09 octobre 2008

Programme III: Bloc Québécois

Imaginez-vous dans une occasion mondaine, un cocktail, une réunion des Bisons des Prairies, bref, le genre d'occasion où vous êtes obligés d'être poli envers tous et chacun. Et imaginez que quelqu'un s'approche de vous, et vous tienne à peu près ce langage:

« Le 23 novembre 2005, le Bloc Québécois avait demandé une motion unanime pour le projet de loi C-301 visant la pleine rétroactivité : l’acceptation de cette motion aurait permis d’accélérer l’adoption de la loi. Il aurait permis d’annuler les restrictions concernant les versements mensuels rétroactifs des suppléments de revenu et des prestations, permettant ainsi un paiement rétroactif complet. Tous les députés présents à la Chambre des communes avaient voté pour la motion, sauf que la motion n’a pas été adoptée puisqu’une députée libérale a indiqué au président de la Chambre qu’elle ne voulait plus voter pour le projet. Aujourd’hui, les conservateurs peuvent bien rejeter sur les libéraux la responsabilité de cette injustice, mais ils n’ont pas non plus la décence de la réparer. »

Bienvenue à la page 160-1 de la Plateforme électorale du Bloc Québécois. Et ne cherchez pas mieux ailleurs, ça reste aussi assommant tout au long des 232 pages du programme.

Ouaip, le Programme du Bloc Québécois est un de ces casse-couilles qui vous expliquent qu'il est responsable de tout ce qui va bien, qu'il n'a rien à voir avec tout ce qui va mal, et que quand certains résultats sont mitigés sans être mauvais, il est possible de prendre le crédit pour la partie flatteuse de la phrase, en mettant le désastre qui commence après la virgule sur le compte des méchants Conservateurs. Le Bloc, en fait, se perd tellement dans les détails que le seul pays pour lequel il semble avoir quelque chose comme un plan d’ensemble cohérent n’est ni le Québec, ni le Canada mais bien l’Afghanistan (pp. 210-4).

Le Bloc se présente d’abord timidement comme un parti rassembleur puisque, « [p]our les Québécois, fédéralistes comme souverainistes, c’est le Québec d’abord. » (p. 6) Puis il passe les deux cent vingt-cinq pages suivantes à soupirer que « la nation québécoise pourra difficilement maîtriser le développement du Québec tant que ce dernier sera une province canadienne et que le Canada tiendra dans ses mains plusieurs de nos leviers essentiels de développement » (p. 15). Et quand il affirme qu’il « a un rôle majeur à jouer pour faire avancer la cause souverainiste » (p. 23), disons que les fédéralistes doivent se demander s’ils filent vraiment pour être rassemblés.

Et même quand on parle de défense de valeurs québécoises qui font soi-disant consensus au Québec (« valeurs québécoises » que bien des disciples de Mario ne semblent pas partager, d’ailleurs), la défense qu’en fait le Bloc va parfois trop loin et justifie certains choix douteux, comme exemple quand il se vante de faire la promotion de « l’utilisation sécuritaire de l’amiante » (p. 11). On se permet aussi des interprétations pour le moins originales de l’histoire. Par exemple, lorsqu’on affirme que le Parlement du Bas-Canada, rassemblé pour la première fois en 1792, est « l’un des plus anciens parlements du monde » et que cela donne au Québec une quelconque autorité morale en matière de démocratie (p. 16) on oublie que des « parlements » (peut-être pas tous démocratiques au sens libéral, mais parlements quand même) étaient nombreux en Europe médiévale, et du reste que le Haut-Canada avait lui aussi une assemblée législative élue à la même époque. De la même manière, cette petite perle : « Le Canada est un pays souverain, et lorsque la Chambre des communes est unanime, tout est dit. Pourquoi en serait-il autrement pour le peuple québécois ? » (p. 19) La réponse, évidemment, est simple : Parce que le peuple du Québec lui-même s’est prononcé à deux reprises par référendum pour que ce ne soit pas le cas.

Dans certains cas, toutefois, la subjectivité du Bloc québécois fait un peu peur. Quand on affirme que la Cour suprême du Canada, « dont tous les juges sont nommés par Ottawa, n’a pas l’impartialité requise pour trancher un litige entre Québec et Ottawa » (p. 30), on attaque directement la légitimité de l’institution responsable de faire du Canada un État de droit. Et si on rajoute un peu plus tard que « le Bloc Québécois a conçu une stratégie qui intègre les moyens dont dispose le gouvernement fédéral. Un plan qui pourrait être exécuté pleinement, dès demain, dans un Québec souverain » (p. 81), l’assiettée de mauvaise foi qu’on m’a offerte pour que je me compromette en faveur des fédéralistes exhale un fumet qui rappelle les beaux jours de la crainte arriérée de Monsieur Lévesque et de ses amis les terroristes unilatéraux.

Oh, et enfonçons le clou : comme le NPD, le Bloc affirme que «la ministre a éliminé le mot ‘égalité’ des objectifs du Programme de promotion de la femme», il suffit d’aller voir le Programme de promotion de la femme, Lignes directrices en matière de financement pour 2008-2009 pour découvrir que le terme « égalité » tient une place centrale à la fois dans l’énoncé du mandat du Programme et dans la description des critères de financement par celui-ci.

Mais en fin de compte, avec le Bloc Québécois, tout se résume à l’histoire de la paille et de la poutre. Et quand il affirme que « les politiques culturelles du gouvernement fédéral ont souvent pour utilité de promouvoir l’identité, la fierté et l’unité canadiennes » et que le « soutien de l’État à la culture doit pourtant être libre de tout objectif politique » (p. 54), faut-il vraiment s’étonner que ce passage suive immédiatement une page entière d’arguments résumés, quelques lignes plus loin, par la promesse que le « Bloc Québécois déposera son projet de loi sur la reconnaissance d’un cinéma national québécois »? Une poutre, euh, je veux dire, un projet de loi tout ce qu’il ya de plus apolitique, bien sûr…




Voir aussi:

Programmes, édition fédérale
Programme I: NPD
Programme II: Parti Libéral du Canada
Programme IV: Parti Conservateur


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