11 octobre 2008

Programme IV: Parti Conservateur

Le programme du Parti Conservateur du Canada se présente comme modeste, et fait des efforts louables pour se prouver comme tel. C’est ainsi que parmi les promesses principales qu’on y fait se trouvent celle de lutter contre le fléau de la falsification des pompes à essence (p. 7), aider les millions d’aînés canadiens qui reçoivent des paiements de sécurité sociale du gouvernement des États-Unis (p. 10) et de promulguer une loi antipourriel (p. 6) qui, on s’en doute, aura un effet purificateur immédiat sur le comportement des hackers roumains. Et même quand on s’attaque à des problèmes plus sérieux, les promesses restent modestes. Ainsi, on promet de faire quelque chose à propos du manque de médecins et de personnel infirmier là où il en manque, en se gardant bien de mentionner quelque mesure concrète que ce soit (p. 34).

Cela ne veut pourtant pas dire que le programme est vide de contenu, mais plutôt que ce contenu apparait sous forme de sous-entendus. Ainsi, il ne faut pas chercher trop longtemps pour se rendre compte que l’affirmation selon laquelle « Les gens qui travaillent fort, qui paient leurs impôts et qui respectent les règles [et, serait-on tenté d’ajouter, qui vont à l’église] s’en sortent. » (p. 2), s’adresse précisément aux maudits BS qui ne devraient pas avoir le droit de se plaindre. De la même manière, si « Un gouvernement conservateur réélu fera plus pour renforcer la sécurité de notre système de justice », c’est bien entendu pour protéger le système de justice contre les abus des citoyens, et non les citoyens contre les abus du système de justice. Quand on annonce qu’un des objectifs du parti est d’ « Instaurer une fierté pour l’histoire et l’identité canadienne », on n’oublie certainement pas que le verbe « instaurer » ne s’applique que dans les cas où la chose en question n’existe pas auparavant. Et quand on affirme qu’un «gouvernement conservateur réélu dirigé par Stephen Harper présentera une législation pour tenter d'améliorer la représentation à la Chambre des communes en fonction de la population pour les provinces de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, tout en protégeant le nombre de sièges des autres provinces. » (p. 25) c’est aux gens du Québec et des Maritimes qui ont échoué leurs cours de mathématiques qu’on s’adresse principalement.

Cette promesse de réduire le poids politique relatif du Québec, on aurait pourtant pu la laisser en-dehors de la version francophone du programme. Bien sûr, la version anglaise et la version française sont très similaires (les gens qui ont échoué leurs cours de langue seconde sont nombreux, mais pas assez pour assurer une majorité au Parti Conservateur), mais pas totalement identiques. Ainsi, on a remplacé deux photos, aux pages 14 et 19, et en voyant les pancartes arborant des slogans unilingues dans la version anglaise, on se demande pourquoi on n’a pas réussi à trouver de photos de partisans brandissant des slogans en français. Peut-être est-ce simplement parce que les adéquistes avec des coupes Longueuil Conservateurs québécois fons sistematicman dé fôte d’hortografe s’ur lé pankart.

Et parlons-en des photos. Si Stéphane Dion se cache à l’avant-dernière page du programme de son parti, Harper apparait sur la majorité des pages du sien (23 fois en 44 pages). Un peu comme si le reste de son parti était une source constante d’embarras. Remarquez, les petits enfants blancs qui l’accompagnent dans le tiers de ses photos sont certainement moins dangereux, politiquement parlant, qu’une troupe de députés qui limite la plupart de ses interventions dans les médias nationaux à ce genre littéraire classique qu’est la présentation d’excuses pour des propos déplacés.

Et, comme tous les autres partis, celui des Conservateurs fait quelques promesses qui laissent perplexe. On promet ainsi d’ouvrir un bureau commercial en Mongolie (pays qui a un produit national brut correspondant à moins du tiers de celui du Dakota du Nord; p. 16), d’investir « 50 millions de dollars dans la capacité d'abattage partout au pays afin de soutenir l'industrie de l'élevage et l'industrie laitière, et les autres éleveurs » (en oubliant un peu vite que l’abattage d’une vache réduit sa production laitière d’environ 100%; p. 21) et on va « aider les jeunes qui risquent de tomber aux mains de gangs... », en les envoyant dans en prison, loin des autres criminels (p. 3).

Mais, bon, quand même, à force de lire j’ai réussi à trouver une raison de voter pour les Conservateurs. À la page 37, on affirme qu’un « gouvernement conservateur réélu dirigé par Stephen Harper adoptera une législation permettant aux Canadiens touchés par le terrorisme de poursuivre les promoteurs d'organisations terroristes ».

Si ce n’est pas d’être « touché par le terrorisme » de voir le gouvernement du Canada se servir de Bin Laden pour m’imposer des procédures de sécurité interminables, totalement inutiles et franchement humiliantes à chaque fois que je passe par un aéroport, je me demande bien ce que c’est.

J’appelle mon avocat tout de suite.


Voir aussi:

Programmes, édition fédérale
Programme I: NPD
Programme II: Parti Libéral du Canada
Programme III: Bloc Québécois


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