professeur, est-ce que vous enlevez des points pour les fautes? Le programme du Parti Libéral du Canada, dans le cadre de son Tournant vert, espère que non.

Est-ce que c’est normal d’avoir un paragraphe qui finit par une virgule, dès la troisième page de son programme? Un autre par un virgule-point (« ,. », p. 53)? Des lignes qui commencent par des points-virgules (pp. 43, 52 et 69)? Un paragraphe qui commence par un guillemet fermant (p. 49)? Autrement, on parle de « grands parents » sans trait d’union (sans doute des parents de sept pieds, p. 72), on nous assure que le vérificateur général « sveillera » (p. 7), on répète un paragraphe de huit lignes, mot pour mot, deux fois sur la même page (p. 38) et on se permet de donner le nom de « Stephen harper » sans majuscule pour le nom de famille (p. 4). On m’a toujours dit qu’il n’y avait rien de plus mortel qu’une faute de frappe dans une demande d’emploi. Peut-être la règle est-elle différente quand l’emploi qu’on demande, c’est celui de premier ministre du Canada.

M’enfin, on les comprend, les libéraux. De un, les fautes de frappe, ça détourne l’attention de la personnalité de leur chef. D’ailleurs, la photo de Stéphane Dion ne fait son apparition qu’à la page 82 (sur 86), bien après la présentation de membres beaucoup plus populaires de son parti tels que l’ours polaire (p. 39), le bébé joufflu (p. 46) et le monsieur tout excité d’être sur le point de subir une coloscopie (p. 42).

Et de deux, ils doivent se concentrer sur leur Tournant vert, la réponse universelle qu’ils ont trouvée à tous les problèmes, du niveau des impôts sur le revenu au financement des universités. Et les Libéraux (tout comme, si vous voulez mon avis, la plupart des écologistes amateurs) semblent considérer que les thèmes écologiques justifient tous les glissements de logique, toutes les petites faussetés qui peuvent être utile à leur argument. On affirme, par exemple que « Actuellement, les sources d'énergie renouvelables représentent moins de 5 % de l'électricité produite au Canada. » (p. 30). Bien sûr, on peut reprocher certains effets polluants à l’hydro-électricité, qui constitue environ 60% de l’électricité produite au Canada. Mais la qualifier de non-renouvelable, vraiment? Est-ce que le Parti Libéral du Canada prévoit qu'y mouillera pus pantoute pantoute, pour remplir les réservoirs?

On propose de créer des options de financement pour « l’édification de réseaux de distribution d’énergie propre ». Puisqu’il n’est certainement pas ici question de combustible fossiles, parlerait-on de fils qui savent faire la différence entre l’électricité qui vient des éoliennes et celles des centrales à charbon? De la même manière, à la page 17 on précise que quand on parle des investissements dans les infrastructures des régions éloignées prévues dans le Tournant vert, il « ne s’agit pas seulement de routes et de ponts ». Autrement dit, ce plan ‘écologique’ ne consiste ‘pas seulement à promouvoir la pollution’. Impressionnant. Et pour les fins observateurs, dites-moi, qu’évoque pour vous cette photo d’une femme (ingénieure, suppose-t-on), qui tient un plan de construction devant quelques éoliennes, à la page 11? Si les éoliennes sont déjà construites, on peut en conclure qu’elle a d’autres projets. Et ses projets de construction (sur ce qui semble être une terre agricole), ne peuvent que limiter l’efficacité desdites éoliennes. Ouaip, pas besoin de substance cohérente quand la teinte générale tire sur le vert.

J’ai été tellement ébahi par la performance environnementale du Parti Libéral que j’en ai été incapable de comprendre le tableau de la page 15, à propos des investissements dans les infrastructures. Remarquez, l’incohérence ne vient peut-être pas de mon côté : Un des items dans la colonne de gauche (« Programmes d’infrastructures ») est « 25 milliards de $ par province par an ». Les éléments correspondants à ce dernier dans les deux colonnes de droite (respectivement « Infrastructure [milliards de $], Somme totale après 4 ans » et « Infrastructure [milliard de $], Somme totale après 10 ans ») sont de... 1,3 et 3,3. Depuis quand est-ce que 25 milliards fois dix provinces fois quatre ans égale 1,3 milliard?!?

Ébahi, aussi, par les solutions proposées à la violence faite aux femmes :
« Pour lutter contre [la violence faite aux femmes] et mettre fin à l’acceptation sociale de ceux qui incitent à la haine contre les femmes, un gouvernement libéral commencera par amender le Code criminel de façon à inclure le sexe de la personne dans les dispositions concernant l’incitation à la haine. » (p. 51)

Remarquez qu’on ne parle pas de crime haineux, on parle d’incitation à la haine. Parce que, c’est bien connu, la paix règnerait sur les foyers si seulement on interdisait ces publicités, pourtant si appréciées, qui font la promotion de la violence conjugal

Et pour finir, cette petite perle, qui donne une bonne idée de la perspective historique du parti :

« La dernière fois que le Canada a dû relever un défi de [l’ampleur des changements climatiques], c’était lors de la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, tous les pans de la société canadienne, pouvoirs publics, travailleurs, entreprises et citoyens ordinaires, ont répondu à l’appel et se sont mobilisés d’un bout à l’autre du pays pour faire front. » (p. 27)


Alors dites-moi, si vous vous souvenez de la crise de la conscription, est-ce que ce passage signifie qu’on ne considère pas le Québec comme faisant partie de « tous les pans de la société canadienne »?


Dans cette série:

Programmes, édition fédérale
Programme I: NPD
Programme III: Bloc Québécois
Programme IV: Parti Conservateur


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